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Bulletin Quotidien Europe N° 10068
Sommaire Publication complète Par article 38 / 39
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 856

*** XAVIER CAUQUIL: Phénoménologie politique de l'Europe. L'Union souveraine. L'Harmattan (5-7 rue de l'École Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection « Questions contemporaines ». 2009, 305 p., 29 €. ISBN 978-2-296-09190-0.

Une « réflexion de philosophie contemporaine » ayant pour ambition d'éclairer les relations qui se tissent depuis soixante ans entre l'Union, ses États membres et les populations européennes peut réserver bien des surprises lorsqu'elle est signée par un philosophe spécialiste d'économie politique. En réalité, c'est à l'accompagner dans un « itinéraire sans doute atypique dans sa forme » que Xavier Cauquil avoue d'emblée convier. Cette confession est le prélude à une pérégrination intellectuelle qui, de fait, amène son lecteur à délaisser les grands axes de la vulgate traditionnelle pour emprunter des chemins de traverse que l'auteur trace en revisitant la philosophie hégélienne. Le périple en décoiffera plus d'un, laissera parfois sans voix ou sceptique, voire outré, mais ne laissera pas d'intriguer et de faire réfléchir en ce que cette quête implacable d'érudition a l'immense mérite de fournir des lunettes de lecture qui, à tout le moins, élargissent le champ de vision et de compréhension.

Dans un premier temps, l'auteur opère un détour minutieux - avec force citations - par la pensée d'Adam Smith afin de disséquer « la dialectique du marché » qui est à l'œuvre dans le contexte européen, le marché ayant été « agent et caution » du projet communautaire. Il s'emploie à montrer que les vertus professées d'une concurrence libre et non faussée, pierre angulaire du « Marché commun », témoignent d'une « sollicitation vague » - et abusive - des idées du père de l'économie classique, « marquée notamment par l'omniprésence dans les documents techniques et officiels européens d'une métaphore célèbre passée dans le vocabulaire commun: la main invisible ». Point de profession de foi d'Adam Smith en celle-ci, assène Xavier Cauquil pour qui la pensée biaisée de ce dernier a donc été instrumentalisée dans le contexte européen. Il s'évertue aussi à montrer, avec une indéniable force de conviction, que Smith n'a jamais été, bien au contraire, un chantre de l'effacement de l'État devant la sphère économique, ce qui l'amène à soutenir que la paix européenne « ne résulte pas d'un détachement du politique et du seul travail de l'économique » à travers le marché et la concurrence, mais du choix éminemment politique, toujours à l'œuvre, de favoriser et de piloter « la libre expression des dispositions du commerce ». Voilà qui l'incite à avancer que l'Europe se réaliserait « suivant l'usage d'une ruse parfaitement conforme au schéma logique dessiné par Hegel », à savoir que le marché travaillerait pour l'Europe sans que celle-ci ait à s'affirmer en tant qu'acteur politique indépendant susceptible de menacer la souveraineté des États. Et, partant, « l'Idée européenne » s'affirme, d'autant plus fort que la légitimité supra-étatique conférée à l'Union par la volonté de rapprochement initiale des États membres se retourne de plus en plus, dans leur chef, « en un acte de soumission à l'entité née de leurs vœux communs ». En clair, par une « ruse de la raison » diagnostiquée par Hegel, l'acteur politique « Europe » est né, ce qui amène l'auteur à envisager, dans la deuxième partie, les conséquences pour les États de la manifestation de ce nouvel intervenant « qui procède de leur volonté mais qui peut prétendre orienter leur devenir ». Par cette partie qu'il a intitulée « la dialectique de l'élargissement », Xavier Cauquil se multiplie pour rendre explicite comment les vicissitudes de l'évolution du territoire européen au fil des adhésions, l'absence de limites géographiques clairement assignées au projet, de même que l'entrée en scène de l'Union en lieu et place des Communautés initiales, font de l'élargissement un « principe consubstantiel » à l'Europe en ce qu'il serait « voie de révélation de l'Union en tant que manière de l'Europe de mettre en œuvre sa relation à l'universel ». Cet élargissement se discerne notamment dans l'utilisation qui est faite par l'Union aux droits de l'homme très vite… élargis aux droits fondamentaux, cette référence morale multiforme exposant les États membres eux-mêmes à être pris en défaut par l'acteur supranational. Du coup, l'auteur fait le lien entre ces États membres et la « faction » corporatiste telle qu'elle était perçue par Hegel et Adam Smith, ce qui les ravale au statut d'extorqueurs de dérogations au nom de leurs intérêts nationaux « en vue d'obtenir un avantage sur le voisin qui, en dépit d'être un État membre, demeure un rival et un concurrent ». Du coup, devant l'Union, l'État serait aujourd'hui en compétition avec les groupes de pression, soit « autant de corporations à base nationale, qui fonctionnent parmi les autres regroupements bâtis autour de la promotion et de la défense d'un centre d'intérêt quel qu'il soit ». Difficile d'être plus décoiffant, hormis à soutenir que la subsidiarité serait en instrument au service de plus d'intégration, ce que n'hésite pas à faire Xavier Cauquil qui, une fois encore, déniche des arguments fort troublants pour étayer sa thèse.

