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Bulletin Quotidien Europe N° 9701
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/prÉsidence francaise

Audition réussie pour le président Sarkozy qui veut sortir l'Europe de l'immobilisme - José Manuel Barroso est son candidat et celui du président Pôttering à la présidence de la prochaine Commission

Strasbourg, 10/07/2008 (Agence Europe) - La prestation de Nicolas Sarkozy, jeudi 10 juillet devant le Parlement européen à Strasbourg, a été saluée par le président du Parlement européen. Évoquant ses vingt-neuf années d'expérience parlementaire, Hans-Gert Pöttering a parlé « d'une des sessions les plus remarquables » qu'il ait connues. C'est la première fois qu'un président du Conseil a répondu à tous les députés, a constaté le président du Parlement lors de la conférence de presse qui a suivi un débat de 3h30 dans l'hémicycle. Interrogé lors de cette conférence de presse sur le nom du futur candidat du PPE pour la présidence de la Commission européenne, Nicolas Sarkozy a répondu: « Si j'ai un candidat ? Oui et il est à la même table » en regardant en direction de José Manuel Barroso. Le président Pöttering s'est empressé de faire la même réponse.

Évoquant « un moment critique pour l'Europe », Nicolas Sarkozy a dit devant les députés européens qu'il faut « sortir l'Europe de la crise où elle se trouve » et « rassurer des Européens qui sont inquiets ». Le président de la République française, dont c'était la première intervention en plénière en tant que président du Conseil européen, est d'abord revenu sur le problème institutionnel. Nicolas Sarkozy a rappelé qu'il doit se rendre en Irlande le 21 juillet « pour écouter, pour dialoguer, pour essayer de trouver des solutions » et que la Présidence française proposera « une méthode » pour sortir de la crise « en octobre ou en décembre ». Il a rappelé l'échéance de l'organisation des élections européennes qui se fera sur la base soit de Lisbonne, soit de Nice. « J'ai toujours souhaité l'élargissement » et « l'élargissement de 2004 a été une réussite », a-t-il poursuivi en insistant sur la nécessité de se doter d'institutions avant tout nouvel élargissement: « Nice, c'est l'Europe des 27. Si on veut l'élargissement, et nous voulons l'élargissement, il faut de nouvelles institutions ». Et de marteler: « C'est Lisbonne et l'élargissement (…) c'est une question de cohérence ». « Peut-être un jour, nous faudra-t-il passer à une Europe à plusieurs vitesses, mais cela doit être la dernière solution (…) La famille européenne; c'est vingt-sept. Nous ne devons laisser personne derrière nous », a-t-il poursuivi.

Dans la situation actuelle, « rien ne serait pire que de donner le sentiment d'être immobile. À cause du problème institutionnel, l'Europe a le devoir d'agir immédiatement », estime Nicolas Sarkozy qui veut « montrer aux Européens que l'Europe peut les protéger ». Et d'expliquer que, depuis la plus haute antiquité, si les hommes se sont dotés d'une puissance publique, c'est pour se protéger. Il faut dont « protéger sans être protectionniste ».

« Le CO2, la couche d'ozone se moquent bien des frontières entre nos pays », a dit le président français avant de souligner que « nous sommes la dernière génération qui peut éviter la catastrophe ». « L'Europe doit montrer l'exemple » en vue de la conférence de 2009. Elle « doit venir unie en ayant adopté le paquet Énergie/Climat ». Un paquet qu'il juge « exigeant, difficile » avant d'avertir: « Si chaque pays commence à vouloir renégocier le point qui le gêne, nous n'arriverons à rien. C'est une priorité, elle n'est ni de gauche ni de droite, c'est simplement celle du bon sens ».

Sur 27 pays, nous sommes 23 dans l'espace Schengen, a-t-il rappelé avant de justifier le pacte européen pour l'immigration par la nécessité de sortir l'immigration de débats nationaux où s'expriment les extrémismes. Pour Nicolas Sarkozy, la seule façon de responsabiliser le débat sur l'immigration est d'en faire une politique européenne.

