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Bulletin Quotidien Europe N° 9770
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

M. Sarkozy président stable de l'Eurogroupe ? Une polémique inutile

La situation réelle. Les rumeurs selon lesquelles Nicolas Sarkozy souhaiterait prolonger sa présidence du Groupe de l'Euro au niveau le plus élevé ont soulevé des polémiques inutiles. Les réactions passionnelles ne sont jamais les meilleures, qu'elles proviennent de Prague ou de Berlin. Il est plus utile et plus raisonnable de commencer par porter un regard objectif sur la situation, dont les éléments essentiels sont les suivants:

a) le Groupe de l'euro (que désormais même les francophones appellent Eurogroupe, même si en français ce raccourci indique n'importe quel groupe européen, même sans rapport avec la monnaie) n'est pas une institution communautaire, mais un organisme informel réunissant les pays de la zone euro. Sa présidence n'est pas liée à la rotation de la présidence du Conseil de l'UE, si bien que les membres de cette zone ont eux-mêmes décidé de se donner, on le sait, un président permanent au niveau des ministres des Finances ;

b) auparavant, il était arrivé à deux reprises que la présidence semestrielle du Conseil de l'UE soit exercée par des pays ne faisant pas partie de la zone euro. Il avait été alors tout simplement décidé que la présidence précédente gardait la présidence de l'Eurogroupe pour un semestre supplémentaire ;

c) l'Eurogroupe ne s'était jamais réuni au niveau des chefs de gouvernement avant que Nicolas Sarkozy, président du Conseil européen, en prenne l'initiative, afin de discuter ensemble de la réponse à donner à la crise financière. Ce n'était pas une réunion intergouvernementale, car les institutions communautaires (Commission européenne, Banque centrale européenne) étaient invitées ;

d) d'autres réunions analogues sont évidemment possibles à l'avenir. Il semble toutefois impensable qu'un chef d'État ou de gouvernement qui n'appartient pas à la zone euro puisse convoquer un organe dont il ne fait pas partie et sur lequel il n'a aucune compétence. Et il ne participerait pas à la réunion qu'il aurait convoquée! Or, les deux prochaines présidences du Conseil européen reviennent justement à deux pays (République tchèque et Suède) qui ne font pas partie de la zone euro. Il est normal que l'Eurogroupe lui-même décide de ses réunions.

Où sont alors les problèmes ? À première vue, il y en a deux:

1. La susceptibilité de la Présidence tchèque. Le ministre tchèque des Affaires européennes, Alexandr Vondra, s'est exprimé (voir notre bulletin n° 9768). Ses arguments n'ont, à mon avis, aucun poids. Il a affirmé d'abord que personne ne peut retirer la présidence à son pays. Ceci est évident et personne n'y songe ; on parle d'un organe informel, dont son pays ne fait pas partie, et de réunions auxquelles il ne participe pas. Le ministre a observé en deuxième lieu que ce serait une initiative de nature à diviser l'UE plutôt qu'à l'unir. Or, il est évident que ce qui divise l'Union est le fait que certains pays ne participent pas à la monnaie commune ; ceux qui y participent doivent bien la gérer. Le Royaume-Uni et le Danemark ont demandés et obtenu une dérogation ; tant mieux pour eux s'ils en sont contents. La Suède pourrait (et en principe devrait) adhérer ; une astuce juridique lui permet de ne pas le faire. Les États membres plus récents adhèrent à l'euro au fur et à mesure qu'ils remplissent les conditions requises, et ils y aspirent de toutes leurs forces. Dès qu'ils sont prêts, ils sont accueillis les bras ouverts. La période pendant laquelle l'UE priait les États membres d'accepter les règles élaborées et mises au point en commun est révolue. Que chaque pays, chaque peuple, fasse librement ses choix et qu'il en accepte les conséquences.

2. Les réticences attribuées à l'Allemagne. Le porte-parole d'Angela Merkel a observé que
M. Juncker est
le président naturel de toute forme d'Eurogroupe. Cette remarque s'expliquerait non pas par des réticences allemandes à l'égard de réunions de l'Eurogroupe au niveau des chefs d'État ou de gouvernement (Mme Merkel a bien participé, et de manière très efficace, à la première expérience), mais à l'égard de certaines orientations de M. Sarkozy en faveur d'une sorte de gouvernement économique européen, dont l'Allemagne se méfierait. On a déjà connu quelques divergences franco-allemandes à propos de la crise financière, et il en aura encore. Le président du Groupe de l'euro en tient dûment compte, que ce soit au niveau des ministres des Finances ou des chefs de gouvernement. La divergence sur la gouvernance économique sera elle aussi aplanie, grâce aux explications et clarifications qui seront apportées. Comment imaginer que des décisions monétaires et économiques importantes soient prises contre la volonté allemande ?

Le lien entre l'attribution de la présidence et le fond des problèmes me paraît artificiel. Mais il est vrai que M. Juncker est ministre des Finances et aussi chef de gouvernement et qu'il gère l'Eurogroupe à la satisfaction générale. D'ailleurs, M. Sarkozy lui-même a dit que M. Juncker pourrait présider l'Eurogroupe aux deux niveaux. La querelle sur les personnes n'est pas l'essentiel. J'y reviendrai demain. (F.R.)

 

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