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Bulletin Quotidien Europe N° 10025
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'essentiel, pour les titulaires des nouvelles fonctions européennes, est le contenu de ce qu'ils auront à dire, proposer et négocier au niveau mondial

Les nominations récentes aux fonctions créées par le Traité de Lisbonne ont agité les médias (beaucoup) et retenu l'attention des opinions publiques (un peu). Les commentaires sur le choix des personnes et sur la procédure suivie ont été parfois malveillants, souvent, à mon avis, par parti pris (voir cette rubrique dans le bulletin précédent). L'UE a l'habitude d'être mal comprise ; c'est à elle de mieux s'expliquer tout en améliorant son fonctionnement et ses résultats, en soulignant que ces derniers dépendent de plus en plus des choix des citoyens. Mais ce n'est pas mon sujet d'aujourd'hui. On aura le temps de revenir sur la personnalité, les tâches et les perspectives d'action d'Herman Van Rompuy et Catherine Ashton lorsque le moment de leur installation sera plus proche.

L'essentiel est ailleurs. Autre est l'objectif de ce commentaire. Les nouvelles fonctions sont importantes et le fonctionnement efficace des réformes institutionnelles introduites par le Traité de Lisbonne est une des priorités ; mais l'essentiel, pour l'Europe et les citoyens, est ailleurs. Il est possible que les opinions publiques aient oublié, pour le moment, les deux noms cités plus haut, ou qu'elles n'en aient qu'un souvenir confus ; et peu d'Européens sauraient décrire avec exactitude leurs fonctions. Ce n'est pas grave ; ils ont le temps de se faire connaître. L'essentiel, ce qui aura une influence sur l'avenir de l'Europe et du monde, est le contenu de ce que ces deux personnalités auront à dire, à expliquer, à négocier au nom de l'Europe. Je voudrais expliquer pourquoi, à ce sujet, je m'éloigne de ce que je définirai la « mode dénigrante », qui est autre chose que le souhait louable de faire toujours mieux et toujours davantage. Deux exemples de ce que je veux dire:

a) un accord est intervenu la semaine dernière, après une année de négociations entre le Conseil et le Parlement, sur les règles obligatoires dans le domaine des bâtiments. Résumé succinct: la consommation d'énergie devra être proche de zéro en 2020 au plus tard (2018 pour les bâtiments publics). C'est un progrès considérable, car c'est dans le bâtiment que les gaspillages sont les plus lourds et les économies d'énergie les plus profitables. Or, au lieu de s'en féliciter comme il se doit, les verts du Parlement européen ont parlé d'un échec, d'une occasion perdue et de chances gaspillées, car rien n'a été décidé en même temps à propos des bâtiments existants. Il est évident qu'ils ont raison quant au fond: il faudra agir aussi sur ce qui existe, où les gaspillages sont encore parfois colossaux. Il est toutefois impossible, pour le moment, de fixer à ce sujet des règles obligatoires et un calendrier contraignant, surtout dans les villes historiques. Tout en rappelant ce qui reste à faire, il faut se féliciter de ce qui a été décidé et qui situe une fois de plus l'Europe à l'avant-garde ;

b) en session plénière du Parlement européen, le président du groupe de gauche (GUE) a réaffirmé son opposition au Traité de Lisbonne car il permet à trois États membres de ne pas donner un caractère obligatoire à la Charte des droits fondamentaux. Or, le calcul est vite fait: dès que ce traité sera en vigueur, c'est-à-dire bientôt, cette charte sera contraignante pour 24 États membres ; en l'absence de ce traité, elle ne le serait nulle part. On estime à l'extrême gauche que ce serait préférable ? Le groupe GUE a sans doute d'autres critiques à l'égard de ce malheureux traité, mais j'ai cité ce que son président a déclaré en session plénière.

Dans les grands défis mondiaux, l'Europe est à l'avant-garde. Malgré ses lacunes, parfois criantes, ses retards dans certains aspects et les déséquilibres entre les États membres, l'Europe est globalement à l'avant-garde face aux grands défis mondiaux, dans les domaines essentiels qui sont actuellement en discussion sur le plan international, c'est-à-dire: la nouvelle gouvernance du monde de la finance ; le changement climatique et la sauvegarde de la nature, y compris la biodiversité ; la lutte contre la faim dans le monde ; les nouvelles formes d'énergie et une meilleure maîtrise de celles qui existent.

Si, dans ces domaines, l'UE comme ensemble global - ce qui signifie les titulaires des nouvelles fonctions ensemble avec les autres institutions, en premier lieu la Commission européenne et le Parlement - sera en mesure de présenter, proposer, défendre et négocier des positions courageuses et innovantes, on constatera que le « duo d'inconnus » (définition du quotidien français le plus illustre) sera écouté en Europe et dans le monde. Et les grands de ce monde et même les opinions publiques apprendront à connaître leurs noms grâce à ce qu'ils représentent.

(F.R.)

 

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