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Bulletin Quotidien Europe N° 9770
Sommaire Publication complète Par article 39 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 798

*** ELIE BARNAVI: L'Europe frigide. Réflexions sur un projet inachevé. André Versaille éditeur (Centre Dansaert, 7 rue d'Alost, B-1000 Bruxelles. Internet: http://www.andreversailleediteur.com ). Collection "Enjeux du XXIe siècle", n° 21. 2008, 162 p., 12,90 €. ISBN 978-2-87495-020-9.

Voici un petit livre pétri d'intelligence et, plus encore, de sagesse revigorante en ces temps de crises multiples, y compris celle d'une Europe s'abandonnant au spleen irlandais. Qu'il soit dédié "à la mémoire de Bronislaw Geremek, citoyen polonais, grand Européen, excellent ami", en situe d'emblée l'esprit: tout comme l'illustre disparu, Elie Barnavi est historien (il est professeur émérite d'histoire de l'Occident moderne à l'Université de Tel-Aviv) et n'appréhende les vicissitudes européennes du temps présent qu'en cherchant à les situer dans le temps long de l'aventure humaine qui a marqué notre continent ; comme Geremek, celui qui est aujourd'hui conseiller scientifique auprès du Musée de l'Europe puise dans cette perception au long cours un sentiment fort d'adhésion au tournant révolutionnaire qu'a constitué l'intégration européenne. Et c'est tel un amoureux déçu qu'il s'emploie, dans cet essai aussi brillant que profondément personnel et humain, "sans précautions oratoires ni souci aucun de correction politique, avec la liberté de pensée et de ton que seules assurent l'éthique de conviction et l'irresponsabilité politique", à identifier le mal de langueur dont souffre le projet européen, à en mettre à nu les racines et à en épingler les responsables. Amoureux déçu, certes, mais pas homme à se résigner, il propose des pistes de réflexion en vue de dépasser "l'Europe frigide" qui est la nôtre, à savoir une "réalité vivante, mais froide et lointaine", qui "n'inspire plus le désir à ses citoyens, à peine à ses amants".

Dans un premier temps, l'auteur décrypte "l'état de crise" suscité par les "non" français et néerlandais, ce qui lui vaut, entre autres, de juger l'attitude des souverainistes français plus honorable que celle de Laurent Fabius avec son prétendu "plan B": "comment un homme aussi brillant n'a-t-il pas compris que cette posture allait le confiner dans une niche d'où aucun destin national ne saurait émerger", lâche-t-il, assassin. Il explique ensuite que la dernière vague d'élargissement a été le révélateur d'une crise d'identité dont l'Europe a pris brutalement conscience, avant d'aborder la controverse relative aux "racines chrétiennes" de manière dépassionnée, "avec les outils de l'historien". Des outils qui font écrire à cet ancien ambassadeur d'Israël à Paris: "Oui, l'Europe a été chrétienne, et l'on se condamne à ne rien comprendre ni à ce qu'elle fut ni à ce qu'elle est devenue si l'on s'entête à gommer de son histoire un élément aussi essentiel de son identité". Et d'ajouter que la laïcité elle-même fait partie de l'héritage chrétien, tout comme la liberté de conscience qui "fut d'abord l'affaire des humanistes chrétiens, les Erasme et les Castellion écœurés par l'odeur âcre des autodafés". Voilà qui ne plaira à l'évidence pas à certaines franges de la laïcité auxquelles répond anticipativement cette question: "au nom de quelle archaïque conception de l'histoire s'imagine-t-on que dire honnêtement ce qui a été, détermine à jamais ce que l'on est, et rend compte de ce que l'on veut être ?"

