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Bulletin Quotidien Europe N° 9990
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ue/turquie

Sans la Turquie comme pays membre, l'UE aura du mal à jouer un rôle dans le monde de demain, affirme le ministre Davutoglu - Ankara a « perdu confiance » en l'UE à propos de la question chypriote

Bruxelles, 02/10/2009 (Agence Europe) - Si l'Europe veut rester une force économique et politique et jouer un rôle actif dans le monde de demain, l'Union européenne devra s'élargir vers la Turquie et elle devra le faire très rapidement, a estimé le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, vendredi 2 octobre à Bruxelles. « 2015 sera déjà trop tard. Trop tard pour la Turquie mais aussi trop tard pour l'UE », a-t-il dit lors d'un débat au European Policy Centre (EPC). « Une fois que la Turquie sera membre de l'Union, il y aura une synergie aussi forte entre nous que l'Europe sera capable de diriger le processus politique, économique et culturel dans le monde plutôt que d'être un spectateur passif condamné à suivre les autres puissances », a expliqué le ministre. Même si l'ambiance politique dans l'UE n'est, en ce moment, pas très favorable à l'élargissement et à la Turquie en particulier, et malgré le fait que les négociations d'adhésion sont quasiment bloquées, l'entrée dans l'UE reste le « principal objectif de la politique étrangère turque », a martelé M. Davutoglu. Et le ministre s'est efforcé de dissiper les craintes selon lesquelles l'adhésion turque signifierait la fin du projet d'intégration européenne. Ankara espère que le Traité de Lisbonne entrera rapidement en vigueur, « car nous préférons l'Union européenne du Traité de Lisbonne à celle d'aujourd'hui », a dit M. Davutoglu. Plus tard dans la journée, lors d'un déjeuner avec quelques journalistes, le ministre turc a précisé sa pensée sur cet aspect. La Turquie veut être « au centre de l'UE, pas à sa périphérie » ; elle apportera « un plus » à l'UE, notamment en matière de politique étrangère, a-t-il dit. Ankara veut s'engager pleinement dans le processus de décision de l'UE et contribuer au projet européen, souligne le ministre. « Nous aurons quelque chose à dire (…) Ankara se trouve à l'est de l'Europe mais la Turquie sera au centre de l'Union européenne », explique-t-il.

Devant l'EPC, M. Davutoglu s'est livré à un long discours sur l'histoire et la géographie de son pays et de l'Europe pour conclure que l'Europe n'aura de l'avenir que si elle a l'ambition d'être une « puissance globale » plutôt qu'une « puissance continentale ». Pour devenir cet acteur global, capable d'influencer le cours du monde, l'Europe devra créer des « liens stratégiques » avec l'Asie - via l'adhésion de la Turquie, « pays incontournable dans la région » - et promouvoir le « multiculturalisme », estime le ministre turc. Il a cité plusieurs exemples historiques pour démontrer l'importance de ces deux éléments dans l'extension des grandes puissances mondiales - de l'empire d'Alexandre à l'empire romain en passant par le Commonwealth britannique. La Turquie est géographiquement et historiquement liée à tous les pays de la grande région d'Asie, du Caucase et de l'Europe du Sud-Est qui forment aussi le voisinage de l'UE. De ce fait, les intérêts, les défis et les responsabilités de la Turquie et de l'UE sont « compatibles ». Ensemble, les deux pourraient créer une « grande symétrie », argue M. Davutoglu. « Une fois que la Turquie sera membre de l'UE, son poids et sa force diplomatique seront aussi la force diplomatique de l'UE (…) Unifier le potentiel diplomatique turc avec le potentiel diplomatique de l'UE serait la meilleure solution ».

