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Bulletin Quotidien Europe N° 9628
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE, Serbie, Kosovo: deux points indispensables pour calmer la situation

Les quelques évolutions désagréables et parfois dramatiques concernant le Kosovo, la Serbie et leurs relations avec l'UE étaient prévisibles. Prévisible que la Serbie réagisse avec vigueur à la reconnaissance du Kosovo indépendant par la majorité des Etats membres de l'Union ; prévisible que le Kosovo indépendant n'apparaisse pas comme un Etat déjà viable, et que les Etats-Unis soient ravis d'en laisser le poids à l'UE ; prévisible que les Serbes du Kosovo s'agitent face à la perspective qui est la leur. Il fallait y être préparé et il faut y faire face. Dénoncer aujourd'hui l'attitude choisie par l'UE et celle de la plupart des Etats membres est un exercice largement démagogique ; il est facile de critiquer sans disposer d'aucune solution de rechange, d'aucune alternative à proposer. Il sera impossible de clarifier la situation et d'apaiser les populations concernées sans reconnaître deux réalités fondamentales:

1. L'indépendance du Kosovo était inévitable. On ne peut pas contraindre à vivre dans un Etat unique deux populations qui ont prouvé par les faits à quel point elles rejettent une citoyenneté commune. Toutes les voies de la diplomatie ont été essayées, tous les compromis possibles ont été étudiés et négociés, sans résultat. Aucune solution consensuelle n'est praticable, les autorités serbes elles-mêmes en sont conscientes.

La diplomatie européenne a fait des miracles sur le terrain, en évitant que les divergences ne dégénèrent en de nouveaux conflits sanglants et en obtenant que les autorités responsables, de part et d'autre, s'engagent à ne pas recourir à la violence. C'est déjà un résultat extraordinaire, si l'on regarde en arrière, les drames qui ont marqué dans plusieurs endroits l'éclatement de l'ancienne Yougoslavie.

2. Les Serbes du Kosovo et de Bosnie-Herzégovine ont aujourd'hui eux aussi le droit de choisir leur avenir. L'affirmation des autorités de Pristina selon laquelle les frontières du Kosovo sont reconnues par l'ONU et intouchables, ne tient pas debout, parce que les frontières de la Serbie l'étaient juridiquement tout autant. Ce qui vient d'être admis pour ces dernières est forcément valable aussi pour celles du Kosovo. On ne voit pas pourquoi le droit de choisir reconnu aux Kosovars serait dénié aux Serbes qui se trouvent au même endroit, dans une situation identique. Le principe du «cas unique» qui ne constitue pas un précédent ne peut pas être valable pour les habitants sur place. Ni, à mon avis, pour la Bosnie-Herzégovine. Dans une région où chaque ethnie réclame son autonomie, l'Etat artificiel composé de trois entités ne sera jamais efficace et même pas viable. Il n'est pas question d'indiquer aux Serbes la solution qu'ils souhaitent mais de leur reconnaître le droit de la choisir eux-mêmes, là où ils sont tout aussi majoritaires que les Kosovars dans leur nouvel Etat.

Les conditions de l'indépendance. Il est vrai que le danger existe de revendications analogues ailleurs, par d'autres populations ; mais elles se produiront de toute manière. Les solutions artificielles créées par la diplomatie sont inefficaces, et la formule consistant à faire survivre des Etats à coup d'aides et de subventions est inepte et injuste. Les soutiens et les aides de l'UE sont normaux et chacun y a droit ; mais l'indépendance, chacun doit la mériter et y faire face. Du temps et de la compréhension sont nécessaires, mais le principe doit être clair: un Etat qui se veut indépendant doit maîtriser et financer sa justice, sa police, ses activités, et en être responsable. D'ailleurs, le dernier document de la Commission européenne a clairement indiqué les conditions auxquelles les pays de l'ancienne Yougoslavie pourront devenir membres de l'UE, en soulignant les soutiens et les avantages que l'UE devrait leur promettre, mais aussi en même temps les conditions qu'ils doivent remplir eux-mêmes (voir notre bulletin n° 9616). Les exigences de l'autosuffisance progressive et de la guerre contre l'illégalité et les activités illicites ou criminelles doivent être affirmées avec clarté et fermeté au niveau politique le plus élevé.

La vraie priorité. Pour d'autres considérations sur le dossier Kosovo, je renvoie à cette rubrique dans les bulletins N° 9609, 9610 et 9612. S'y ajoute maintenant l'initiative des ministres des Affaires étrangères de France, Bernard Kouchner, et de Suède, Carl Bildt, appelant l'UE à octroyer tout de suite à la Serbie le statut de pays candidat à l'adhésion et à conclure, en attendant, l'accord de stabilisation et d'association déjà négocié. Ils ont raison à mon avis: quelle que soit l'importance morale de juger les responsables d'anciens crimes de guerre, les relations avec la Serbie d'aujourd'hui, avec les Serbes de la nouvelle génération, doivent prévaloir. Si aux élections imminentes dans ce pays la tendance pro-européenne est majoritaire, qui pourrait encore donner la priorité à la détention d'un ancien général sur l'ouverture à un pays qui aura prouvé qu'il le demande et le mérite?

(F.R.)

 

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