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Bulletin Quotidien Europe N° 10028
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le triptyque « Climat/Population/Lutte contre la faim » pose le problème de la place de l'humanité dans le monde

Un rapport des Nations unies. Une agence de l'ONU vient de publier un rapport sur la croissance de la population mondiale et sur la politique appropriée pour y faire face. Cette rubrique avait parlé il y a deux jours du silence officiel à ce sujet (bulletin n° 10026); en fait, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) venait tout juste de diffuser son rapport 2009, dont le message a été ainsi synthétisé: pour lutter efficacement contre le péril climatique, il est urgent d'aider les femmes à faire moins d'enfants. Le Canadien Yves Bergevin, coordonnateur de l'UNFPA, ayant rappelé que la population mondiale se développe au rythme de 1,5 million d'habitants supplémentaires par semaine, a expliqué que des modes viables de consommation et de production ne peuvent être atteints et maintenus que si la population ne dépasse pas « un chiffre écologiquement viable ». L'agence de l'ONU ne préconise pas des mesures contraignantes, car l'expérience prouve que, partout où l'égalité hommes/femmes, l'éducation des filles et le planning familial se diffusent, la natalité passe, sans contraintes imposées, de six ou sept enfants par femme à deux ou trois. L'humanité pourrait ainsi se stabiliser autour de 9 milliards d'habitants en 2050, contre 6,8 milliards aujourd'hui.

Réactions contradictoires. Ce rapport a suscité des réactions en partie contradictoires. Certains experts en partagent les prévisions et les conclusions. D'autres observent que l'éducation et le planning familial font partie d'un processus lent et progressif qui se heurte à des obstacles culturels, politiques et religieux, et qui stagne dans une large partie des pays les plus pauvres ; au Niger, la population va grimper de 15,3 millions aujourd'hui à 58,2 millions en 2050. L'éducation et la planification des naissances avaient été indiquées dès 1994 (Conférence internationale sur la population et le développement) comme le chemin à suivre: les résultats ont été le plus souvent insignifiants ou nuls. On répond à cette constatation que les pays riches sont les responsables des difficultés, car leur « empreinte écologique » par tête d'habitant est dix fois supérieure à celle des pays pauvres. Selon cette thèse, jamais les pays émergents (Chine, Brésil, Inde, etc.) ne pourront atteindre le niveau occidental actuel de consommation car il n'y a pas assez d'énergie et de matières premières dans le monde ; ce sont les pays occidentaux qui doivent reculer: leur consommation matérielle doit baisser drastiquement. De son côté, la directrice exécutive de l'UNFPA, Thoraya Ahmed Obaid, demande que le prochain Sommet de Copenhague sur le climat introduise l'émancipation des femmes et la planification familiale parmi les « mécanismes d'adaptation au changement climatique », susceptibles de bénéficier de financements internationaux, car « il n'existe pas d'investissement dans le développement qui coûte si peu et qui apporte des bénéfices de si vaste portée ».

Élargir la réflexion. On le voit, le volet démographie fait désormais partie du débat global, que le sujet soit le dossier climatique, ou la lutte contre la faim dans le monde, ou l'avenir de l'agriculture. Cette rubrique ne prendra pas position entre les thèses en présence, car les orientations à définir et les mesures à prendre doivent justement résulter de la confrontation des opinions.

Mais j'estime que la réflexion doit être élargie: elle ne doit pas se limiter à la recherche de formules permettant de maîtriser le changement climatique et de combattre les famines, mais il faut s'interroger sur la place de l'humanité sur la terre. Les historiens constatent que la presque totalité des civilisations sont largement fondées sur deux convictions: le caractère éternel et pratiquement infini de la nature ; la supériorité de l'homme, doté d'une âme immortelle. Nous savons aujourd'hui que la première conviction est fausse ; et sont de plus en plus nombreux ceux qui s'interrogent sur la seconde. Les ressources de la terre s'épuisent ; l'eau, l'air, la vie animale et végétale sont limités ; la terre est surexploitée par l'homme. La supériorité de l'homme par décret divin soulève des doutes, plus ou moins explicites. La prévision d'Einstein selon laquelle la disparition des abeilles entraînerait celle de l'humanité est de plus en plus reprise. On s'efforce de réintroduire dans nos terres les ours et les loups qui en avaient été chassés. La création en Alaska d'une zone grande comme la France réservée à l'ours blanc polaire est à l'étude. La dignité naturelle des attitudes de certains animaux par rapport à celle de l'homme (unique animal dont la haine et la cruauté visent essentiellement les individus de la même espèce) est souvent soulignée, et même la noblesse plus élevée de certains comportements animaux, sans qu'il soit nécessaire de recourir au dernier des voyages de Gulliver.

Chacun est libre de ses croyances. Mais la réflexion sur la place de l'humanité dans la nature n'est pas seulement opportune ; elle est une exigence pour un futur acceptable.

(F.R.)

 

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