La consommation mondiale d'électricité recule mais l'appétit énergétique de la planète reste intact. La consommation mondiale d'électricité va reculer en 2009, pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, estime le cabinet d'études Capgemini dans la onzième édition de son « Observatoire européen des marchés de l'énergie » publié le 16 novembre. Selon cette étude, la crise a provoqué une baisse mondiale historique de la consommation d'électricité et de gaz, attendue à hauteur respectivement de -3,5% et -3% pour 2009. Les « Utilities » (ces sociétés de services publics opérant dans les secteurs de l'eau, de l'énergie, des transports et de la propreté), mises sous pression, ont été ainsi contraintes d'appliquer un certain nombre de mesures. À court terme, elles procèdent à des cessions d'actifs et diffèrent ou même annulent les investissements prévus, au détriment des énergies renouvelables. En 2008 déjà, les investissements dans l'énergie durable en Europe avaient augmenté beaucoup moins vite (2%) que durant les cinq années précédentes où le taux annuel moyen avait atteint 56%. Cette tendance s'est accentuée avec la crise: sur le second semestre 2008, les investissements dans les énergies renouvelables ont baissé de 14% par rapport au 2ème semestre 2007, pour s'établir à 21,2 milliards de dollars. Après la crise, la consommation d'électricité devrait croître à nouveau mais de façon plus modérée en raison des réglementations relatives aux économies d'énergie et des changements de comportement des consommateurs, estime Capgemini. Prenant en compte ces facteurs, l'Union pour la Coordination du Transport de l'Électricité (UCTE) a révisé à la baisse ses prévisions en matière de nouvelles capacités de production (de 50 000 MW à 20 000 MW) nécessaires pour maintenir la sécurité de l'approvisionnement. Si la crise économique a eu pour effet un recul de la consommation d'énergie dans les pays industrialisés, la demande des pays émergents continue par contre d'augmenter et compense cette baisse. À moyen terme, ni la crise ni les perspectives du réchauffement climatique n'auront d'impact sur l'évolution de la consommation d'énergie, prédit pour sa part l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE) dans « World Energy Outlook 2009 ». Par rapport à l'an dernier, l'AIE laisse ses prévisions de la demande mondiale quasi inchangées. Elle a baissé sa prévision de la consommation mondiale d'énergie primaire de 4,5% en 2015 et d'à peine 1,3% en 2030. Elle prévoit ainsi dans son scénario de référence que la demande augmentera entre 2007 et 2030 de 40%, à un rythme annuel de 1,5%. En revanche, l'AIE laisse quasi inchangée (0,3%) son estimation de la demande dans les pays émergents. Les énergies fossiles vont continuer de dominer le tableau des énergies les plus demandées, et comptera pour plus des trois-quarts de cette demande en augmentation. 90% de cette demande émane des pays non membres de l'OCDE et la moitié de la Chine et de l'Inde. La Chine à elle seule devrait d'ailleurs voir sa part de la consommation totale d'énergie passer de 16% en 2007 à 23% en 2030. Une baisse de la demande des pays industrialisés compensée par une hausse dans les pays émergents: la stabilité se retrouve aussi dans l'évolution de la consommation mondiale de pétrole. L'AIE estime que celle-ci devrait s'élever à 105 millions de barils par jour en 2030, contre une précédente prévision de 106 millions de barils par jour l'an dernier et un volume de consommation de l'ordre de 86 millions en 2010. Du côté du gaz, le marché mondial est menacé d'un excédent massif de production, l'offre pouvant dépasser la demande entre 2010 et 2015, en raison de l'essor spectaculaire de la production américaine et d'une chute de la demande liée à la crise économique. L'excédent de production pourrait atteindre 200 milliards de mètres cubes d'ici à 2015. Si la crise ne produira pas d'impact sur la consommation énergétique mondiale, elle a pesé sur les investissements dans l'exploration-production pétrolière et gazière, qui devraient chuter de 19% par rapport à l'année précédente. Dans ce contexte, l'AIE avertit qu'une transformation profonde doit être opérée dans le secteur énergétique afin de juguler le réchauffement climatique lié à une consommation effrénée de l'énergie. Entre 2007 et 2030, les émissions de carbone liées aux centrales électriques au charbon devraient augmenter de 60%. Si les politiques énergétiques ne sont pas infléchies d'urgence, la température globale pourrait augmenter de 6° d'ici à 2030, provoquant des dommages irréparables sur l'environnement, avertit l'AIE. À l'heure où se profilent les négociations sur le climat à Copenhague, des investissements supplémentaires d'un montant de 10 500 milliards de dollars sont nécessaires d'ici à 2030 pour infléchir les politiques énergétiques. Selon l'AIE, chaque année de retard accroît la facture de 500 milliards de dollars. (I.L.)