Bruxelles, 27/01/2010 (Agence Europe) - Remédier aux faiblesses structurelles de nos économies et augmenter notre potentiel de croissance, améliorer la coordination des politiques économiques européennes et renforcer le marché intérieur, tout en poursuivant la réforme du système financier, telles sont les ambitions du trio de présidences (espagnole, belge et hongroise). Venue présenter aux députés européens de la commission des Affaires économiques et monétaires, mardi 26 janvier, les grandes lignes de son action au cours des six prochains mois, la ministre espagnole de l'Économie et des Finances, Elena Salgado Méndez, a résumé ainsi le défi pour l'économie européenne: se réinventer pour continuer à générer la richesse et le bien-être.
Contexte économique et financier. « On commence à noter un début de relance et de stabilisation du système financier international », a observé Elena Salgado. Les principes d'une stratégie de sortie de la crise ont été établis sous la présidence suédoise pour contribuer à la viabilité des finances publiques et à une croissance stable, équilibrée et durable. Cette stratégie s'appuie sur la mise en œuvre du Pacte de stabilité et de croissance (PSC), un « élément fondamental », qui doit être appliqué « avec bon sens, cohérence et rigueur », a-t-elle insisté.
Interrogée sur la situation en Grèce, Elena Salgado a écarté toute éventualité d'une intervention quelconque pour soutenir l'économie du pays. Le Conseil se limitera à poursuivre la procédure pour déficit excessif et à examiner un plan d'action préparé par la Commission pour améliorer les statistiques. « Aucune autre action n'est envisagée », a-t-elle dit.
Quant à l'absence d'assainissement des bilans des banques, Mme Salgado reconnaît que « tous les actifs figurant dans les bilans des institutions financières ne sont pas apparus à la surface ». Mais si le FMI est pessimiste, la BCE est plus modérée dans ses affirmations, ce qui illustre surtout l'importance d'évaluer les actifs « sur la base de critères communs ».
Supervision financière. Après l'accord politique sur la surveillance micro et macro prudentielle (EUROPE n° 10032), « le Conseil est prêt à travailler à un accord (avec le Parlement, Ndlr), sans qu'il y ait de retards inutiles pour que la nouvelle structure de supervision financière puisse entrer en vigueur cette année ». Mais, si elle reste disposée à négocier avec le PE sur des bases concrètes, Mme Salgado rappelle opportunément que l'accord au Conseil a été trouvé « à l'unanimité » et qu'il faudra en tenir compte. Les discussions s'annoncent difficiles. « Le Conseil va devoir faire un effort », a d'emblée prévenu José-Manuel Garcia Margallo y Marfil (PPE, espagnol), qui rappelle que les quatre groupes politiques principaux du PE ont dit que l'accord sous présidence suédoise ne les satisfaisait pas. « Il faut que le Conseil et la Présidence aient des marges de manœuvre », a ajouté Jean-Paul Gauzès (PPE, français), en rappelant que le Conseil était désormais condamné à s'entendre avec le PE (co-législateur). « Nous nous servirons de celles que nous avons », a simplement indiqué Mme Salgado, insistant sur la nécessité d'un accord avec le PE dès que possible.
Stratégie 2020. Pour la ministre, « il est très important de ne pas seulement fixer les objectifs mais aussi se doter des moyens nécessaires pour atteindre ces objectifs ». Pour l'instant toutefois, Mme Salgado n'a pas souhaité s'avancer sur les orientations que prendront les travaux, laissant au Conseil européen (du 11 février) le soin de cadrer le débat. En termes de gouvernance, la ministre n'a notamment pas apporté de réponse précises aux interrogations de Pablo Zalba Bidegain (PPE, espagnol) qui lui demandait de clarifier quels seraient, selon elle, les instruments nécessaires pour un engagement plus ferme des États membres: des mesures « douces » (benchmarking, examen par les pairs) ou des « sanctions » ? Quel serait le rôle des différents acteurs (Commission, Conseil, PE, États membres) dans le suivi des progrès ? « Le fait qu'ensemble les États membres acceptent des éléments contraignants doit être un élément fondamental de la nouvelle stratégie », a-t-elle insisté. Quant à savoir ce qu'il se passera s'ils ne sont pas respectés, la question reste entière à ce stade. La méthode ouverte de coordination (MOC) ? « Il y a moyen de l'améliorer, mais j'insiste sur le fait que je ne peux pas aller plus loin », a fait valoir Mme Salgado, préférant laisser le champ libre aux chefs d'État. « Il n'y a pas encore de proposition formelle », a-t-elle expliqué, et cela ne devrait pas être le cas d'ici le Conseil européen, les dirigeants de l'UE souhaitant un débat ouvert sans s'appuyer sur un document concret.
Rôle externe de l'UE. La Présidence espagnole entend veiller à ce que l'UE joue un rôle primordial dans le domaine de la coopération économique mondiale (surtout au G20) et qu'elle contribue de manière active au processus de réforme dans les institutions financières internationales. Dans ces enceintes il faut que la vision UE soit présentée de manière cohérente, a souligné Elena Salgado. En vue du renouvellement du mandat externe de la Banque européenne d'investissement (BEI), il faudra « tenir compte de l'importance croissante de certaines régions, telles que l'Amérique latine ou l'Asie », mais aussi des pays de la rive sud de la Méditerranée, a-t-elle par ailleurs suggéré (la ventilation actuelle fait la part belle aux financements en faveur des pays de la périphérie de l'UE). (A.B.)