Elie Barnavi dit donc "sa" vérité, et celle-ci pourra encore en indisposer certains au fil des pages qui suivent, l'élégance de l'écriture ne masquant jamais l'âpreté de ses convictions. Il parle ainsi d'une "civilisation qui s'ignore" et en dévoile les pourquoi historiques, les fondements et les innovations: la rationalité, la liberté, la laïcité, la solidarité, l'égalité, la démocratie ("une culture démocratique ne se bricole pas en quelques années, ni ne s'exporte dans la soute à bombes des avions de combat", observe-t-il notamment), le patriotisme, la diversité au nom de laquelle certains ont, désormais, "plutôt tendance à se jeter dans les bras de démagogues qui n'ont de cesse de briser la nation au profit d'un nationalisme de clocher qui, pour être régional, n'en est pas moins agressif, xénophobe, et, tout compte fait, bien plus dangereux aujourd'hui que son modèle national". Vient ensuite un vibrant plaidoyer en faveur de l'édification de frontières de l'Union européenne fixées "là où l'histoire rencontre la géographie", ce qui exclut, selon l'auteur, la Russie et la Turquie (à l'égard de celle-ci, "les dirigeants de l'Europe ont fait preuve d'irresponsabilité", assène-t-il), mais aussi et encore Israël même si "les sionistes ont fui l'Europe pour mieux l'emporter avec eux". L'immigration, les relations avec les pays du pourtour méditerranéen, le multiculturalisme contre la diversité, la place ambigüe de l'Europe dans le monde du fait de son incomplétude politico-diplomatico-militaire ("Désunie et faible, ONG riche et bienveillante mais édentée, elle sera piétinée par ses adversaires, ignorée par ses partenaires et traitée en comparse par son allié" américain, avertit l'imprécateur) sont d'autres thèmes que l'auteur aborde dans le même esprit, une totale liberté de ton qui invite toujours à la réflexion, souvent à l'adhésion.

En conclusion, Elie Barnavi développe "sept principes d'action pour faire enfin l'Europe": accepter le monde tel qu'il est, pour le faire évoluer ("Faire barrage à l'unification de l'Europe sous prétexte qu'elle se fait sous les espèces du libéralisme, c'est non seulement refuser de regarder en face les réalités économiques, qui se soucient comme d'une guigne des colloques d'Attac ; c'est abandonner le terrain à l'ultra-libéralisme", propos qui prend un sens tout particulier par les temps qui courent…) ; comprendre l'Europe telle qu'elle est, pour mieux l'unifier (pour lui, les conditions de la "réintégration" de la Grande-Bretagne en Europe sont réunies) ; admettre que l'Europe telle qu'elle est ne saurait avancer d'un seul pas, pour la faire progresser par le biais des coopérations renforcées ; "cesser de faire de l'Europe une créature courtelinesque - pour lui faire enfin franchir la porte sacrée du politique" et s'épargner d'apparaître "comme tatillonne, souvent ridicule, parfois mesquine" ; donner à l'Europe une âme "pour lui gagner l'âme de ses citoyens", ce qui passe notamment par les symboles gommés par Tony Blair avec la complicité de ses pairs du Conseil européen qui, par là, "ont prouvé que, tous ensemble, ils ne faisaient pas le poids d'un tabloïd londonien" ; définir les règles de bonne conduite européenne "pour assurer que la maison Europe ne tombe pas en quenouille", ce qui passe, selon l'auteur, par la sortie du club du pays qui ne peut ou ne veut se soumettre à ses règles. Enfin, "pour que l'Europe soit, tout simplement", refaire de l'Europe une grande ambition, ce qui passe par un retour à l'idéal - qui "est là non pour être atteint, mais pour offrir un horizon de sens" - et, partant, par une remise à l'ordre du jour du "projet fédéraliste des Pères fondateurs".

Michel Theys

*** BRUNO LIEBHABERG: Rénover la gauche en Europe. Pour une gauche réformiste européenne. Éditions Luc Pire (37-39 quai aux Pierres de Taille, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2108950 - fax: 2108959 - Internet: http://www.lucpire.eu ). 2008, 123 p., 14 €. ISBN 978-2-507-00152-0.

