Ce n'est pas seulement en Irlande, sous la pression du référendum, que les adversaires du Traité de Lisbonne mentent à leurs lecteurs. Une « carte blanche » publiée la veille de ce référendum par « Le Soir » de Bruxelles est un ramassis de fausses informations, inventant un « Agenda caché » de ce Traité. Il est évidemment licite pour quiconque de s'exprimer contre le Traité de Lisbonne, de le critiquer et le rejeter. Les mensonges, c'est autre chose. Je lis dès les premières lignes: « L'actuel Traité de Nice confère le droit à chaque État de disposer d'un commissaire européen, alors que le Traité de Lisbonne permettrait de constituer une Commission européenne plus réduite ». Or, c'est le contraire qui est vrai. Le Traité de Nice impose que le nombre de commissaires soit inférieur au nombre des États membres, on le verra d'ici quelques semaines lorsque la nouvelle Commission européenne sera formée sans attendre, afin d'éviter un vide de pouvoir, l'entrée en vigueur du Traité de Lisbonne ; ce dernier laisse la liberté aux chefs de gouvernement d'en décider, et ils se sont déjà engagés formellement à revenir à la formule « un commissaire de chaque nationalité ». Ce n'est qu'un exemple, suivi d'affirmations tout aussi inexactes, comme l'annonce que la Commission et le Parlement européen « ont déjà un projet très clair en tête: constituer pour 2015 un grand marché transatlantique avec les États-Unis ». Conclusion de ce texte mûrement réfléchi: un vote positif en Irlande engagerait l'Europe dans la dérégulation, la restriction des droits, l'abaissement des sécurités sociales, l'abandon des solidarités… Ce texte est signé par quatre cerveaux: un conseiller communal, le secrétaire général d'un syndicat, plus un « politologue » et un « sociologue » de l'Université Libre de Bruxelles. Je ne crois pas que cette glorieuse Université ait lieu d'en être fière. (F.R.)