Négociations d'adhésion. Les pourparlers, on le sait, n'avancent que très lentement (onze chapitres sur 35 sont ouverts dont seulement un est provisoirement clos) et un grand nombre de chapitres sont momentanément suspendus, soit en raison du problème de l'extension de l'Union douanière UE/Turquie à Chypre (et le refus d'Ankara d'ouvrir ses ports et aéroports aux Chypriotes), soit en raison de problèmes spécifiques avec des États membres (avec Chypre mais aussi avec la France qui refuse de négocier les chapitres directement liés à l'adhésion). Vendredi, M. Davutoglu n'a donné aucun espoir que la Turquie pourrait bouger sur le dossier des ports/aéroports afin de débloquer au moins les huit chapitres « gelés » par l'UE en décembre 2006. Au contraire, le ministre s'est montré très déterminé à maintenir sa ligne. Il a même directement accusé les 27 de ne pas tenir leurs promesses en ce qui concerne la levée de l'embargo contre la partie nord de Chypre. Le gel des huit chapitres « n'est pas éthique et pas légal », a-t-il dit. Conformément à ses propres principes, l'UE n'aurait jamais dû accepter Chypre comme membre tant que le pays n'avait pas réglé son différend territorial, affirme-t-il. En plus, les « dirigeants européens » avaient « promis » aux Chypriotes turcs de mettre fin à leur isolement international à condition qu'ils votent pour le Plan Annan (sur la réunification de l'île) en 2004. Le Nord de Chypre a accepté le plan, les Chypriotes grecs l'ont rejeté « mais l'UE n'a toujours rien fait pour les Chypriotes turcs », a martelé M. Davutoglu. En décembre prochain, l'UE devra revoir la suspension des huit chapitres. Ankara n'attend rien d'autre que l'UE lève cette suspension afin de permettre aux négociations d'adhésion d'avancer, a dit le ministre devant l'EPC. Devant le groupe de journalistes, il a encore durci un peu son discours. Si l'UE avait fait au moins un « petit geste » ces derniers mois, alors la Turquie aurait été « plus positive » et aurait pu envisager des solutions provisoires (par exemple l'ouverture d'un seul port et aéroport en attendant une solution globale) « mais ce petit geste n'est malheureusement pas venu ». Par conséquent, « nous avons perdu la confiance » dans l'UE. « Qui nous dit que nous aurons quelque chose en retour si nous ouvrions nos ports et aéroports ? », s'est demandé le ministre turc. Maintenant, avec les négociations sur la réunification de Chypre en cours, le moment serait trop délicat pour changer de position. « Si nous ouvrions nos ports et aéroports aujourd'hui, ce qui n'est pas notre position, que se passerait-il ? Demetris Christofios (le président de la République chypriote) prendrait une attitude plus négative dans les négociations (sur la réunification) parce qu'il aurait l'impression que Mehmet Ali Talat (le leader des Chypriots turcs) est prêt à accepter des compromis », a expliqué M. Davutoglu. À propos des négociations proprement dites sur la réunification de Chypre, Ankara soutient « pleinement » les efforts de M. Talat mais « Christofios essaye de ralentir les négociations », affirme M. Davutoglu. Le président chypriote aurait même « refusé » une entrevue, proposée par Ankara, entre le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, et M. Talat la semaine dernière à New York, dit-il.

Lien entre l'entrée du Traité de Lisbonne et la poursuite de l'élargissement. Même si le Traité de Lisbonne devait ne jamais entrer en vigueur, l'UE devrait quand même « respecter son engagement » et poursuivre le processus d'adhésion avec la Turquie, insiste M. Davutoglu. Certains pays membres ont indiqué qu'ils s'opposeraient à la poursuite de l'élargissement si le Traité de Lisbonne n'entrait pas en vigueur. Au moment de l'ouverture des pourparlers d'adhésion en 2005, il n'était pas question de ce « nouveau critère », répond le ministre turc. L'engagement vis-à-vis de la Turquie doit être respecté « indépendamment du Traité de Lisbonne ».

Nabucco/South Stream. Le fait que la Turquie appuie les deux grands projets de gazoducs (Ankara a signé des accords avec les deux consortiums) n'est pas contradictoire, estime le ministre. « Cela ne veut pas dire que Nabucco ne restera pas une priorité pour la Turquie. Au contraire, il n'y a pas d'alternative à Nabucco », dit-il. L'objectif principal reste de « faire partie de la politique énergétique de l'UE » (d'où le soutien à Nabucco) mais les relations avec la Russie, promoteur de South Stream et « principal partenaire économique de la Turquie », sont également très importantes pour la Turquie. « Les deux politiques ne sont pas en concurrence l'une avec l'autre », selon le ministre.

Iran. Dans le conflit sur le programme nucléaire, la priorité doit être donnée au dialogue avec Téhéran (« la diplomatie, la diplomatie et encore une fois la diplomatie ») et c'est seulement une fois que les moyens diplomatiques auront été entièrement épuisés que des sanctions économiques pourraient, éventuellement, être envisagées, estime M. Davutoglu. La Turquie et les autres pays de la région seraient en tout cas fortement affectés par des sanctions contre l'Iran, a-t-il rappelé. (H.B.)

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