*** SEBASTIAN SANTANDER: Le régionalisme sud-américain, l'Union européenne et les États-Unis. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http: //www-editions-universite-bruxelles.be). Collection « Études européennes ». 2008, 280 p., 25 €. ISBN 978-2-8004-1415-7.
Aboutissement d'un long effort de réflexion, cet ouvrage très riche a pour objet l'étude du régionalisme supra-étatique et, en particulier, de sa dimension externe dans le contexte de la globalisation néolibérale et de l'après-guerre froide. Chercheur connaissant de l'intérieur la vie et la dimension socio-politique de plusieurs pays latino-américains, l'auteur a été également un spécialiste des études sur l'Union européenne et ses relations internationales actif au sein de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles. Voilà qui lui a permis de mobiliser, dans ce travail résolument interdisciplinaire, à la fois les études comparées, les relations internationales, ainsi que les études latino-américaines et européennes. Avec, au final, un apport majeur à la compréhension du monde tel qu'il se dessine sous nos yeux - mais souvent à l'insu du plus grand nombre, tant la tentation est grande de regarder l'avenir dans le rétroviseur…
Président de l'Institut d'études européennes de l'ULB, Mario Telo signe la préface. L'ouvrage -qui, bien entendu, ne pourrait être résumé qu'en prenant le risque d'en trahir l'esprit et les nuances scientifiques - ne pouvait rêver meilleur guide pour inviter à s'y plonger. Le Pr. Telo observe d'abord que Santander a choisi d'axer son travail sur l'étude des facteurs externes, exogènes, du régionalisme latino-américain, à la lumière de la double relation des pays d'Amérique latine avec l'Europe et les États-Unis. Il a aussi choisi d'adopter comme point de départ l'approche de l'International political economy qui lui fait approfondir l'interaction entre les dimensions politique et économique, ce qui lui permet de mettre en exergue le lien profond entre régionalisme et mondialisation néo-libérale (politiques d'adaptation, idées, rupture avec les traditions étatistes en économie…) et, d'autre part, de centraliser sa recherche autour des facteurs politiques, internes et externes mais surtout exogènes, expliquant l'émergence d'un « régionalisme stratégique », d'une dynamique institutionnelle qui contribue à l'affirmation d'un monde multirégionaliste en devenir. Au centre de ce nouveau régionalisme, l'auteur étudie plus particulièrement la dialectique - contradictoire - entre le Mercosur et la Zone de libre-échange des Amériques et le soutien européen au groupement sud-américain par les politiques interrégionales menées par l'Union. Par ce biais, il montre que l'approche politico-stratégique du néo-régionalisme s'impose du fait de l'instabilité et de l'hétérogénéité du système international de l'après-guerre froide, de la fragilité de la globalisation, de la stagnation de l'OMC, ainsi que des tensions géopolitiques transatlantiques qui, depuis les attentats du 11 septembre, opposent l'Europe et l'Amérique latine, d'un côté, les États-Unis, de l'autre. A ce propos, le Pr. Mario Telo note que "la faillite du grand projet panaméricain, le blocage du dessein néo-conservateur, interrégionaliste et anti-régionaliste - à propos duquel la présidence Bush avait transformé l'idée potentiellement hégémonique de Bill Clinton sur les emerging markets en un projet politique de domination et d'exclusion de l'Europe de l'Amérique latine - constitue un tournant ». Et d'ajouter que la visite du président Bush en Amérique latine l'année dernière, même si elle a marqué la disponibilité à un infléchissement de la politique américaine, a confirmé la profonde déception et l'hostilité vis-à-vis de ce que la revue Foreign Affairs a défini comme un « continent perdu » suite à la succession d'élections nationales (Brésil, Chili, Uruguay, Argentine, Venezuela, Bolivie…) défavorables aux États-Unis et à leurs partisans.
Désormais chargé de cours et responsable de l'unité de recherche en relations internationales à l'Université de Liège, Santander montre bien, par la suite, que le déclin de la présence américaine n'a pas pour autant induit un bond en avant politique de la coopération régionale latino-américaine. Toutefois, tout en analysant sans œillères les limites et les difficultés des processus régionaux en cours, l'auteur confirme surtout le caractère durable, multidimensionnel et structurel du régionalisme américain. Par-dessus tout, relève le Pr. Telo, il laisse clairement présager des avancées dans la coopération interrégionale entre l'Union européenne et l'Amérique latine, « quels que soient les troubles ou les stagnations internes aux deux blocs ». Deux éléments l'incitent à le penser. D'abord, après avoir acté la défaite de leur stratégie néo-conservatrice, les États-Unis seront amenés à choisir entre un néo-isolationnisme et un néo-clintonisme, impliquant un engagement multilatéral économique. Ensuite, les dégâts provoqués par huit années de présidence Bush laisseront des traces, « la force des pays émergents ainsi que la capacité affichée par les entités régionales et par l'Europe de résister aux pressions des années 2001-2004 » constituant, dans ce contexte, une donne nouvelle. En clair, les relations interrégionales seront, selon Santander, au centre du monde globalisé, même si le régionalisme montant de par le monde ne sera certainement pas toujours la copie fidèle de l'intégration européenne.
