On aura tout vu: d'ici quelques semaines, le Conseil européen sera présidé par un chef d'État qui se déclare lui-même eurosceptique, voir même dissident anti-européen ! Que cela soit clair: Vaclav Klaus, président de la République tchèque, a évidemment le droit d'avoir ses opinions et de se battre pour elles. La question est de savoir si une personnalité qui s'oppose à un traité que son pays a négocié et approuvé, se félicite du fait qu'un autre État membre ne l'ait pas ratifié et exprime le souhait que cet exemple soit suivi ailleurs, ne devrait pas, pour une question de dignité et d'honnêteté politique et intellectuelle, renoncer spontanément à présider pour un semestre l'organisme suprême de l'Union européenne. Cet organisme n'est pas encore formellement une institution (il le deviendra justement par le Traité de Lisbonne), mais le Traité de Maastricht en reconnaît déjà le rôle: « Le Conseil européen donne à l'Union les impulsions nécessaires à son développement et en définit les orientations ». Quelles impulsions pourrait-on attendre de Vaclav Klaus ? Il faut lui rendre l'hommage qu'il mérite: il ne cache ni ses opinions ni ses intentions. Il a déjà annoncé que le drapeau européen n'aura pas sa place dans son château présidentiel de Prague à côté du drapeau national. À l'issue du référendum négatif en Irlande, il avait annoncé que « le Traité de Lisbonne était mort ». Lors de sa visite de cette semaine à Dublin, il a voulu rencontrer Declan Ganley, l'homme d'affaires qui avait financé en Irlande la campagne contre la ratification de ce traité, et il s'est déclaré d'accord avec son action (voir notre bulletin n° 9780). Car M. Ganley ne limite pas ses ambitions à son pays: il a annoncé la création d'une plateforme européenne des « souverainistes » qui combat le Traité de Lisbonne et aspire à obtenir une majorité eurosceptique au sein du prochain Parlement européen (voir la rubrique Au-delà de l'information dans notre bulletin n° 9761). M. Vaclav Klaus partage cette aspiration. Un tel président ne risque-t-il pas de ridiculiser le Conseil européen, ou du moins de jeter une ombre sur l'existence en elle-même des sommets européens ? (F.R.)