Pour l'auteur, les États n'ont pas le choix tant il est vrai que chacun d'eux, « en tant que porteur d'intérêts », se saisit désormais de l'Union « comme d'un moyen afin d'obtenir par son intermédiaire de meilleures garanties quant à ses propres desidetara », leur adhésion à l'Europe lui paraissant « comme acquise, même si elle est encore largement inconsciente, voire niée ». Mais qu'en est-il de la reconnaissance par les États de leur œuvre, de leur travail dans et pour l'Europe, de leur appropriation et, au-delà d'eux, du sentiment des individus à son sujet ? Tel est le thème de la dernière partie, « La dialectique du Nous européen », qui voit Xavier Cauquil juger excessif d'interpréter l'évolution des États « au sens d'une fusion hégélienne entre leur individualité et leur statut de membres de ce Tout qu'est l'Europe, de cet universel pour lequel ils incarneraient, chacun, une singularité ». Mais l'Union comme dépassement du principe de souveraineté, voilà une perspective que trace cet ouvrage qui, pour d'aucuns, rangera définitivement les philosophes dans un monde à part.

Michel Theys

*** DANIELLE JOUANNA: L'Europe est née en Grèce. La naissance de l'idée d'Europe en Grèce ancienne. L'Harmattan (voir coordonnées supra). Collection « Logiques historiques ». 2009, 329 p., 31 €. ISBN 978-2-296-10825-7.

Enseignant le grec aux étudiants qui préparent les Classes préparatoires aux Grandes Écoles françaises, Danielle Jouanna fera regretter au lecteur, avec ce livre qui n'est pas son premier, de ne pas compter parmi ceux qui suivent ses cours. Dans des pages emplies d'érudition, elle y éclaire de manière remarquable l'apparition et l'histoire de l'idée d'Europe dans la Grèce antique, à travers les écrits laissés depuis Homère au VIIIe siècle - et qui « ne parle pas une seule fois de l'Europe » - jusqu'à l'explosion du concept sous la plume de l'historien Hérodote au Ve avant notre ère. Le silence d'Homère sur le nom de l'Europe impliquait-il toutefois l'absence de tout signe de son existence ? Et que recouvre exactement l'emploi abondant du mot chez Hérodote ? C'est à ces questions - et à bien d'autres encore - que l'auteur apporte des réponses en retraçant les diverses étapes de la gestation de l'idée d'Europe dans la pensée grecque antique et en montrant ainsi, dans une langue toujours claire et accessible, « un continent qui émerge peu à peu des contours flous de l'occident brumeux et des récits merveilleux de la mythologie et de l'histoire, puis qui s'impose à l'époque classique comme un modèle idéal tant par sa structure géographique que par son idéologie et ses valeurs » face à celles de « l'Asie ». De cette quête savante qui l'amène notamment à souligner que le mythe d'Europe a connu trois variantes, Danielle Jouanna tire la conclusion que les Grecs anciens ont situé l'identité européenne dans le domaine du politique et l'ont définie « par l'amour de la liberté, c'est-à-dire l'obéissance librement consentie des citoyens à des lois qui garantissent l'égalité des hommes et l'indépendance de l'État », ce qui, après tout, constitue… « indiscutablement un élément capital de l'idée que les Européens d'aujourd'hui ont de l'Europe ».

(MT)

*** FABRICE PICOD (sous la dir. de): Doctrine et droit de l'Union européenne. Établissements Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Droit de l'Union européenne », n° 6. 2009, 187 p., 45 €. ISBN 978-2-8027-2675-3.

En droit international, la doctrine est généralement présentée comme une source indirecte du droit. Qu'en est-il en droit communautaire ? La doctrine est ignorée tant par les traités et autres sources, directes et indirectes, de ce droit que par la jurisprudence, ce qui en fait un « enfant terrible ». Toutefois, l'évidence est là: puisque ce droit constitue une discipline en tant que telle, lui qui s'est émancipé par rapport au droit international, il devrait générer une doctrine qui, à son tour, le porte, le conforte et lui assure une forme de légitimité. C'est notamment la question de l'émergence de la doctrine dans le cadre européen qui est examinée par d'éminents spécialistes et praticiens dans la première partie de cet ouvrage. Ils envisagent ensuite la question du caractère de cette doctrine, leur volonté étant, ainsi que le résume le Pr. Picod (Université Panthéon-Assas), de « bien traduire l'impétuosité et parfois l'impertinence des éléments les plus ardents de la doctrine ». Enfin, dans la troisième partie, les auteurs analysent la manière dont la doctrine, œuvre « d'esprits éclairés » plutôt que « de doux rêveurs fédéralistes ou de furieux communautaristes fondamentalistes », exerce une influence sur les autres autorités et pouvoirs.