La Présidence française veut aussi « faire avancer un concept (…), celui de la défense européenne ». « Comment voudriez-vous que l'Europe soit une puissance politique parlant fort, si l'Europe n'est pas capable de se défendre? », interroge le président du Conseil européen. « Naturellement qu'il y a l'OTAN », constate-t-il en soulignant son objectif: « C'est l'alliance avec les États-Unis et une politique de sécurité européenne autonome ».

Évoquant la politique agricole commune, Nicolas Sarkozy a rappelé que la planète comptera 9 milliards d'êtres humains en 2050 et qu'à l'heure actuelle déjà 1 enfant meurt de faim toutes les 30 secondes. Dans ces conditions, est-ce raisonnable d'abandonner l'agriculture européenne ? Est ce raisonnable d'imposer des règles de traçabilité et autres à nos agriculteurs et d'importer des viandes qui ne respectent aucune de ces règles ?

La dimension sociale est un « formidable sujet », estime le président français pour qui « les pensions, la santé sont d'abord une priorité nationale ». Il salue les nouvelles propositions de directive de la Commission. La Présidence française en fera une priorité, promet-il. Sur la maladie d'Alzheimer, il espère qu'on parviendra « ensemble à trouver une solution », avant d'ajouter: « Ce que je dis sur Alzheimer, je pourrais le dire sur le cancer » et d'autres maladies.

Plaidant pour une « exception culturelle européenne », Nicolas Sarkozy a dit que « le monde ne doit pas être aplati devant une seule langue et une seule culture ». « J'aimerais qu'il y ait une exception sportive (…) je n'accepte pas qu'on vienne chercher dans les clubs des garçons de 14 ans qui sont en formation ».

« L'Europe a souffert de beaucoup de choses » au premier rang desquelles Nicolas Sarkozy place « la lâcheté » de certains dirigeants qui ne défendent pas chez eux les décisions qu'ils prennent au niveau européen. « Le président polonais a négocié lui-même le Traité de Lisbonne, il a donné sa parole, il doit l'honorer. Ce n'est pas une question de politique, c'est une question de morale », affirme-t-il. Et de conclure sur l'importance du débat, y compris sur la BCE, avant d'assurer: « Je sais parfaitement jouer collectif ».

