Bruxelles, 13/02/2008 (Agence Europe) - Au lendemain de l'analyse par le Conseil Ecofin de la stratégie d'assainissement budgétaire de onze Etats membres (EUROPE n° 9600), la Commission a examiné, mercredi 13 février, une nouvelle série de programmes de stabilité ou de convergence concernant neuf Etats membres. Ces programmes seront évalués par les ministres des Finances en mars avec ceux sur lesquels le Collège se prononcera le 19 février (Danemark, Espagne, Grèce, Irlande et Lituanie). Les programmes de la Belgique et de la Pologne seront examinés ultérieurement. Comme Chypre, qui a procédé à une consolidation budgétaire remarquable, la Slovénie a aussi atteint son objectif à moyen terme (OMT), constate la Commission pour qui les deux pays sont en mesure de maintenir leurs positions budgétaires saines. Malte, où des risques existent, et l'Autriche, qui gagnerait à être plus ambitieuse, continuent à se rapprocher de leur OMT. Pour le Portugal, qui a ramené son déficit à 3% en 2007 (anticipant ainsi d'un an l'échéance fixée par le Conseil), la progression vers l'OMT (un déficit structurel de 0,5%) passera peut-être par des mesures supplémentaires. La situation budgétaire de la Bulgarie est saine et le pays, tout comme l'Estonie, dépassera aisément son OMT sur l'ensemble de la période. La République tchèque corrigera son déficit excessif en 2008, mais la trajectoire d'ajustement pourrait être plus ambitieuse, ajoute la Commission, qui estime enfin que la Lettonie devrait adopter d'urgence une position budgétaire nettement plus rigoureuse.
Autriche. La croissance soutenue observée ces dernières années devrait se poursuivre en 2008 (2,4% selon le programme actualisé pour 2007-2010). Cela permettra à l'Autriche de se rapprocher de l'OMT d'ici 2010, où elle prévoit un excédent de 0,4% du PIB. Mais avec un déficit de 0,6% en 2008 (contre -1,4% en 2006 et -0,7% en 2007), le pays devrait profiter des bons résultats enregistrés jusqu'à présent pour équilibrer plus rapidement ses comptes publics, recommande la Commission. La dette a quant à elle été ramenée sous le seuil de 60% en 2007 (59,9% du PIB) et devrait continuer à baisser pour atteindre 55,4% à la fin de la période couverte par le programme.
Bulgarie. Le programme actualisé de la Bulgarie pour 2007-2010 présente des objectifs budgétaires ambitieux mais vraisemblables, selon la Commission, qui constate que les surplus enregistrés ces dernières années devraient se maintenir. Sofia prévoit de dégager des excédents budgétaires de 3% sur l'ensemble de la période, lui permettant d'atteindre aisément son OMT révisé (il consistera maintenant à dégager un excédent de 1,5 % du PIB). La croissance devrait rester forte (entre 6,4% en 2007 et 6,9% en 2010) et la dette devrait encore baisser (de 19,8% du PIB en 2007 à 16,9% en 2010). Avec des déséquilibres extérieurs croissants et une inflation forte, la Bulgarie est toutefois invitée à éviter de mener une stratégie budgétaire pro-cyclique et à adopter des politiques visant à limiter les pressions inflationnistes (notamment par une politique prudente des salaires dans la fonction publique). Enfin, la Commission recommande d'améliorer encore l'efficacité des dépenses publiques, notamment en renforçant les capacités administratives et en réformant le système de soins de santé.
Chypre. L'évaluation du premier programme de stabilité de Chypre (qui a rejoint la zone euro le 1er janvier dernier) montre une position budgétaire solide tout au long de la période couverte (2007-2011). Après un surplus de 1,5% du PIB en 2007, le pays devrait continuer à dégager des excédents (de 0,5 en 2008 et 2009 et de 0,7% en 2010 et 2011). Le nouvel OMT (un budget à l'équilibre) sera donc atteint, mais la position budgétaire pourrait devenir pro-cyclique en 2008 avec une croissance au-delà de 4% pour les années à venir. Les autorités chypriotes sont donc invitées à éviter des politiques budgétaires pro-cycliques, grâce à un meilleur contrôle des dépenses courantes et à l'utilisation des recettes supplémentaires pour continuer à réduire la dette. De 70% du PIB en 2004, celle-ci devrait continuer à fortement baisser, passant de 60% en 2007 à 40,5% en 2011, selon le programme actualisé. Le pays devrait aussi limiter les dépenses publiques, notamment par une réforme du système des retraites et par la mise en œuvre en temps utile des réformes adoptées dans le secteur des soins de santé, ajoute la Commission.
Estonie. Le pays continuera de dépasser son OMT (un budget en équilibre) même si les excédents dégagés diminueront (de 2,6% du PIB en 2007, les surplus devraient en effet passer de 1,3% en 2008 à 0,8% en 2011). La très forte croissance, qui était de plus 10% il y a encore deux ans et a contribué à accentuer les déséquilibres macroéconomiques (croissance des salaires supérieure à celle de la productivité, pressions sur les prix, etc.), devrait osciller entre 7% et 5%. Ces déséquilibres ne devraient s'atténuer que progressivement et, dans le contexte d'une croissance toujours élevée, la politique budgétaire risque de rester pro-cyclique en 2008. En vue d'assurer une convergence durable et une participation harmonieuse au mécanisme de change européen II (MCE II), la Commission recommande à l'Estonie d'atteindre une position budgétaire globalement neutre en 2008 et par la suite. Une politique appropriée des salaires dans la fonction publique et de nouvelles réformes sur le marché de l'emploi sont également souhaitables.
