Bruxelles, 28/05/2009 (Agence Europe) - L'avenir européen de la Turquie était le sujet le plus controversé du « débat politique » sur le rôle de l'UE sur la scène internationale que le Parti Populaire Européen (PPE) a organisé mercredi 27 mai à Bruxelles. « La position du PPE est très claire. Nous sommes pour une longue période de 'Partenariat privilégié' entre l'UE et la Turquie » plutôt que pour l'adhésion pure et simple du pays, a d'emblée déclaré le président du parti, Wilfried Martens. Le chef de la délégation de la Commission européenne à Washington, l'ancien Premier ministre irlandais John Bruton (qui fut à l'époque aussi vice-président du PPE) a été plus nuancé: « Je regrette que l'on n'ait pas encore spécifié ce que veut dire exactement 'Partenariat privilégié'. Si nous voulons que le 'Partenariat privilégié' soit une option sérieuse (pour l'UE et la Turquie), nous devons lui donner de la substance. Quel serait le privilège de ce Partenariat privilégié ?», a-t-il expliqué. Pour le représentant de l'UE aux États-Unis, le « moment et le lieu appropriés » pour débattre de ce concept aurait été la Convention qui a préparé le projet de Constitution européenne et la conférence intergouvernementale (CIG) qui a négocié le Traité de Lisbonne. Tant que l'option du Partenariat privilégié n'est pas davantage précisée, l'UE doit se tenir au cadre de négociation approuvé à l'unanimité au début des négociations d'adhésion avec la Turquie en octobre 2005. Le chef de la « Policy Planning Division » du bureau du secrétaire général de l'OTAN, Jamie Shea, a souligné que grâce à l'adhésion de la Turquie, l'OTAN dispose aujourd'hui d'une position et d'une capacité stratégiques qu'elle n'aurait jamais sans la Turquie. « C'est un aspect que l'Union européenne devrait aussi prendre en compte », a-t-il dit, précisant qu'il parlait à titre personnel. Si l'UE de demain veut être une « Union ouverte, confiante de soi et engagée dans le monde, alors l'entrée de la Turquie serait une valeur ajoutée », estime l'ancien porte-parole de l'OTAN. Il recommande aussi aux Européens de ne pas préjuger de la capacité de la Turquie de remplir les critères d'adhésion tout en restant ferme sur le respect de ces critères.
Renforcer la PESC/PESD. Le colloque du PPE a aussi porté sur les moyens de renforcer la politique étrangère et de sécurité commune de l'UE. Il n'est pas suffisant que l'UE ait la volonté politique de jouer un rôle plus important dans le monde, mais elle doit aussi se donner les moyens et les instruments pour le faire avec efficacité, a-t-il été souligné. Jamie Shea de l'OTAN a mis le doigt sur un point crucial: les capacités militaires de l'Union. L'OTAN salue le fait que l'UE ait tendance à multiplier ses missions PESD, « mais la simple existence de ces missions n'est pas suffisante, elles doivent aussi être efficaces », y compris sur le plan militaire, a-t-il estimé. M. Shea redoute que la PESD de l'UE devienne exclusivement civile et politique sans disposer des capacités militaires qui sont « essentielles » pour développer une vraie politique européenne de sécurité et de défense. À l'avenir, l'UE doit rattraper le retard qu'elle a pris en termes de capacités militaires et mieux cibler ses dépenses sur les capacités militaires dont elle a réellement besoin dans ses missions, recommande M. Shea. Si l'Europe veut jouer un rôle de premier plan dans le monde aux côtés des États-Unis et d'autres puissances, elle devra aussi être prête à porter une partie plus importante du fardeau pour la gestion des crises, a-t-il dit. (H.B.)