Michel Theys
*** HARLAN KOFF (sous la dir. de): Deceiving (Dis)Appearances Analyzing Current Developments in European and North American Border Regions. Éditions Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Regionalism & Federalism », n° 12. 2007, 232 p., 35,50 €. ISBN 978-905201-369-5.
Parfois appelées « l'endroit où se fait la politique », les régions frontalières occupent depuis longtemps l'attention des dirigeants, tant pour se protéger et se différencier des "barbares" du temps de l'empire romain que pour des raisons de souveraineté nationale aujourd'hui. Depuis les années 90, l'étude de ces régions est passée d'une analyse prioritairement géopolitique à une investigation s'intéressant de plus près à des facteurs socio-économiques. La redéfinition de ces derniers sous l'effet de la globalisation ont en effet changé la donne, créant au passage de nouvelles menaces pour la souveraineté territoriale des nations. Plusieurs chercheurs ont ainsi noté que les caractéristiques présentées par les zones transfrontalières entre deux pays ou plusieurs pays étaient semblables en beaucoup de points à celles d'une région autonome. Ces communautés frontalières, qui auraient (re)pris vie ces dernières années, ont développé, à l'échelle régionale, un niveau de coopération transfrontalière parfois inexistant au niveau national, ce qui pousse les chercheurs à se demander quels facteurs encouragent l'échange, comme c'est le cas à la frontière austro-hongroise, ou le freinent au contraire, comme entre l'Allemagne et la Pologne. Ces interactions se jouent non seulement au niveau économique, comme on pouvait s'y attendre, mais également au niveau de la gestion des ressources, comme c'est le cas pour l'eau à la frontière du Mexique et des États-Unis. Il est difficile, de nos jours, de parler de frontières sans évoquer le risque sécuritaire, et ce livre n'y échappe pas: on y mentionne donc les dangers du crime organisé (trafic de drogue ou corruption des forces policières) et du terrorisme dans les régions frontalières européennes et nord-américaines, ainsi que la manière dont ces menaces sont gérées par l'Union européenne depuis la disparition de ses frontières intérieures. La situation du Pays basque, à cheval entre la France et l'Espagne, est ainsi évoquée, ce qui fait découvrir les difficultés qu'a cette région à coopérer avec les deux pays (souvent suite à un manque de volonté politique de ces derniers) et les efforts de la Commission pour débloquer le statu quo et aider à son développement. En somme, un livre intéressant pour toute personne concernée par l'intégration européenne puisqu'il identifie non seulement les problèmes qui résultent des changements frontaliers, mais également les mécanismes sous-jacents à ces changements.
(NDu)
*** YONG DENG: China's Struggle for Status. The Realignment of International Relations. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). 2008, 300 p., 15,998 £. ISBN 978-0-521-71415-0.
Avec cet ouvrage, Yong Deng fournit une analyse très complète de la politique étrangère post-guerre froide de la Chine et de sa fulgurante montée en puissance sur la scène internationale. Cette ascension, qu'il considère comme « la plus importante réalité dans la politique mondiale contemporaine », est ici disséquée de manière à sortir du cadre des théories des relations internationales occidentales, que l'auteur considère comme non-adaptées à la réalité chinoise. Pour lui, ce qui fait la particularité de la Chine, c'est avant tout son ambivalence, son hésitation permanente entre sa place de grande puissance mondiale et de pays en développement. Selon Yong Deng, le processus qui a permis à la Chine de se déplacer de la périphérie au centre de l'échiquier mondial - tout en répondant à des défis internes colossaux - peut être réduit au concept de lutte pour le statut, ce dernier étant défini comme l'intérêt d'un État pour le bien-être matériel et la reconnaissance internationale. C'est donc ici de statut international qu'il s'agit: une réalité à laquelle la Chine serait particulièrement attentive puisque l'auteur décrit ce pays comme étant « le plus conscient de l'importance de son statut au monde ».
Des questions aussi variées que l'enjeu des droits de l'homme, les théories de la "menace chinoise", les partenariats avec l'Inde, la Russie et l'Union européenne, la politique chinoise en Afrique et en Asie et la place de Taiwan dans sa stratégie de croissance sont passées en revue, le tout sur fond d'analyse des relations sino-américaines. La partie plus européenne de l'ouvrage, malheureusement très brève, revient sur l'évolution remarquable des relations entre les deux puissances depuis la guerre, ainsi que sur l'épisode incontournable de la négociation pour la fin de l'embargo européen en Chine qui a « révélé à la fois les forces et les faiblesses du partenariat stratégique sino-européen ». Avec cet ouvrage, l'auteur entend fournir « une spécification plus claire de l'individualité et des incertitudes liées à la trajectoire internationale de la Chine » et « offrir des réflexions sérieuses sur la possibilité d'une voie alternative pour l'obtention de statut de grande puissance », ce qu'il réalise de manière convaincante.