Le président de la Commission salue le dynamisme de la Présidence française

« Je crois que ce sera une présidence du dynamisme, du volontarisme et des résultats concrets, auxquels nous allons tous travailler. Le retour de la France en Europe que vous avez souhaité, Monsieur le Président, est incontestablement une très bonne nouvelle pour nous tous », a déclaré le président de la Commission européenne. La mondialisation, la concurrence internationale, la raréfaction des énergies fossiles et le réchauffement planétaire « placent l'Europe devant la nécessité de réformer ses économies pour augmenter sa compétitivité, de moderniser ses modèles sociaux et d'investir dans l'éducation, la recherche et l'innovation », constate José Manuel Barroso pour qui: « l'envolée des cours du pétrole et des matières premières, la forte hausse des prix des produits alimentaires, la poussée inflationniste, qui est le premier ennemi du pouvoir d'achat: tous ces éléments jettent en ce moment une ombre sur l'Europe ». « Nous revenons du sommet du G8 au Japon. Mon constat est clair: l'influence dont jouit l'Union européenne élargie, mais aussi les attentes et le respect qu'elle suscite dans le monde contrastent assez nettement avec le sentiment de pessimisme qui s'exprime parfois à l'intérieur de l'Union », a-t-il dit avant de revenir sur la proposition visant à instaurer un nouveau fonds de soutien à l'agriculture dans les pays en développement. La Commission européenne adoptera cette proposition la semaine prochaine, a indiqué son président qui compte sur le plein soutien des deux branches de l'autorité budgétaire pour que l'Europe puisse fournir rapidement l'aide visée aux agriculteurs d'Afrique, en étroite coopération avec les organisations multilatérales compétentes. « Ce soutien est essentiel pour assurer la 'révolution verte' dont notre continent voisin a besoin pour sa stabilité et sa prospérité qui, nous le savons tous, relèvent aussi de l'intérêt direct de l'Europe », a-t-il ajouté avant de préciser que, comme le Conseil européen l'a demandé, notre proposition se situera dans les limites des perspectives financières actuelles. « La logique de notre démarche consiste à attribuer les économies que la hausse des prix internationaux permet à l'Europe de réaliser dans le cadre de sa politique interne de soutien agricole à ceux qui souffrent le plus de cette augmentation. C'est un bel exemple de solidarité entre agriculteurs européens et africains, et une bonne illustration de ce que la PAC et la politique de développement peuvent et doivent aller de pair », a-t-il dit. La Commission apportera tout son appui pour parvenir à un accord ambitieux et équilibré avec le Parlement européen et les États membres sur le paquet Énergie/Climat. « Il faut aussi avancer vers une politique d'immigration maîtrisée en Europe », a aussi dit José Manuel Barroso avant d'estimer que « l'adoption de la 'carte bleue' sous votre présidence serait un pas important dans ce sens ». Et le président de la Commission de conclure par une note sociale: « La France a fait du nouvel agenda social présenté par la Commission européenne il y a quelques jours une de ses priorités. Je m'en félicite. Pour préparer l'avenir des Européens, nous devons leur offrir des opportunités, l'accès à des services de qualité, comme l'éducation et les soins de santé, et de la solidarité. Personne en Europe ne doit être laissé au bord du chemin ».

Un débat vivant, qui fait honneur au Parlement et à l'Europe

Le président du groupe PPE-DE, Joseph Daul, a salué la décision de la France de placer sa présidence sous le signe de la volonté politique. Il a indiqué que son groupe soutient la volonté de la Présidence française d'aller de l'avant sur le paquet Énergie/Climat, l'immigration, la défense et la sécurité alimentaire. "L'intégration européenne est une affaire éminemment politique. Je ne doute pas que si nous avons le courage de faire des choix politiques clairs, nos concitoyens retrouveront le goût de l'Europe », a-t-il ajouté. Pour le président allemand du groupe PSE, Martin Schulz, le paquet Énergie/Climat est tout à fait prioritaire. « Ne faites pas cavalier seul, même si cela est plaisant avec Angela Merkel », a-t-il lancé. « Le fait que vous alliez en Irlande, je trouve cela bien, mais laissez Bernard Kouchner à Paris à cette occasion. J'ai l'impression que ses interventions ne nous ont pas beaucoup aidés jusqu'à présent », a dit le président du groupe socialiste. Et d'insister sur le besoin d'une Europe sociale, sans laquelle « les socialistes ne pourront pas vous soutenir ». Évoquant le dossier des empreintes digitales des enfants roms, Martin Schulz a aussi demandé au président du Conseil européen de faire en sorte « que Silvio Berlusconi comprenne que l'Europe est une Europe du droit et non de l'arbitraire ». Le libéral démocrate britannique Graham Watson observe que la réduction de la TVA est une mesure à court terme et que l'Europe a besoin d'une nouvelle politique énergétique pour réduire les émissions de CO2. Il se prononce pour une politique agricole non protectionniste. « La France nous a donné les droits de l'Homme, elle doit être en première ligne » dans l'Union et sur la scène internationale, en Afrique du Nord et en Chine, constate Graham Watson en appelant le président Sarkozy à « jouer collectif ». L'Italienne Cristiana Muscardini a apporté le soutien du groupe de l'Union pour l'Europe des Nations à la Présidence française, en souhaitant qu'elle remette à l'honneur les devoirs qui accompagnent les droits. Elle a aussi souhaité que le commerce international soit doté de règles claires. « Votre ambition pour l'Europe, c'est une drogue que nous partageons », a dit le vert allemand Daniel Cohn-Bendit en « paraphrasant une chanson que vous connaissez ». « Banco sur le pacte pour l'immigration! », s'est-il exclamé en appelant à faire jouer la clause passerelle pour permettre un vrai débat avec le Parlement européen, en codécision. Et d'inviter à laisser « vivre ici les étudiants qui ont fait ici leurs études ». Revenant sur la participation annoncée du président Sarkozy à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, Daniel Cohn-Bendit a dit: « Vous allez manger avec des baguettes avec le président de la Chine pour ouvrir les JO. Je penserai à ceux qui croupissent en prison (…) Vous aviez une occasion en or en ne participant pas à la mascarade du parti communiste chinois (…) C'est une honte, c'est minable d'aller à l'ouverture des JO! » Le président français du groupe GUE/NGL, Francis Wurtz, a regretté le soutien apporté à « la directive de la honte » (la directive retour) et la situation sociale qui prévaut aujourd'hui dans une Europe où « un travailleur d'un autre Etat membre peut être payé moitié moins qu'un travailleur allemand » aujourd'hui en Basse Saxe. Quant à « la semaine de 65 heures, c'est Dickens sacré nouveau père de l'Europe », a-t-il ajouté avant d'appeler la Présidence française à « changer l'Europe, mais pour de bon ». « Les peuples européens constatent chaque jour que tout leur échappe », a dit au nom du groupe IND/DEM, Philippe de Villiers en déplorant la dépossession des Nations « au profit d'enceintes post démocratiques composées de banquiers de fonctionnaires et de juges ». « Respecter le vote du peuple irlandais et proclamer que le traité est mort », a-t-il lancé. « Adversaire résolu de la Tour de Babel construite sur les décombres des États nations », Jean-Marie Le Pen a reproché au président français d'être une « européiste zélé ». « Votre Europe est un vaisseau qui part à la dérive. Sans frontière, envahie par l'immigration de masse, elle est vouée au mieux au protectionnisme américain », a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy souhaite associer le Parlement aux discussions sur le pacte pour l'immigration

Nicolas Sarkozy a remercié le président Daul pour le soutien de son groupe. « Sur le paquet Énergie/Climat, je sais très bien que c'est le Parlement qui a le dernier mot, votre engagement est absolument déterminant », a-t-il dit. A Daniel Cohn-Bendit, qui lui avait reproché de céder à l'industrie automobile, il a répondu qu'il faut « résister aux pressions industrielles », mais que l'objectif « c'est respecter l'environnement et refuser les délocalisations ». L'absence de salaire minimum en Allemagne, c'est le résultat d'un débat national pas européen, a-t-il rappelé en réponse à Martin Schulz en ajoutant: « Nous, Français, voulons garder notre salaire minimum ». Critiquant le comportement de certaines grandes banques privées, il a dit que les banquiers « doivent se préparer à recevoir des leçons ». La Présidence fera des propositions pour « moraliser le capitalisme financier ». Il s'agit de « remettre un peu d'ordre dans ce qui est devenu du n'importe quoi ». Le pacte pour l'immigration doit permettre de constituer un « corpus minimum » qui devrait permettre d'éviter les excès. « Associer le Parlement est un engagement politique que je prends et je viendrai avec Bernard Kouchner et Brice Hortefeux présenter le pacte », a-t-il promis. Au sujet des étudiants en Europe, il a constaté qu'il y a en France plus de médecins béninois que de médecins béninois au Bénin, et il a appelé à ne pas piller les élites du tiers monde. Sur la Chine, « je partage votre émotion », a dit Nicolas Sarkozy en soulignant qu'il a interrogé tous les pays membres. « J'ai reçu de tous un accord pour me rendre à la cérémonie. A l'heure où je parle, Treize seront représentés », a-t-il expliqué en estimant que « ce n'est pas par l'humiliation de la Chine que l'on fera progresser les droits de l'Homme ». « Je ne pense pas que l'on peut boycotter un quart de la population mondiale. Je veux donc y aller et parler des droits de l'Homme (…) Ce n'est pas à la Chine de fixer mon agenda et mes rendez-vous, comme ce n'est pas à moi de fixer les rendez-vous du président chinois. (…) La Chine est au Conseil de sécurité et on a besoin de la Chine » (il a cité le Darfour et l'Iran). Le président français a enfin appelé à regarder l'évolution de la Chine sur Hong Kong, Macao et Taiwan. Enfin, à Jean-Marie Le Pen, il a dit: « La France avait eu pendant quinze ans l'extrême droite la plus puissante. En vous entendant M. le président Le Pen, je suis bien content que ce soit terminé ».