Cet ouvrage voit une vingtaine de personnalités politiques, syndicales et académiques belges et européennes réfléchir à la manière d'endiguer la descente aux enfers électoraux que connaît la gauche un peu partout dans l'Union. Prolongement de séminaires organisés par le groupe de réflexion "Gauche réformiste européenne", le livre est instructif en ce qu'il jette un regard sans complaisance sur certains positionnements des socialistes et autres sociaux-démocrates qui, hérités du passé, ne sont plus en adéquation avec les sociétés contemporaines. Avec des accents parfois différents mais toujours convergents, les auteurs appellent, dès lors, à une rénovation de la "pensée progressiste" en vue de jeter les bases d'un "nouveau pacte social", dans les États membres aussi bien qu'à l'échelon européen: "Si l'Europe ne s'engage pas avec plus de résolution dans la préparation de ce pacte, les peuples européens se détourneront de la construction européenne. Une ère de grande instabilité politique aux conséquences économiques et sociales désastreuses s'ouvrirait alors", résume Bruno Liebhaberg dans son introduction. Et le président de "Gauche réformiste européenne", ancien du cabinet Delors, d'ajouter dans la foulée que, "par son attitude, notamment sur les services publics, l'actuelle Commission prend un très grand risque à cet égard". Depuis, la crise financière et économique internationale en cours est sans aucun doute venue ébranler certains dogmes, y compris du côté du Berlaymont. Elle ne rend, en tout cas, que plus audible par de plus en plus de monde, y compris dans les sphères dirigeantes, l'appel de plusieurs auteurs selon lequel "la politique doit réinvestir là où l'économie de marché s'est arrogé des droits à gouverner le monde". Et elle confère une pertinence absolue au regret de Bruno Liebhaberg "qu'il ait fallu attendre des faillites bancaires et l'effondrement des marchés boursiers pour que se renforce l'acceptabilité d'une régulation plus rigoureuse des intermédiaires financiers, correspondant à la créativité sans limite de ceux-ci". Pour les partis de gauche, la crise a ceci de bon qu'elle ébranle aussi la "pensée unique" dominante depuis deux décennies, à la condition qu'ils se dépêtrent, pour leur part, de leurs archaïsmes.

(PBo)

*** The Federalist. A Political Review. Edif (8 Villa Glori, I-27100 Pavia. Internet: http://www.thefederalist.eu ). 2008, n° 1, 94 p.. Abonnement annuel: 35 € (Europe), 50 € (étranger).

Ce numéro de la publication proche du Movimento Federalista Europeo est à forte coloration économique, la mondialisation ayant, selon l'auteur de l'introduction, mis le politique sur la touche et l'Europe étant la seule entité susceptible, pourvu qu'elle ait le courage politique de se dépasser, de paver la voie à un gouvernement mondial. Même thématique encore avec une étude sur la pensée d'Altiero Spinelli en matière de modèle socio-économique européen. Une autre contribution porte enfin sur les évolutions en cours, tout particulièrement en France, des réflexions visant à ce que l'Europe puisse garantir sa sécurité et sa liberté d'action.

(MT)

*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2008, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.

L'éditorial qui ouvre ce numéro de la publication fédéraliste bien connue invitait déjà cet été, alors que la crise financière internationale ne faisait encore que couver, l'Europe à prendre résolument l'initiative afin de maîtriser une mondialisation débridée en l'encadrant par des institutions fédérales à créer au plus vite au niveau mondial. Membre de l'Union des fédéralistes européens et président de la Caisse des dépôts et des prêts en Italie, Alfonso Iozzo y préconise, entre autres, la création d'une "Communauté" internationale pour l'environnement et l'énergie à doter de certaines compétences s'inspirant de celles de la Communauté européenne du charbon et de l'acier. Sur le plan monétaire, afin de garantir le développement équilibré de la mondialisation, l'éditorialiste propose à l'Europe de l'Eurogroupe de "mettre la stabilité de l'euro à la disposition de la communauté internationale", les pays asiatiques notamment, afin de tailler des croupières aux appétits unilatéralement égoïstes que manifestent les États-Unis avec leur gestion du dollar. "Si l'Union était à la fois capable de promouvoir et de poser elle-même les premiers pas conduisant à une monnaie internationale solide, ce serait la plus claire démonstration que les Européens, en cas d'unité, sont capables d'apporter une énorme contribution à la création d'un monde plus pacifique", conclut Alfonso Iozzo en invitant le président de la Commission à être celui qui prend cette initiative - ce qui ne devrait pas être du goût du président en exercice du Conseil européen… Dans la même veine, Tommaso Padoa-Schioppa, président de "Notre Europe" créé par Jacques Delors, invite à penser à "penser à l'internationalisation" en tenant compte du fait que les règles doivent venir d'une sphère politique solide. Le "Dossier" est consacré à l'état de l'Union du traité de Lisbonne par rapport au modèle fédéral, avec des contributions, entre autres, du président de la commission constitutionnelle du Parlement européen, Jo Leinen, ou de l'ancien commissaire Peter Sutherland.

