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Bulletin Quotidien Europe N° 9912
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Agriculture: climat plus favorable pour la nouvelle révision de la PAC

Les perspectives de la prochaine révision de la politique agricole commune (PAC) s'améliorent: l'exercice pourrait prendre un caractère plus positif par rapport à ceux qui l'ont précédé au cours des années. L'utilité, voire la nécessité de l'énième révision est indiscutable, car des déviations et des abus subsistent et les soutiens financiers continuent parfois à favoriser les grands propriétaires et le grand commerce. Mais, en même temps, les exigences environnementales et relatives à la qualité des produits augmentent et, dans l'ensemble, l'esprit dans lequel la nouvelle réforme est envisagée est plus raisonnable.

Nouvel esprit, nouvelles priorités. Autrefois, pour plusieurs États membres, pour les commerçants, pour les pays tiers concurrents, pour certains organismes qui croyaient défendre les intérêts des pays pauvres, l'objectif était de démolir la PAC en ouvrant totalement les frontières de l'UE aux produits du monde entier. La destruction d'éléments essentiels de la civilisation européenne, des paysages, des traditions, ne préoccupait pas les ennemis de la PAC, et l'idée de l'autonomie alimentaire de l'Europe n'était même pas prise en considération. Or, l'état d'esprit a évolué. Les pénuries mondiales récentes de certaines denrées, les besoins croissants de produits alimentaires dans les pays pauvres, les spéculations sur les prix mondiaux ainsi que le renforcement de la conscience écologique et des exigences en matière de qualité sont à la base de cette évolution. Même le concept d'une autonomie alimentaire raisonnable pour l'UE n'est plus considéré comme une hérésie. Les opinions publiques et les responsables politiques (notamment, et c'est important, les parlementaires européens) donnent l'impression de comprendre de mieux en mieux à quel point une PAC raisonnablement aménagée est vitale pour l'Europe et en même temps indispensable pour le monde. Dans cet esprit, la nouvelle révision n'aura plus pour objectif d'éliminer une large partie de l'agriculture européenne, mais d'améliorer la PAC, de réduire le recours aux pesticides et autres produits chimiques, de simplifier les charges bureaucratiques et de faciliter l'essor des zones rurales non pas dans le sens de gonfler artificiellement le volume de la production agricole mais en améliorant la qualité et en développant les activités collatérales: tourisme, sport, culture. Des changements sont encore nécessaires et quelques faux pas sont encore à déplorer (le plus récent: le projet sur le vin rosé obtenu par un mélange de vins rouges et blancs) mais on avance.

L'opinion publique évolue. Le fait nouveau est que les opinions publiques comprennent mieux le rôle de l'activité agricole, même dans les États membres traditionnellement favorables au libre-échange mondial illimité et sans disciplines. Il est de mieux en mieux expliqué et compris que l'ouverture des frontières sans règles ni limites va dans le sens opposé à ce qui est souhaitable, car elle: supprime de larges aspects de la production agricole européenne dont le monde a de plus en plus besoin ; aggrave la détérioration de la nature, des paysages et des traditions ; va à l'encontre des aspirations de la population à une alimentation saine et naturelle ; aggrave les pénuries et les risques de famines mondiales.

Certes, rien n'est acquis et en ce moment même la crise dans un secteur important, celui du lait, suscite des difficultés et des divergences. Mais la manière dont le Conseil réagit à cette crise et les symptômes de souplesse et de compréhension de la Commission elle-même me paraissent confirmer le nouvel état d'esprit qui progresse. En même temps, la Commission multiplie les initiatives qui correspondent aux aspirations des producteurs agricoles et surtout de la population, visant l'extension et l'approfondissement des réglementations spécifiques pour l'agriculture biologique et pour les produits de qualité (étiquetage, indications géographiques plus rigoureuses, etc.), l'orientation étant que les consommateurs puissent connaître l'origine des produits qu'ils consomment. La Commission envisage même de mieux protéger et relancer l'agriculture de montagne, dont les coûts sont plus importants mais qui offrent des produits spécifiques.

Le Parlement européen deviendra décisif. Dans ce contexte institutionnel, le Parlement européen joue un rôle des plus importants qui deviendra décisif lorsque son pouvoir budgétaire couvrira l'ensemble de la PAC (si le Traité de Lisbonne entre en vigueur ; les agriculteurs qui, en Irlande ou ailleurs, se sont exprimés contre ce traité risquent de payer très cher leur glissement vers les thèses eurosceptiques).

Je ne reviens pas sur les avantages de la politique de l'UE pour les pays menacés de pénuries, voire de famines, car cette rubrique a amplement évoqué cet aspect dans les bulletins N° 9890 et N° 9891, en se fondant sur des documents de l'ONU qui apportent des éléments, à mon avis, clairs et définitifs établissant la priorité du droit à l'alimentation sur les intérêts commerciaux.

(F.R.)

 

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