Bruxelles, 11/11/2009 (Agence Europe) - Lors d'un atelier, mardi 10 novembre à Bruxelles, sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC) après 2013, à la fin du cadre financier actuel, Mariann Fischer Boel et la plupart des membres de la commission agriculture du Parlement européen ont défendu le maintien d'une PAC forte, mais réformée.
La commissaire à l'Agriculture a commencé son intervention en disant qu'elle croyait dur comme fer que « nous avons besoin d'une PAC forte pour l'avenir ». Elle n'est pas d'accord avec ceux qui la présentent comme une « ultra-libérale » qui veut tout abandonner aux lois du marché. La PAC pourrait nécessiter des changements supplémentaires à l'avenir, mais pour la renforcer, pas pour l'affaiblir, a poursuivi la commissaire. Elle voit quatre raisons pour conserver une politique forte pour l'agriculture et le développement rural: 1) relever le défi de la sécurité alimentaire: d'ici 2050, la population mondiale devrait atteindre 9 milliards, contre 7 milliards actuellement. Dès lors, il va falloir accroître notre production agricole (une hausse estimée entre 70 et 100%) ; 2) assurer une bonne gestion des terres: l'agriculture et les forêts couvrent 80% de notre territoire et l'UE s'emploie à arrêter le déclin de la biodiversité ; 3) faire face au problème du changement climatique: l'agriculture est responsable d'environ 9% du total des émissions de gaz à effet de serre de l'UE. Ce n'est pas une proportion énorme, mais importante tout de même. Comme d'autres secteurs, le secteur agricole devra réduire ses émissions dans les années à venir. Il devra aussi s'adapter aux effets du changement climatique qui se font déjà sentir ; 4) soutenir un développement équilibré dans nos zones rurales.
La commissaire juge nécessaire d'apporter certains changements à la PAC qui a déjà beaucoup évolué, mais elle n'est pas favorable, a-t-elle dit, à une « complète dérégulation ». « Et je ne suis pas favorable non plus à des réductions budgétaires rien que pour le plaisir de faire des économies ». Il faut continuer à donner la liberté aux exploitants de répondre de manière compétitive et créative aux signaux du marché. Et en même temps, il faut les soutenir en temps de crise. Mariann Fischer Boel estime qu'il est possible de conserver un « filet de sécurité qui ne décourage pas la compétitivité, et c'est ce dont nous avons besoin ». Enfin, la régulation a un rôle à jouer aussi bien en matière de gestion des terres que de mesures pour combattre le changement climatique.
S'agissant du développement rural, la commissaire juge bonne l'approche actuelle (catalogue de mesures dans lequel les pays de l'UE peuvent se servir). Mais elle est certaine que des améliorations peuvent y être apportées.
S'agissant de la PAC dans son ensemble, il convient d'être ouvert à de nouvelles idées, a conseillé la commissaire. Et celle-ci est confiante en la capacité des institutions de l'UE de persuader l'opinion publique que la PAC a un rôle vital à jouer dans la « croissance verte » dont nous avons besoin à l'avenir.
En répondant à des questions, Mariann Fischer Boel a dit que ce n'est pas la DG AGRI qui a écrit le document qui fait polémique sur la réforme du budget de l'UE, mais elle a souligné que cela ne veut pas dire que le budget agricole ne changera pas à l'avenir. « Préparez-vous, il y aura beaucoup de monde qui souhaitera avoir une part du gâteau du budget agricole, alors il faut avoir de arguments solides expliquant la nécessité d'une PAC à l'avenir », a mis en garde la commissaire à l'Agriculture. Au sujet du commerce mondial, elle s'est dite favorable à la signature d'accords bilatéraux entre l'UE et ses partenaires, mais « vous n'allez jamais discipliner la nouvelle loi-cadre agricole américaine (le « Farm Bill ») par un accord bilatéral », a assuré Mariannn Fischer Boel. Elle s'est dite persuadée que l'agriculture européenne sera capable de relever les nouveaux défis et a rappelé la nécessité d'aider les pays en développement à produire des aliments.
La PAC post-2013 devrait être en mesure d'assurer la protection de l'environnement, le développement social et la sécurité alimentaire, a dit Stéphane Le Foll (S&D, français). Les débats devraient d'abord se concentrer sur les objectifs de la PAC, puis sur la réforme du budget qui lui sera alloué, a estimé Martin Häusling (Verts/ALE, allemand). Il faut réinventer les instruments d'intervention, pas les démanteler, a dit notamment José Bové (Verts/ALE, français). « Seulement 5% de la population est directement impliquée dans l'agriculture, mais tous les citoyens sont concernés par la qualité des produits », a lancé Albert Dess (PPE, allemand). Il a estimé que la PAC doit être maintenue après 2013 et qu'un de ses objectifs devrait être de garantir la sécurité de l'approvisionnement alimentaire de 200 millions de consommateurs. George Lyon (ADLE, britannique) a insisté sur le fait que l'agriculture de l'UE doit être « une industrie compétitive », car nous avons des concurrents, dont les États-Unis, qui ont un système qui est « agressivement expansionniste ». (L.C.)