(MT)

*** LUCIO LEVI: Federalist Thinking. University Press of America (4501 Forbes Boulevard, Suite 200, Lanham, Maryland 20706, USA. Tél.: (1-800) 4626420 - Internet: http://www.univpress.com ). 2008, 160 p.. ISBN 978-0-7618-3922-4.

Enseignant les sciences politiques et la politique comparée à l'Université de Turin, Lucio Levi est l'un des plus grands spécialistes et militants contemporains du fédéralisme. Actif tant au sein de l'Union des fédéralistes européens (UEF) que du Mouvement fédéraliste mondial, celui qui dirige la revue "The Federalist Debate" offre, avec ce livre publié initialement en italien sous le titre "Il pensiero federalista", un éclairage des fondements et de la lente affirmation de la pensée fédéraliste. Dans un premier temps, le Pr. Levi s'intéresse à l'acte déclencheur que constitua le "The Federalist" de Hamilton, Jay et Madison et à l'acte fondateur qui fut la Convention de Philadelphie, tant il est vrai, explique-t-il que "l'histoire du fédéralisme ne commença qu'avec la Constitution des États-Unis". La première formulation de certains éléments essentiels de la théorie fédéraliste en tant que projet politique global réside, elle, dans les écrits de Kant, notamment dans son projet de paix perpétuelle que l'auteur revisite aussi avant de faire ressortir "la composante fédéraliste de la Révolution française". L'auteur resitue ensuite la critique fédéraliste des limites de l'État-nation dans les années 1800 à la lumière, entre autres, des écrits de Proudhon, de Frantz et de Seeley, ainsi que du Risorgimento italien. Les deux derniers chapitres portent sur la crise de l'État-nation et la question de l'unité européenne dans le contexte de la Première Guerre mondiale et sur diverses évolutions fédéralistes (crise de l'approche institutionnelle, fédéralisme intégral, fédéralisme en tant qu'idéologie, fédéralisme mondial…) enregistrées depuis la Seconde Guerre mondiale. Indispensable pour tout qui ne refuse pas idéologiquement le fédéralisme !

(MT)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http: //http://www.europeenformation.eu ). 2008, n° 348, 160 p., 12 €. Abonnement: 30 €.

Ce numéro de la revue fondée par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme intégral, s'ouvre sur un éditorial qui lie une des questions majeures du moment, celle de la régulation des marchés, au gros problème institutionnel auquel est confrontée l'Union depuis le "non" irlandais au traité de Lisbonne, les réponses adéquates ne pouvant être fournies qu'au niveau d'une gouvernance politique européenne forte. A noter aussi, outre les rubriques habituelles, trois études portant sur des préoccupations européennes d'intérêt majeur, à savoir le développement soutenable (Hartmut Marhold, directeur du Centre international de formation européenne, y expose le potentiel intégrateur de celui-ci pour l'Union), la politique énergétique à la lumière de l'entrée en vigueur provisoire du traité sur la Charte de l'énergie et, enfin, la politique mémorielle.

(PBo)

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