(TBa)
*** JOSEF SCHROLD (sous la dir. de): Political Asymmetries in the Era of Globalization. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). 2007, 205 p., 38,40 €. ISBN 978-3-631-56820-0.
« La guerre, ce n'est plus ce que c'était ! », disait un vétéran de 40-45 lorsqu'on lui demandait ce qu'il pensait de la guerre en Afghanistan. Il pouvait difficilement être davantage dans le vrai. Depuis « sa » guerre, seulement un tiers des conflits internationaux correspondent à la définition classique/symétrique de guerre, le reste relevant de la catégorie asymétrique où si un côté dispose de l'avantage militaire, l'autre n'en décide pas moins d'aller au combat pour tenter de gagner la partie en dépit de ce déséquilibre. Les répercussions de cette nouvelle manière de penser un conflit se font ressentir au niveau des relations internationales qui sont souvent façonnées en fonction de ces potentiels « accidents » guerriers, mais aussi au niveau militaire vu que beaucoup des tactiques et règles en vigueur sont soudainement devenues obsolètes, obligeant les académies militaires à revoir leurs cursus. Conscient du vide académique relatif sur le sujet, l'Institut pour les Sciences Humaines et Sociales s'est penché sur le problème d'un point de vue non seulement social et humaniste, mais aussi politico-militaire. Le colonel Josef Schröld, « spiritus rector » du thème de l'asymétrie, avait organisé un symposium sur « les menaces asymétriques dans l'ère de la globalisation » en 2005. Cet ouvrage en rend compte. Les débats ont tous été consacrés à des situations où, en Amérique, en Europe, en Asie ou en Afrique, se sont manifestés des conflits ou relations asymétriques. On y trouve, entre autres, le cas de la Thaïlande qui, afin d'éviter la menace coloniale et de s'adapter au mieux au système occidental, à suivi une série de réformes économiques faisant du pays une économie très capitaliste de la région. La crise financière de 1997 et la sensibilité particulière de la Thaïlande aux chocs économiques ayant plongé le pays et une partie de la région dans la tourmente ont ainsi favorisé l'apparition de diverses menaces asymétriques comme le crime organisé, le terrorisme dans le sud du pays ou encore l'avènement de la Chine en tant que puissance économique. Les participants ont aussi parlé des relations, fort inégales, entre le Mexique et les États-Unis, de la situation instable dans les démocraties des Andes, de la problématique des États ratés en Afrique, ce qui est l'une des premières sources de troubles dans cette région, ou encore des lois ayant été adoptées en Europe dans l'après 11 septembre. A noter, par ailleurs, quelques cas de figure théoriques qui voient les auteurs tenter, par exemple, de dresser le profil psychologique du terroriste lambda. Un livre très intéressant de par les informations précises qu'il véhicule, mais qui a un ton résolument sécuritaire.
(NDu)
*** GUILLAUME LE FLOCH: L'urgence devant les juridictions internationales. Éditions Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris). 2008, 517 p., 52 €. ISBN 978-2-233-00533-5.
Maître de conférences à l'Université de Cergy-Pontoise, Guillaume Le Floch procède, dans cet ouvrage, à une analyse comparative des textes et de la jurisprudence des juridictions européennes et internationales afin de discerner s'il existe une logique de l'urgence dans le domaine du contentieux international. A travers cette étude juridique, il fait apparaître que, au-delà des approches très diverses retenues par les juridictions, les politiques jurisprudentielles convergent toutes implicitement vers la même politique judiciaire, à savoir qu'elles visent à consolider la place et le rôle du juge au sein du système dans lequel il opère.
(PBo)
*** MINA KLEICHE DRAY, ROLAND WAAST (sous la dir. de): Le Maroc scientifique. Éditions Publisud (15 rue des Cinq Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautefort.com ). Collection "L'Observatoire des sociétés". 2008, 312 p., 48 €. ISBN 978-2-86600-861-8.
L'une est biochimiste et historienne des sciences, l'autre ingénieur de l'Ecole polytechnique de France et sociologue. Tous deux ont conduit l'Évaluation européenne du système marocain de recherche commanditée par Rabat au début des années 2000. Dans cet ouvrage, ils détaillent les outils préparatoires et les résultats qui ont été obtenus, notamment lors de visites in situ des meilleurs laboratoires par une vingtaine de scientifiques. Les suggestions émises concernent naturellement le Maroc, mais ont aussi une portée plus large.
(PBo)