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Bulletin Quotidien Europe N° 9902
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La polémique sur l'échec de l'« Union pour la Méditerranée » est relancée

M. Guaino et la rhétorique Les activités de l'Union pour la Méditerranée (UpM) sont pratiquement bloquées, tout le monde le sait ; mais cette constatation ne ralentit pas les prises de position, les déclarations et les programmes. Au contraire: moins on agit, plus on en parle. Il est normal que le père du projet, Henri Guaino, soit le plus actif dans l'effort d'en défendre la validité et d'en annoncer l'avenir. Ses capacités dialectiques et connaissances historiques étant indiscutables, le résultat de ses efforts est sympathique et culturellement riche. Il estime que la naissance de l'UpM représente en elle-même une avancée historique, car elle instaure entre les participants une parité que « beaucoup de bureaucrates et diplomates n'arrivent même pas à concevoir ». Il se dit déterminé à « conduire jusqu'au bout le combat contre les esprits étriqués » qui doutent de la validité du projet, en précisant: « ceux qui sont responsables de l'échec du processus de Barcelone sont les plus mal placés pour donner des leçons. » Et il a annoncé une « initiative politique forte pour relancer le processus » (voir notre bulletin N°9898). On le voit, son « discours de relance » (reproduit intégralement dans le journal électronique MedAfrique.info, suivi des réactions) est plein d'élan. Pour lui, « ce qui se joue en Méditerranée est crucial pour l'avenir d'une certaine idée de l'homme et de la civilisation ». Mais il ne consacre pas un seul mot aux raisons fondamentales qui bloquent son projet et le rendent totalement irréalisable dans les circonstances actuelles (et qui ne se limitent pas au conflit israélo-palestinien, loin de là).

Chacun pour soi. Le texte de M. Guaino a suscité un certain nombre de réactions qui me paraissent elles aussi très éloignées d'indiquer les causes de l'échec et ce qui serait nécessaire pour concrétiser l'UpM. La plupart des intervenants donnent l'impression de défendre les intérêts spécifiques de la catégorie à laquelle ils appartiennent (en signant, dans la plupart des cas, avec des pseudonymes pour éviter des ennuis).

Au-delà du conflit arabo-palestinien, amplement évoqué en tant que justification commode de tous les blocages, on constate ainsi que: a) les fonctionnaires européens intervenus contestent leur responsabilité pour le prétendu échec du processus de Barcelone, en rappelant que M. Guaino est « un souverainiste pur jus: l'Europe communautaire lui est insupportable, tout ce qui vient de Bruxelles lui paraît à rejeter » ; b) de l'autre rive, c'est l'inefficacité et la faiblesse de l'Europe qu'on dénonce: « que représente l'Europe à laquelle on veut marier la Méditerranée ? Elle est en crise, en proie au doute, obnubilée par la menace potentielle de l'Islam. » ; c) d'autres interlocuteurs donnent l'impression de croire que tout pourrait marcher en créant (à Bruxelles selon les uns, parce que c'est le centre de l'activité européenne, ou partout sauf à Bruxelles selon d'autres, pour échapper à l'emprise étouffante de la bureaucratie communautaire) un secrétariat de l'UpM ayant des pouvoirs politiques réels. Ce souci du secrétariat est d'ailleurs très présent, à se demander s'il ne représente pas pour beaucoup de candidats le souci principal. Il est d'ailleurs connu que, jusqu'à présent, les négociations les plus acharnées ont porté sur la bureaucratie supplémentaire à créer et sur son financement ; d) un M. Armand Imbert se moque de la façon dont M. Guaino se glorifie d'avoir lancé une initiative dont dépend - selon lui - l'avenir de la civilisation mondiale (« Zorro est arrivé ! »), et M. Halim Serradj dresse la liste de ce que l'UpM a provoqué: elle a liquidé l'acquis de Barcelone, tétanisé la Commission européenne, démotivé les militants les plus fidèles, laissé libre cours aux ambitions les plus maladives de présidences et autres rôles permanents, répandu le désordre institutionnel, repoussé les limites géographiques définies dans le processus de Barcelone pour recueillir les « recalés de l'adhésion ».

Ce qui est bloqué, ce qui fonctionne. Quelques éloges à « l'engagement passionné et la sincère ambition » de M. Guaino ne manquent pas (Salem Fourati), avec des compliments spécifiques à la « remarquable richesse » des adjectifs qualificatifs qu'il utilise. Mais je n'ai trouvé aucune suggestion concrète ni surtout aucune tentative d'analyser le blocage actuel qui aille au-delà de l'évocation permanente de la question palestinienne et de l'exigence vague de « sortir le projet des rouages bureaucratiques et technocratiques ». Deux interventions (F. Roberti, qui se définit de manière laconique universitaire, et Bassem Triki) évoquent quelques aspects des raisons fondamentales pour lesquelles le projet tel qu'il est actuellement n'a aucun avenir.

Ceci ne signifie évidemment pas qu'aujourd'hui sur le terrain tout est négatif ; au contraire, des projets concrets et des initiatives heureuses sont en cours. La coopération euro-méditerranéenne autour de quelques réalisations progresse. C'est la grande machinerie d'une Union pour la Méditerranée qui est bloquée et qui n'a aucune perspective. Cette rubrique s'efforcera d'en indiquer les causes au début de la semaine prochaine. (F.R.)

 

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