Umeå, 16/10/2009 (Agence Europe) - Ne pas baisser la garde sur le front de la recherche. C´est le message qu´ont délivré les ministres européens de la Recherche lors d´une réunion informelle du Conseil placée sous le signe de la compétitivité. Selon eux, l´Europe est confrontée à un nouveau défi à l´heure où les puissances émergentes, Chine et Inde en tête, investissent massivement dans la recherche et le développement. Un rapport de la Commission européenne laisse entendre que ces deux pays auront, à l´horizon 2025, doublé leur part d´investissements en recherche et développement, pour la porter à 20 % du montant total des investissements mondiaux. Une donnée qui ne fait qu´accélérer le « changement radical de l´économie » qu´a évoqué Tobias Krantz, le ministre suédois de la Recherche. Ce changement se traduit d´après lui par une redistribution des cartes où l´Asie est en passe de succéder à l´Europe et aux États-Unis comme nouveau centre de gravité de l´économie mondiale. L´Europe doit donc, malgré la crise, continuer à investir dans la recherche et l´éducation.
Si l´Europe doit poursuivre ses efforts de recherche et développement, elle doit dans le même temps s´assurer de ce que ces efforts soient payants. Une problématique résumée par « le paradoxe de la recherche suédoise » qu´a mis en avant le ministre. La Suède, a-t-il rappelé, est l´un des pays qui consacre le plus d´argent à la recherche et au développement, sans pour autant que les résultats donnent satisfaction. « Un problème que l´on partage malheureusement avec beaucoup de nos collègues européens », a indiqué le ministre suédois. Ces investissements générent trop peu « d´innovations et de créations d´entreprises », a-t-il déploré. Une des solutions envisagées pour résoudre ce problème est donc de mieux intégrer la formation avec la recherche et l´innovation, c´est-à-dire « le triangle du savoir », ont insisté les ministres. Une autre piste est de renforcer l´Espace européen de la recherche (EER). Il est important, à cet égard, que le Traité de Lisbonne entre en vigueur, a observé Tobias Krantz, car il crée le « cadre légal » nécessaire au renforcement de l´EER. Afin de pérenniser l´EER, qui doit améliorer la coopération entre les États membres, la Suède a par ailleurs proposé de créer une conférence ministérielle sur l´EER, une idée qui a reçu le soutien de ses partenaires et de la Commission, a-t-elle fait savoir.
Autre sujet de discussion des ministres, le projet de réacteur expérimental de fusion thermonucléaire Iter, actuellement en construction en France. Les ministres ont fait part de leur inquiétude sur le dérapage des coûts. Tobias Krantz a fait état d´« une hausse considérable du coût », tandis que Janez Potocnik, le commissaire chargé de la science et de la recherche, s´est demandé comment l´Europe allait « garder les coûts sous contrôle». Les ministres l´ont cependant chargé de répondre lui-même à la question, en invitant la Commission à trouver des possibilités de financement. Malgré ces problèmes de financement, les ministres ont réitéré leur soutien à Iter, un « projet très important pour la recherche et la politique européenne énergétique mais aussi pour la réputation de l´Europe à l´échelle globale », a insisté M. Krantz. Et pour garantir la part européenne du financement de ce projet international, qui représente 45% de son coût total (estimé initialement à 4,5 milliards d´euros), les ministres envisagent de recourir à « un prêt de la Banque européenne d´investissement », a-t-il indiqué. Mais quelle que soit la solution retenue pour financer Iter, M. Potocnik a appelé de ses voeux « une solution raisonnable ». Car, au final, a-t-il rappelé, il s´agit de « l´argent des contribuables européens ». (SB)