Bruxelles, 06/10/2009 (Agence Europe) - Défense du bilan 2009 de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et priorités envisagées pour 2010 étaient au cœur de l'intervention de Catherine Geslain-Lanéelle, directrice exécutive de l'EFSA, lundi 5 octobre à Bruxelles, devant la nouvelle commission parlementaire de l'environnement, de la santé et de la sécurité alimentaire que préside Jo Leinen (S&D, allemand). Les réponses étayées apportées aux questions des eurodéputés ont été saluées par M. Leinen.
Le programme de travail de l'EFSA 2009-2013, adopté en décembre 2008, est en phase de mise en œuvre. Pour 2010, l'EFSA prévoit « deux initiatives clés » pour lesquelles Mme Geslain-Lanéelle sollicite l'appui du Parlement: 1) la collecte et l'analyse des données sur la sûreté des denrées alimentaires et des aliments pour animaux: « il y a un besoin urgent de données paneuropéennes pour évaluer les risques auxquels nos consommateurs sont exposés », a souligné la directrice de l'EFSA. 2) l'identification des risques émergents: un premier rapport annuel sera publié début 2010 sur la capacité d'anticiper ces risques dans le contexte de défis de plus en plus globaux requérant une coopération au niveau global.
« L'EFSA est à votre disposition pour fournir des conseils scientifiques, elle n'a pas de compétence dans la gestion des risques. Le dialogue avec vous est crucial car il a un impact sur la législation », a précisé Mme Geslain-Lanéelle. Les activités de l'EFSA couvrent toute la chaîne alimentaire, mais aussi le bien-être animal, la santé des plantes, la nutrition. Pourquoi le bien-être animal et les risques environnementaux des OGM ? « Parce que la sûreté alimentaire et l'environnement sont étroitement liés », a expliqué Mme Geslain-Lanéelle.
En 2009, les travaux d'évaluation ont porté essentiellement sur l'alimentation humaine et animale, les OGM, les pesticides, les nouveaux aliments, les allégations de santé relatives aux aliments. Au-delà des avis qui viennent d'être publiés sur 500 allégations de santé (EUROPE n° 9990), l'EFSA publiera en juillet 2010 des avis sur 1 200 allégations. Signe de sa montée en puissance, l'EFSA a publié en 2009 plus de 1000 contributions scientifiques (contre 500 l'année précédente). D'où l'importance de « disposer de ressources adéquates pour remplir notre mandat », a souligné la directrice de l'EFSA. Dans un souci de qualité et de respect des délais, l'EFSA a mis en place des procédures rapides pour répondre aux demandes urgentes. Tel fut le cas, par exemple, pour la mélamine détectée dans les denrées alimentaires. L'avis de l'EFSA, rendu en quelques jours, a permis aux décideurs de prendre les décisions en temps voulu, s'est réjouie Mme Geslain-Lanéelle. Pour les OGM et le clonage, sujets qui font l'objet de divergences de vues significatives, l'EFSA est en train de revoir la composition de sa plate-forme consultative dont le soutien est « d'une importance cruciale ».
Pourquoi l'EFSA n'a-t-elle jamais émis un seul avis défavorable à un OGM ? a demandé Richard Seeber (PPE autrichien). Dans sa réponse, Mme Geslain-Lanéelle a nuancé les choses: certes, il n'y a jamais eu d'avis défavorable, mais sur 98 demandes d'autorisation, 8 ont été retirées par les postulants dès que l'EFSA, soupçonnant des risques, a sollicité des compléments d'information. « Ces retraits prouvent que les postulants ont d'eux-mêmes jugé que les dossiers avaient peu de chance d'aboutir. Or, pour 95% des dossiers, nous demandons des informations complémentaires », a-t-elle indiqué. À Linda MacAvan (S&D, britannique) qui souhaitait connaître l'état des travaux visant l'établissement de profils nutritionnels, Mme Geslain-Lanéelle a répondu qu'après avoir publié un avis, l'EFSA aidait actuellement la Commission à déterminer la faisabilité des différents schémas possibles pour établir ces profils.
Si la compétence première de l'EFSA est la sûreté alimentaire, n'outrepasse-t-elle pas son mandat quand la Commission lui demande d'intervenir comme « juge de la biodiversité » à propos des abeilles ? a demandé Chris Davies (ADLE, britannique). « La santé animale s'inscrit tout à fait dans notre mandat », a répondu Mme Geslain-Lanéelle. L'EFSA travaille donc à un projet de coopération avec les États membres pour collecter et analyser les données qui les aideront à identifier les raisons du problème majeur du déclin des colonies d'abeilles sur leur territoire. Interrogée par Corinne Lepage (ADLE, française) sur le suivi donné aux conclusions du Conseil Environnement de décembre 2008 demandant une meilleure gestion des incertitudes scientifiques, elle a répondu que « l'EFSA renforce la transparence de ses travaux ». Et ce par l'organisation de conférences avec toutes les parties intéressées, par la mention des avis minoritaires dans les avis scientifiques publiés, par l'indication des réserves de l'EFSA en l'absence de données suffisantes et par une coopération accrue avec les autorités nationales dans le travail préparatoire à l'examen des demandes d'autorisation. Aux vives critiques concernant le feu vert donné au renouvellement de l'autorisation du maïs transgénique MON 810, Mme Geslain-Lanéelle a répondu qu'il appartient aux États membres d'assurer les plans de surveillance des OGM cultivés. « L'EFSA met en œuvre les recommandations formulées concernant la mise à jour de l'évaluation des risques environnementaux et l'impact à long terme des OGM. Nous travaillons pour renforcer notre méthodologie », a assuré la directrice de l'EFSA. (A.N.)