login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9751
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Quelques considérations sur un projet européen positif pour les citoyens

Le coût des SMS intéresse les gens. C'est l'UE qui a imposé la baisse radicale du coût des appels par téléphone mobile d'un État membre à l'autre. C'est la Commission européenne qui vient de proposer une réduction tout aussi importante pour les messages écrits (SMS) ainsi que pour les transferts de données (voir notre bulletin n° 9734). Ce projet doit passer par le Parlement européen et par le Conseil, mais sa simple annonce a suscité une vaste écho dans les médias et des commentaires positifs de la part des organisations de consommateurs, conscients que seul le niveau européen est approprié en cette matière. Parmi les parlementaires européens satisfaits figurent deux britanniques: le conservateur Giles Chichester a affirmé que l'industrie devrait baisser les prix elle-même, mais si elle ne le fait pas l'UE doit agir, et la libérale Fiona Hall a qualifié d'exaspérante l'arrogance des opérateurs. La réaction négative de ces derniers était prévisible: ils affirment que les tarifs diminuent déjà d'eux-mêmes grâce à la concurrence et que les mesures réglementaires ne sont ni nécessaires ni appropriées (voir notre bulletin n° 9748).

L'initiative de ce projet revient à deux femmes: Viviane Reding, très efficace et combative dans ses fonctions de Commissaire responsable de la société de l'information et Meglena Kuneva, chargée de la protection des consommateurs. Mme Reding prévoit un calendrier serré: accord de principe au Conseil avant la fin novembre, vote du Parlement au printemps prochain, entrée en vigueur des nouveaux tarifs dès juillet 2009. Les citoyens se sentent directement impliqués, et on les comprend: le coût moyen d'un SMS devrait passer à 11 centimes d'euro alors qu'il est évalué actuellement à 29 centimes en moyenne, avec des pointes à 70 centimes. Toutefois, la mode anti-européenne évoquée dans cette rubrique d'hier s'est elle aussi exprimée.

Un exemple vivant de débat citoyen. J'ai suivi avec curiosité et intérêt la discussion vivante et instructive à ce sujet dans le blog de Jean Quatremer (du journal parisien Libération), où adversaires et partisans de la construction européenne s'affrontent régulièrement en pleine liberté de langage.

Les jugements positifs sur le projet Reding mettent en relief le nombre impressionnant de personnes concernées (37 millions de touristes et 110 millions qui communiquent par SMS d'un État membre à l'autre pour des raisons de travail), avec la remarque suivante: « C'est par ce type d'actions concrètes que l'UE prouve qu'elle agit au service des citoyens ». Les commentaires critiques portent sur la nature de l'initiative, avec un ton parfois ironique: « Ouf ! On est rassuré pour les touristes et les hommes d'affaires, tous ces gens dans la misère qui sont odieusement exploités par les opérateurs téléphoniques », ou bien: « les opérateurs se rattraperont sur les communications normales, et en définitive ce sera la femme de ménage qui appelle l'école pour dire qu'elle est en retard pour chercher sa fille qui paiera pour le trader londonien». Jean Quatremer s'est moqué de cette démagogie plaintive: « L'Europe fait quelque chose de bien ? C'est forcément non pas dans le but de brider le marché et les opérateurs de Télécom, mais de donner plus d'argent aux traders de Londres, au détriment de la femme de ménage… ». D'autres intervenants ont apprécié l'esprit du projet, en soulignant: « Il n'y pas que les touristes et les hommes d'affaires qui sont concernés par cette mesure ; que faites-vous des étudiants qui partent à l'étranger pour étudier ou faire leur stage ? Merci à Viviane Reding, en espérant que son projet se concrétise.» Un intervenant a en outre observé que le plafond proposé pour les SMS internationaux est plus bas que le prix du SMS national dans plusieurs États membres, en ajoutant: « De quoi forcer les opérateurs à baisser leurs prix nationaux. » Selon un autre, il serait plus intéressant de baisser le prix de l'essence, mais il a reçu la réplique suivante: « J'espère bien qu'on n'harmonisera pas à la baisse le prix de l'essence. Entre le porte-monnaie et l'avenir de la planète, j'ai choisi » (sans oublier que les impôts sur l'essence contribuent à financer les déficits de la sécurité sociale, à l'avantage des moins favorisés).

Une attitude absurde. Je me suis étendu sur ce «débat citoyen» portant sur un sujet relativement mineur, parce qu'il a montré à la fois la mentalité consistant à critiquer l'Europe quoi qu'elle fasse, toute initiative étant considérée comme déplorable par principe, et la réponse des citoyens qui reconnaissent ce qui pour eux est positif. Si les mensonges qui ont empoissonné le référendum irlandais avaient été soumis à un examen de ce genre, le Traité de Lisbonne se trouverait peut-être aujourd'hui dans une posture plus favorable. L'attitude consistant à rejeter la construction européenne dans son ensemble à cause d'un détail que l'on n'aime pas est absurde. Il en existe des exemples même au sein du Parlement européen.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES