Umeå, 16/10/2009 (Agence Europe) - Le salut de l´Europe réside dans le marché intérieur. C´est, en substance, le message qu´ont délivré, mercredi 14 octobre à Umeå, les ministres européens du Commerce à l´occasion d´une réunion informelle. Grâce au renforcement du marché intérieur, l´Europe améliorera sa compétitivité, ont-ils réaffirmé. Pour ce faire, quelques ajustements s´imposent.
« Nous sommes arrivés à définir des priorités claires afin de renforcer le marché intérieur et la compétitivité de l´Europe face au reste du monde », a déclaré Ewa Björling, la ministre suédoise du Commerce. Un chantier important sera ainsi d´essayer de « mieux se coordonner s´agissant d'une législation commune ». Elle a à ce sujet pointé du doigt la contradiction consistant à accoucher d´une « législation censée faciliter la vie des citoyens européens et ensuite l´appliquer de 27 façons différentes ». Elle n´a toutefois pas apporté de réponses concrètes sur la méthode à suivre pour arriver à ce but. Tout juste a-t-elle parlé d´« intensifier les contacts entre les fonctionnaires ». Si l´absence de législation commune à l´ensemble des 27 peut à l´avenir entraver le marché intérieur et la compétitivité européenne, un autre défi à relever est celui de la connaissance même du marché intérieur. Trop peu de citoyens, entrepreneurs ou pas, sont au courant des possibilités qu´il offre en termes de commerce et d´opportunités, a relevé la ministre. Selon elle, un citoyen européen sur deux ne sait pas quels avantages il peut retirer du marché intérieur.
Au menu des discussions des ministres également, le développement du secteur des services, qui représente une part considérable du PIB européen, comparée à une industrie vieillissante et concurrencée par les pays où la main-d´œuvre est moins chère. La directive sur les services, qui doit entrer en vigueur dans les pays membres fin 2009 début 2010, est l´aiguillon essentiel qui guidera ce développement. La ministre suédoise a par exemple, estimé qu´elle va « rendre les choses beaucoup plus facile pour les entreprises avec des règles plus simples et moins de bureaucratie ». Toutefois, beaucoup reste à accomplir sur le front des services, a-t-elle concédé. Rappelant les quatre libertés au cœur du marché intérieur (circulation des personnes, des services, des biens et du capital), elle a mis l´accent sur une cinquième: l´innovation, ou la recherche et développement en d´autres termes. A ce titre, elle a appelé de ses vœux la création d´un brevet communautaire. « Si nous avions un brevet communautaire, nous aurions soudainement un marché d´un demi-milliard d´habitants », a jugé Ewa Björling. Celle-ci a enfin décerné, pour la première fois, le Prix du Marché intérieur. Le prix entend récompenser chaque année une personne, entreprise ou association, qui, par son action, a contribué à l´amélioration du marché intérieur. Pour cette première, c´est une citoyenne portugaise, âgée de 65 ans, qui a été mise à l´honneur. Aurora de Freitas, qui réside en France, a été récompensée pour son « travail visant à éliminer les obstacles rencontrés par les citoyens portugais pour obtenir un permis de séjour dans un autre pays européen ».
Le directeur général de la direction générale « Marché intérieur et services », le Suédois Jörgen Holmquist, s´est pour sa part félicité de ce que le programme politique de José Manuel Barroso, fraîchement réélu à la tête de la Commission, fasse la part belle au marché unique. Il joue, selon lui, un « rôle central » dans les grandes lignes qu´a présentées le président de la Commission pour les cinq années à venir.
Jeudi 15 octobre, c´était au tour des ministres de la Compétitivité de se retrouver à Umeå pour évoquer le futur de l´Europe après la stratégie de Lisbonne. En lançant pendant sa présidence le thème d´une économie éco-performante, qui allie respect de l´environnement et croissance économique, la Suède estime avoir posé les jalons de la discussion devant accoucher de l´après-Lisbonne. Maud Olofsson, ministre suédoise de l´Industrie et chargée du dossier de la compétitivité, a souligné que le changement climatique et la crise financière avaient sonné l´heure d´une économie éco-performante. Ces deux événements devaient servir de point de départ pour « développer l´économie ». Afin de réaliser cet objectif d´une Europe éco-performante, la ministre a jugé que la solution résidait dans des partenariats entre les secteurs public et privé, de tels partenariats devant favoriser les innovations.
Étape cruciale dans le possible avènement d´une économie éco-performante, le sommet de Copenhague, qui doit préparer l´après-Kyoto. À sept semaines de ce rendez-vous crucial, elle s´est faite l´écho de la classe politique et des entreprises qui, d´après elle, espèrent que le sommet puisse accoucher d´un accord. Elle a notamment expliqué cette attente du monde des affaires par le désir de disposer de règles du jeu claires, alors que les entreprises sont en compétition sur un marché global. Rappelant que l´Europe était à l´avant-garde de la mutation vers une économie éco-performante, elle a mis l´accent sur la nécessité de développer un « climat favorisant l´innovation ». Il s´agit pour l´Europe, à l´heure où ses concurrents investissent à leur tour des sommes colossales, de ne pas perdre la main s´agissant des investissements qui permettent de « verdir » l´économie. À ce titre, elle a vanté les mérites d´instruments tels que la taxe carbone, qui a permis de « créer des produits innovants » et de « réduire les émissions » de dioxyde de carbone.
Le commissaire européen chargé des Entreprises et de l´Industrie, Günter Verheugen, a estimé pour sa part que « l´avenir de l´économie européenne sera vert ou ne sera pas ». Il a par ailleurs émis le souhait de voir l´Europe retrouver son niveau de production industrielle de 2008 - qui a, sous l´effet de la crise, subi une baisse de 27 % - sans pour autant renouer avec le niveau d´émissions de l´année passée. Il a enfin joint sa voix à celle des ministres pour changer la structure des dépenses afin que celles-ci favorisent les investissements verts, nécessaires pour atteindre l´objectif de 20 % de réductions d´émissions de CO2 et de 20 % d´efficacité énergétique d´ici 2020 par rapport à leur niveau de 1990. Alors que de tels investissements ne manqueront pas d´être très lourds pour les entreprises, les perspectives de retour sur investissement à court et moyen terme sont faibles, a reconnu le commissaire. Et de conclure en mettant en exergue le besoin d´aider les entreprises à réaliser ces investissements, aussi par le biais des partenariats public-privé, car ils « amélioreront notre compétitivité ». (S.B.)