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Bulletin Quotidien Europe N° 9910
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INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/social

La crise, une opportunité de renaissance pour le syndicalisme européen ?

Paris, 28/05/2009 (Agence Europe)- Le laps de temps sera court, mais l'opportunité existe pour le syndicalisme européen d'inverser le rapport de force au bénéfice du facteur travail après les déboires du capitalisme financier. « Cour de justice européenne (CJE) 4, Confédération européenne des syndicats (CES) 0 », ironisait- mercredi 27 mai - John Monks, secrétaire général de la CES, devant les pontes du syndicalisme européen réunis deux jours durant à Paris dans le cadre d'une conférence à mi-mandat pour « combattre la crise » et dénoncer la « cupidité du capitalisme de casino ». John Monks utilise cette image footballistique pour illustrer que le front de la lutte syndicale européenne se joue aussi sur le terrain juridique face à la remise en cause du droit de grève et des accords collectifs par le gouvernement des juges: « Dans quatre affaires, la CJE a estimé que la convention collective et le droit de grève étaient inférieurs à la libre circulation des travailleurs détachés (…). Sans un Protocole de progrès social et une révision de la directive sur les travailleurs détachés, les travailleurs auront de plus en plus de mal à vivre dans le marché unique de l'UE ». Pour « renverser cette situation » d'infériorité, le secrétaire général britannique de la CES mise sur « une renaissance syndicale », c'est-à-dire « l'extension de nos activités à de nouvelles industries et de nouveaux services ».

Un regain d'intérêt pour les syndicats - Au lieu d'être une menace, la crise pourrait bien se transformer au contraire en une opportunité pour les syndicats européens. Même si l'augmentation massive du chômage actuellement en Europe (26,5 millions de personnes vont se retrouver sans emploi l'année prochaine dans l'UE) entraîne automatiquement la perte de syndiqués, « il existe un capital de confiance et de sympathie vis-à-vis des organisations syndicales », estime le Belge Claude Rolin, secrétaire général de la CSC pour qui « il ne faut pas décevoir cette confiance au risque de voir se développer les populismes en Europe ».

François Chérèque, secrétaire général de la CFDT en France, ne prédit pas « un mai 68 en 2009 » mais considère que « la crise est l'opportunité pour les syndicats de réduire les inégalités » qui n'ont cessé de s'accroître. L'opportunité aussi d'opérer un rééquilibrage en faveur des salaires: « La part des dividendes dans la valeur ajoutée en France a pratiquement doublé en 10 ans », s'indigne le syndicaliste français qui reprend là une conclusion du rapport Cotis sur le partage de la valeur ajoutée, commandé par Nicolas Sarkozy.

Lors d'une table ronde organisée hier à l'Hôtel de ville de Paris, certains responsables syndicalistes invitaient aussi à mettre en avant les réussites du syndicalisme européen. La CES a, par exemple, contribué à l'édification de 65 nouvelles règles ou lois européennes. La confédération européenne facilite l'échange d'expériences et de bonnes pratiques pour trouver les outils et les méthodes les mieux adaptés pour attirer et retenir de nouveaux affiliés. La Belgique - qui connaît un syndicalisme de masse - et le Danemark, avec le taux de syndicalisation le plus élevé en Europe (79%), peuvent être des exemples de réussite. Claude Rolin explique le succès du syndicalisme belge par « la qualité des services individuels et collectifs » (comme des services juridiques ou l'indemnisation du chômage, puisque les centrales syndicales sont aussi des organismes de paiement en Belgique), par « l'intense maillage et réseautage de la concertation sociale » (les syndicats siègent même à la Banque centrale de Belgique) ou encore par « la capacité d'ouverture à d'autres problématiques » (la mobilité, le développement des territoires et les enjeux environnementaux).

Attirer les jeunes - Mais les clefs d'une plus grande affiliation syndicale résident dans la pénétration syndicale des PME et dans l'attraction des jeunes qui souvent « préfèrent être membres de Greenpeace plutôt que d'un syndicat », comme l'a déploré le Grec Panikos Argirydes qui dirige le Comité des jeunes du SEK/ETUC. « Les jeunes constituent un bouclier social contre nos adhérents protégés par des emplois à statut », affirme François Chérèque qui regrette qu'aucun syndicat n'ait été scandalisé contre le recours, par la direction de l'entreprise franco-allemande EADS, à la « flexibilité intérimaire ». Pour les attirer, il faudra « sortir de la sinistrose syndicale », selon l'expression consacrée par Bernadette Segol (secrétaire générale d'UNI-Europa) qui renvoie une image négative auprès des jeunes ou encore « utiliser des slogans simples et percutants », selon le Polonais Janusz Sniadek de Solidarnosc qui pense, par exemple, que les syndicats « peuvent parler de salaire minimum européen sans pour autant inventer des fables ». Néanmoins, le « mouvement syndical n'est pas tout puissant », a relativisé François Chérèque qui a conclu la table ronde en posant la question des alliances avec les « mouvements populaires » (les associations des quartiers populaires et les organisations étudiantes notamment). (Y.P.)

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