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Bulletin Quotidien Europe N° 9797
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/bce

Une baisse des taux sans précédent

Bruxelles, 04/12/2008 (Agence Europe) - En décidant, jeudi 4 décembre, de baisser les taux d'intérêt de la zone euro de 75 points de base, la Banque centrale européenne (BCE) a fait un geste historique. Si une baisse était attendue, son ampleur est en effet inédite en 10 ans d'existence de l'institution de Francfort. Cette décision, qui fait suite à deux baisses successives de 50 points de base en octobre et novembre (EUROPE n° 9777 et n° 9757), reflète la dégradation de la situation économique et le repli de l'inflation. Le taux d'intérêt appliqué aux opérations principales de refinancement passe donc de 3,25% à 2,5%, alors que les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt chutent à respectivement 3% et 2%.

Face à la récession économique, au plongeon des indices de confiance et surtout au ralentissement prononcé de l'inflation, cette décision « audacieuse » du Conseil des gouverneurs « s'imposait », selon Jean-Claude Trichet. Elle a été prise au terme d'un consensus, s'est contenté de dire le président de la BCE, qui s'exprimait devant la presse à l'issue de la réunion à Bruxelles. Il a refusé de préciser si d'autres options (une baisse de 50 ou de 100 points de base) avaient été discutées, ne souhaitant pas non plus donner d'indications sur les intentions futures de la BCE. « Pour janvier, je n'ai rien à annoncer », a-t-il dit, considérant « exceptionnel » pour la BCE d'avoir déjà réduit les taux de 175 points de base en moins de deux mois.

Net recul de l'inflation. « Les indications attestant de la poursuite de l'atténuation des tensions inflationnistes se sont multipliées (…) », de sorte que « les taux d'inflation devraient être conformes à la stabilité des prix à l'horizon pertinent pour la politique monétaire », a déclaré M. Trichet. Divisé par deux depuis l'été, le taux d'inflation a atteint 2,1% en novembre (après 3,2% en octobre et 4% en juillet). Ce repli de la hausse des prix « reflète essentiellement la baisse considérable des cours mondiaux des matières premières ces derniers mois, qui a plus que compensé l'incidence de la vive progression des coûts unitaires de main-d'œuvre au premier semestre 2008 ». Il devrait se poursuivre, éventuellement même plus rapidement vers le milieu de l'année prochaine, a poursuivi M. Trichet, qui a précisé aussitôt que les taux d'inflation pourraient augmenter à nouveau par la suite et que tout recul prononcé devrait donc être de courte durée. Selon les projections des services de la BCE, la hausse des prix devrait se situer dans une fourchette de 3,2% à 3,4% en 2008, de 1,1% et 1,7% en 2009 et de 1,5% et 2,1% en 2010. Une révision à la baisse sensible par rapport aux précédentes projections. Si les risques pesant sur la stabilité des prix sont « plus équilibrés que par le passé », une inversion de la tendance actuelle des cours des matières premières et des tensions internes pourraient exercer une pression à la hausse. Il reste « essentiel que les décideurs en matière de fixation des prix et des salaires assument pleinement leurs responsabilités », tempère M. Trichet.

Le fléchissement de l'activité se poursuivra. « Dans la zone euro, un certain nombre de risques à la baisse pesant sur l'activité économique qui avaient été identifiés précédemment se sont matérialisés, entraînant au troisième trimestre une contraction de 0,2% de la croissance du PIB », a confirmé M. Trichet, pour qui le quatrième trimestre connaîtra « un nouveau fléchissement de l'activité économique ». La demande intérieure devrait rester modérée pendant une période prolongée et les perspectives économiques restent moroses. Un constat confirmé par les prévisions des services de la BCE publiées le même jour, qui tablent sur une hausse de l'activité économique en 2008 (entre 0,8% et 1,2% en 2008) mais entrevoient un recul du PIB l'année prochaine (compris entre -1% et 0%). En 2010, la croissance devrait se situer entre 0,5% et 1,5%. Ces données constituent d'importantes révisions à la baisse des chiffres publiés en septembre dernier et restent entourées d'un degré d'incertitude exceptionnellement élevé.

Soutenir la confiance. Le maintien de la discipline budgétaire et la mise en œuvre sans tarder des mesures des États membres, notamment les opérations de recapitalisation des banques, sont essentiels à une reprise durable. Le président de la BCE a de nouveau plaidé pour l'application intégrale du cadre budgétaire de l'UE, les règles du Pacte de stabilité et de croissance prévoyant la souplesse nécessaire. « Il est essentiel de maintenir la discipline et une perspective de moyen terme, en prenant pleinement en compte les conséquences de toute action à court terme pour la durabilité des finances publiques », a-t-il martelé. Et d'insister: « Les importantes mesures annoncées par les gouvernements pour faire face aux turbulences financières devraient être mises en œuvre rapidement afin de concourir à assurer la confiance dans le système financier et à empêcher des contraintes sur l'offre de crédit aux entreprises et aux ménages ». (A.B.)

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