Traité de Lisbonne: s'inspirer du précédent danois

L'Irlandais Brian Crowley (UEN) a salué « l'ouverture d'esprit » et le pragmatisme du président Sarkozy car, a-t-il dit, l'UE a été dominée trop longtemps par des « idéologies dépassées ». M. Crowley partage aussi l'avis de M. Sarkozy selon lequel il faudra chercher à coopérer avec la Chine pour mettre un terme au drame humain au Darfour. Nigel Farage, eurosceptique britannique (UKIP), rejette l'ensemble du programme de la Présidence française qui, à son avis, reflète la volonté d'avoir une Union européenne « qui contrôle chaque aspect de nos vies ». Il a aussi fustigé « l'arrogance » de la Présidence qui, en voulant sauver le Traité de Lisbonne, « méprise » la volonté des Irlandais. « Comprenez enfin que les peuples ne veulent pas d'une intégration politique approfondie », a lancé M. Farage à M. Sarkozy. Pour l'ancien Premier ministre danois, Poul Nyrup Rassmussen (PSE), le « non » irlandais sur le traité ne veut absolument pas dire que le traité est mort et que l'Europe doit s'arrêter. « Nous, les Danois, nous avons aussi dit 'non' une première fois (sur le Traité de Maastricht en 1992, Ndlr) mais on a pu s'exprimer une deuxième fois », ce qui a permis de débloquer la situation, a rappelé M. Rasmussen. Oui, a répondu M. Sarkozy à la fin du débat, l'exemple danois « est un bon exemple » qui peut ouvrir une voie de sortie du problème actuel. Car, a poursuivi M. Sarkozy, les Irlandais doivent aussi respecter les autres qui ont déjà ratifié le traité, ils ne peuvent pas bloquer l'Europe. M. Rassmusen a aussi demandé à M. Sarkozy « d'ajouter une cinquième priorité » à son programme de travail: « l'emploi, la croissance et la durabilité ». L'eurodéputé danois propose que l'Europe prenne des mesures pour mieux réglementer le fonctionnement des marchés financiers et qu'elle lance une nouvelle initiative pour des investissements coordonnés dans des domaines tels que l'éducation, l'environnement et les infrastructures. Il est juste de viser une « Europe qui protège », estime Harlem Désir (PSE, français), mais alors on ne peut pas négliger l'Europe sociale dont l'absence est à l'origine du « désamour des citoyens vis-à-vis de l'UE ».