Lettonie. Le pays souhaite dégager des excédents budgétaires en légère augmentation entre 2008 et 2010 (0,3% en 2007 à 1,2% en fin de période). Bien qu'ils soient supérieurs à l'OMT, ces résultats budgétaires pourraient être plus ambitieux, souligne la Commission, qui s'inquiète de la pression inflationniste (avec environ 10% le taux d'inflation de la Lettonie est le plus élevé de l'UE). Riga devrait adopter d'urgence une stratégie budgétaire plus rigoureuse, en ne dépensant pas les éventuelles recettes supplémentaires et en respectant les plafonds de dépenses, explique la Commission. Elle recommande aussi d'adopter des politiques supplémentaires visant à contenir les pressions inflationnistes. Une réduction de la croissance des salaires dans l'ensemble de l'économie est nécessaire pour interrompre la dynamique coûts-prix actuelle et mettre fin à la dégradation rapide de la compétitivité de la Lettonie, insiste la Commission.
Malte. Si le pays annonce des progrès constants en vue d'atteindre son OMT (un budget équilibré) en 2010, des risques importants existent pour la trajectoire, annonce la Commission. Avec 1,6% de déficit en 2007, Malte devrait enregistrer un surplus de 0,9% en 2010, grâce à des restrictions des dépenses et à une croissance économique soutenue. Des risques existent notamment en raison de recettes fiscales volatiles en 2008 et de la décision récente d'accorder des subventions pour les prix de l'énergie sans mesures de compensation. Aux yeux de la Commission, les perspectives macroéconomiques présentées par Malte sont optimistes après 2008. Les autorités tablent sur une croissance de 3,2% en 2009 et 3,4% l'année suivante. La modération salariale dans la fonction publique est de rigueur, pour ne pas entraîner de hausse des salaires dans le privé ou mettre à mal la compétitivité du pays. La dette publique, qui est encore de 62,9% en 2007, devrait passer sous le seuil de 60% en 2009 et continuer à décroître au-delà de cette date. Malte est donc invitée à préciser les mesures destinées à soutenir l'ajustement annoncé, en particulier dans le volet des dépenses et à accélérer l'élaboration et la mise en œuvre d'une vaste réforme du secteur des soins de santé.
République tchèque. Avec moins de 2% du PIB en 2007, le déficit budgétaire tchèque devrait s'avérer inférieur aux précédentes prévisions, permettant de revenir sous les 3% en 2008 avec une marge supérieure à ce qui était prévu. Le maintien des restrictions sur les dépenses et une attention particulière aux recettes (qui pourraient connaître une baisse après l'introduction d'un taux plat en 2008) sont cependant essentiels. La suite de la trajectoire d'ajustement pourrait aussi être plus ambitieuse, estime la Commission, qui observe des risques liés notamment au manque d'informations sur les mesures après 2008. La République tchèque est notamment invitée à profiter des résultats budgétaires en 2007, pour revenir sous les 3 % du PIB avec une marge supérieure dès 2008. Profitant du taux de croissance élevé de l'économie (estimé à 5% en 2008 et au-delà sur la période), le rythme de l'ajustement devrait ensuite être accéléré afin de réaliser l'OMT en 2012 au plus tard. Enfin, la Commission recommande d'améliorer la viabilité à long terme des finances publiques en mettant en œuvre les réformes nécessaires des systèmes de retraite et de soins de santé.
Slovénie. Après avoir atteint son OMT en 2007, deux ans plus tôt que prévu, la Slovénie souhaite maintenant le dépasser d'une marge croissante et parvenir à l'équilibre en 2010. En 2008, la politique budgétaire pourrait toutefois s'avérer pro-cyclique, estime la Commission, pour qui les résultats budgétaires des dernières années de la période de programmation pourraient aussi être légèrement moins bons que prévu. Un resserrement de la politique budgétaire par rapport à ce qui est actuellement prévu pour 2008 semble également justifié compte tenu des fortes pressions inflationnistes actuelles, ajoute la Commission. Si la dette est à un niveau faible (de 25,6% du PIB en 2007, elle atteindra de 22,5% en 2010), un risque pèse néanmoins sur la viabilité à long terme des finances publiques en raison de l'impact du vieillissement démographique. Selon la Commission, le pays devrait établir des objectifs de réduction budgétaire plus ambitieux pour 2008 et après et éviter les politiques pro-cycliques. De nouvelles mesures pour limiter les pressions inflationnistes pourraient aussi être nécessaires.
Portugal. Avec un déficit public de 3 % du PIB en 2007, contre 3,9 % l'année précédente, la procédure pour déficit excessif contre le Portugal devrait être abrogée en mai prochain. Selon le programme de stabilité actualisé pour 2007-2011, le déficit devrait ensuite diminuer pour atteindre l'OMT d'un déficit de 0,5 % d'ici 2010. Cette trajectoire d'ajustement dépend toutefois de la mise en œuvre effective des mesures annoncées et d'éventuelles mesures supplémentaires si la croissance économique était plus faible que prévu. De 64,4% en 2007, la dette publique devrait revenir sous la valeur de référence de 60 % du PIB en 2010 (59,7%). Cela contribuera à réduire encore le niveau du risque pesant sur la viabilité des finances publiques à long terme, qui, avec les réformes du régime des retraites adoptées en 2006 et 2007, est déjà passé d'un risque élevé à un risque moyen. La Commission invite le Portugal à procéder résolument à l'assainissement budgétaire de la manière envisagée dans le programme et à opérer l'ajustement prévu vers l'OMT, par un renforcement des mesures le cas échéant. Toutes les recettes budgétaires supplémentaires devraient être affectées à la réduction du déficit, ajoute la Commission, qui recommande aussi une modération constante des dépenses. (A.B.)