(Pbo)

*** PIERRE LEQUILLER: L'exécution des actes européens et la comitologie: restaurer la primauté du contrôle politique. Commission des Affaires européennes de l'Assemblée nationale (Boutique de l'Assemblée nationale, 7 rue Aristide Briand, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 40630033 - Internet: http://www.assemblee-nationale.fr ). Collection « Rapport d'information », n° 1989. 2009, 44 p., 3,50 €. ISBN 978-2-11-125806-8.

Ancien Conventionnel et président au long cours de la Commission qui, à l'Assemblée nationale française, suit spécifiquement les affaires européennes, Pierre Lequiller consacre ce Rapport d'information à la « comitologie » - et précise-t-il d'emblée, « de science des comités, il en faut en effet pour trouver son chemin dans le maquis des 270 comités d'experts qui aident la Commission européenne à prendre quelque 2 022 mesures d'exécution chaque année ». À la lumière de « l'impéritie politique » ayant caractérisé trois projets récemment « sortis de la lourde machinerie de l'exécutif européen » (notamment celui, prudemment retiré depuis par la Commission, qui voulait autoriser l'obtention de vins rosés par le coupage de vins blancs et rouges…), il constate que des comités d'experts leur avaient à chaque fois donné leur « feu vert », « avant que le filtre politique n'en dégage, avec retard, les problématiques aspérités ». Après avoir rappelé les raisons d'être de la comitologie, ses procédures et son « maquis », l'auteur diagnostique « une logique de filière parfois privée de cohérence politique » et plaide pour une rénovation des méthodes de contrôle par le Conseil qui renforce le politique par rapport au technique, les Parlements nationaux et européen ayant, selon l'auteur, un rôle important à jouer en la matière.

(PBo)

*** MATTHIAS THEODOR VOGT, JAN SOKOL, BEATA OCIEPKA, DETLEF POLLACK, BEATA MIKOLAJCZYK (sous la dir. de): Europäisierung im Alltag. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Schriften des Collegium Pontes ». 2009, 347 p., 52.80 €. ISBN 978-3-631-58033-2

Ponctuant une série de quatre ouvrages, ce livre se focalise sur la thématique de l'européanisation de la vie quotidienne des citoyens européens. Au fur et à mesure que l'Union s'approfondit, les textes de loi et les discours politiques se multiplient. Au-delà d'un corpus juridique qui s'étend, l'européanisation de notre vie se traduit aussi sous de multiples aspects: la coopération entre polices nationales ou un environnement de plus en plus multiculturel sont deux exemples patents de cette européanisation du quotidien. Les différentes contributions qui composent l'ouvrage sont issues d'experts ayant participé au Collège Pontex, établi sous l'autorité des ministres des Affaires étrangères d'Allemagne, de République tchèque et de Pologne en vue de répondre à la question de la solidarité, ce au travers du prisme de plusieurs disciplines scientifiques. Au début de l'ouvrage, l'exemple de Strasbourg est présenté comme symbole d'une ville pleinement européenne. Les questions religieuses et culturelles sont également abordées. Les autres thèmes portent sur la coopération entre les vingt-sept pays européens, des questions économiques ou le dernier grand élargissement.

(JD)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2009, n° 353-354, 264 p., 24 €. Abonnement: 35 €.

Marquant le premier anniversaire du bain de jouvence graphique et éditorial auquel a été soumis cette revue créée par le fédéraliste intégral Alexandre Marc, ce double numéro est très opportunément consacré aux années 70 qui ont confronté l'Europe communautaire à une récession économique sans précédent depuis celles qui avaient suivi le krach de 1929 - ce qui, hélas, se répète désormais. Cette époque a-t-elle réellement été celle de « l'eurosclérose », avec des États membres surtout enclins au sauve qui peut individuel ? À cette question, les contributeurs apportent des réponses très mesurées qui, à la lumière des mouvements observés notamment dans le domaine monétaire ou de l'affirmation de l'Europe communautaire sur la scène internationale (à travers l'Ostpolitik, la politique de coopération au développement et, même, l'immigration), tendent plutôt à montrer que ces années-là ont surtout pavé la voie aux progrès ultérieurs de l'intégration.

(MT)

*** The Federalist. Papers on Federalism in Europe and the World (26 via Schina, I-10144 Turin. Tél./fax: (39-11) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist-debate.org ). 2009, n° 3, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.

Cette revue fédéraliste qui embrasse l'Europe pour étreindre le monde comporte notamment, dans cette édition, plusieurs articles incendiaires sur la manière dont la crise économico-financière en cours est prétendument « gérée », y compris par la Commission lorsqu'elle écarte d'un revers de la main la suggestion chinoise d'instituer une monnaie internationale détachée des pays. Des propos très éloignés du ronron habituel, mais solidement étayés.

(MT)

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