Face aux problèmes causés par le « non » irlandais sur le Traité de Lisbonne, l'Allemande Silvana Koch-Mehrin (ADLE) plaide pour une Europe à plusieurs vitesses qui, rappelle-t-elle, existe déjà dans plusieurs domaines. « Oui », a répondu M. Sarkozy, « mais avant d'aller davantage dans le sens d'une Europe à plusieurs vitesses, essayons d'abord de faire une Europe à laquelle tout le monde participe. Si on donne à tous des exceptions, où sera le projet européen de nos pères fondateurs ? ». Mme Koch-Mehrin avait encore deux autres demandes à M. Sarkozy. D'abord sur les femmes. « Vous êtes un homme à femmes, faites quelque chose pour renforcer la position des femmes » dans la politique européenne. Ensuite à propos du siège du PE. « Laissez au Parlement européen la liberté de décider lui-même de son siège » (la députée allemande défend Bruxelles comme siège unique du PE). L'Allemand Werner Langen (PPE-DE) n'avait que des compliments pour M. Sarkozy: « J'en suis à ma 29ème présidence, je n'ai jamais entendu un exposé aussi convaincant de la part du président du Conseil européen », a-t-il dit. Le Luxembourgeois Robert Goebbels (PSE) a mis en garde contre trop d'initiatives unilatérales des Européens en matière de lutte contre le changement climatique, au détriment des industries européennes. Les 27 pays membres n'émettent que 14% des émissions mondiales totales de CO2, « ce qui veut dire que les initiatives européenne resteront vaines s'il n'y a pas un effort comparable des USA, des Chinois, et autres pays émergents », a dit M. Goebbels. Certes, a répondu M. Sarkozy, mais l'UE doit agir et montrer l'exemple aux autres. L'UE ne peut pas se permettre d'attendre les autres, « rien n'est plus grave que l'immobilisme », a-t-il affirmé. L'Espagnol José Ignacio Salafranca (PPE-DE) a estimé qu'il faut une « dimension européenne du sport » et a suggéré que lors des J.O. de Pékin, les sportifs de l'UE portent aussi, à côté de leur drapeau national, un petit emblème européen. M. Sarkozy partage l'idée du rôle important que le sport peut jouer dans la création d'un sentiment européen et suggère, pour sa part, de prévoir, lors de l'affichage des résultats, une « colonne spéciale » qui comptabilise et additionne les médailles gagnées par les sportifs de l'UE. À propos du débat sur la position du président polonais sur le Traité de Lisbonne, l'ancien Premier ministre Jerzy Buzek (PPE-DE) a tenu à rappeler que « la Pologne soutient le traité. Les Polonais sont à une très large majorité pro-européens » (je n'ai jamais douté de l'engagement européen de la Pologne, a répondu M. Sarkozy). La Polonaise Genowefa Grabowska (PSE) a informé le PE que la Diète polonaise allait adopter jeudi une déclaration appelant solennellement le président Kaczynski à signer la loi de ratification du Traité de Lisbonne.

En conférence de presse, Nicolas Sarkozy a notamment répondu à des questions sur:

- l'Union pour la Méditerranée et la dernière diatribe de Mouammar Kadhafi: « Je n'ai pas vocation à rétablir l'empire romain », a dit le président français en réponse aux récents propos du guide libyen sur le nouveau colonialisme européen. « Jusqu'à présent, l'Europe au Proche et Moyen-Orient, c'était beaucoup d'argent pour un poids politique faible, pour ne pas dire insignifiant », a constaté Nicolas Sarkozy en rappelant qu'un seul dirigeant arabe avait participé au lancement du processus de Barcelone. Et de se féliciter de la décision de tous les dirigeants arabes (à l'exception de M. Khadafi) et israélien de participer au sommet de Paris, dimanche 13 juillet.

- le bouclier antimissile: « Je suis très intéressé par les propositions du président Medvedev sur la sécurité de Vancouver à Vladivostok », a dit le président français en se félicitant d'un changement d'attitude du Kremlin. S'il ne désire pas interférer dans les décisions de la Pologne ou de la République tchèque concernant les éléments du bouclier, il estime qu'elles devraient faire « au minimum l'objet d'une discussion entre nous ».

- Mladic et Karadzic: il est nécessaire que « ces gens répondent de leurs actes », a dit Nicolas Sarkozy qui observe cependant que le gouvernement serbe vient d'être mis en place et qu'il faut dans l'immédiat envoyer un message positif à la Serbie concernant sa perspective européenne. « Il y aura des conditions (…) La Serbie aura rendez-vous avec ses obligations internationales. Nous ne céderons pas là-dessus », ajoute-t-il toutefois. (O.J./H.B.)

 

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