Bruxelles, 07/02/2008 (Agence Europe) - Donner un sens concret, compréhensible pour l'homme de la rue, aux rencontres entre dirigeants européens, latino-américains et caraïbes. Hôte du Vème Sommet UE/Amérique latine et Caraïbes (13-17 mai 2008), le Pérou souhaite rompre avec les précédentes éditions caractérisées surtout par l'adoption de belles déclarations peu suivies d'effets. Il soumettra aux soixante pays participant à l'association bi-régionale une feuille de route thématique et « l'Agenda de Lima contre la pauvreté » qui contiendront des objectifs concrets à atteindre et dont la mise en œuvre sera suivie sur le terrain et vérifiée lors des futurs sommets biennaux. Jorge Valdez Carrillo, ambassadeur du Pérou auprès de l'UE, a évoqué pour EUROPE les thèmes inscrits à l'ordre du jour du Sommet de Lima (voir EUROPE n°9523). Il a aussi fait le point sur les négociations en cours entre l'UE et la Communauté andine (CAN) qui devraient aboutir, peut-être cette année encore, à la signature d'un accord d'association.
M. Valdez Carrillo a rappelé l'utilité des sommets précédents qui ont permis d'identifier « la communauté de valeurs et de principes » unissant les partenaires européens, latino-américains et caraïbes, tels que la démocratie, les droits de l'homme, le multilatéralisme et l'intégration régionale. Il a estimé que le Sommet de Lima « devrait marquer le début d'une nouvelle étape (…) à partir de laquelle nous pouvons laisser de côté les sommets déclaratifs sur ce qui nous unit, pour décider ce que nous pouvons arriver à faire à l'avenir ». Egalité et insertion sociale sera le premier des deux principaux thèmes de la réunion. « En Europe, la population qui n'est pas intégrée représente une minorité. En Amérique latine, il y a des pans importants de la population qui ne participent pas aux avantages du système. Nous avons donc besoin d'une politique pour les inclure dans le système. Il ne s'agit pas de combattre l'exclusion, mais de créer des mécanismes d'insertion et d'incorporation », a-t-il expliqué.
Le second thème principal qui sera abordé concerne le développement durable, la lutte contre le changement climatique et l'énergie. « L'Amérique latine vit un paradoxe. Elle ne se caractérise pas par un haut niveau d'émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins, elle souffre de manière directe des conséquences du changement climatique », a observé M. Valdez Carrillo. Il a mentionné la fonte des glaciers péruviens, alors que son pays « dépend beaucoup de l'électricité hydroélectrique, comme d'autres pays de la région » et le courant marin El Niño, qui frappe tous les trois à quatre ans les côtes péruviennes, perturbe la pêche et provoque sécheresses ou inondations selon les régions du pays. Un phénomène qui peut entraîner « une perte de quatre à cinq points de PIB » comme dans les années 1980 et 1990, a souligné le diplomate péruvien. Et d'évoquer aussi les efforts pour protéger les « 60% » du territoire péruvien situés en forêt amazonienne des conséquences climatiques sur lesquelles le Pérou n'exerce pas de contrôle direct.
Le thème de l'accès à l'eau sera-t-il discuté à Lima ? « Naturellement, on ne peut pas le laisser de côté si nous abordons le thème de la pauvreté », a estimé M. Valdez Carrillo. La cohésion sociale est, selon lui, impossible si une partie de la population n'a pas accès à cette ressource essentielle. « Il n'y a pas d'eau plus chère que celle dont on ne dispose pas, que celle qui se perd », a-t-il précisé, en ajoutant: « L'eau que paie un habitant d'un quartier marginalisé dans n'importe quel pays d'Amérique latine coûte plus cher qu'une bouteille de Perrier ou d'Evian ici. Pourquoi ? Parce qu'il doit la payer à un transporteur ».
Les 7 et 8 février à Bruxelles, de hauts fonctionnaires européens et latino-américains se réuniront pour préparer le Sommet de Lima. Louant « le sérieux » et « le professionnalisme » de la Présidence slovène, M. Valdez Carrillo a espéré que les projets de déclaration et de feuille de route seront discutés lors cette réunion préparatoire, l'avant-dernière avant le sommet. Il revient aux pays d'Amérique latine et Caraïbes, sur base d'un projet initial émanant des autorités péruviennes, de faire une proposition de feuille de route.
Communauté andine. Interrogé sur l'état d'avancement des négociations entre l'UE et la CAN en vue de la signature d'un accord d'association (voir EUROPE n° 9447), l'ambassadeur péruvien a estimé que celles-ci progressaient de manière satisfaisante et pourraient aboutir « cette année ». « Nous sommes, à l'ambassade péruvienne au moins, satisfaits des progrès que nous avons réalisés », a-t-il indiqué. Signé en 2003, l'accord de dialogue politique et de coopération entre la CAN et l'UE, qui ne comporte pas de volet commercial, sert de base aux négociations entre les deux partenaires (voir EUROPE n°8562). Néanmoins, il n'y a d'accord sur rien tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout. Et M. Valdez Carrillo s'est fait l'écho d'une certaine impatience des autorités péruviennes concernant le rythme des discussions et le niveau d'ambition de certains partenaires. « Le Pérou estime que nous pourrions aller beaucoup plus vite dans la négociation. Cela ne veut pas dire que nous ne reconnaissons pas les progrès enregistrés. Néanmoins, en ce qui nous concerne, nous pourrions, à l'avenir, aller plus loin que certains de nos membres », a-t-il fait savoir. Estimant que toutes les parties engagées ne doivent pas forcément arriver toutes au même accord et de manière simultanée, il a estimé « naturel » que des pays en mesure d'arriver plus rapidement à un accord puissent le faire. « Dans le cas contraire, nous serions en train de travailler sur ce qui pourrait être appelé le plus petit dénominateur commun, et ceci n'est pas juste », a-t-il justifié. Le Pérou est-il toujours membre de la CAN ? L'ambassadeur a été clair sur ce point: « Le Pérou est membre de la Communauté andine. Le Pérou fait partie du processus ». Et de conclure en citant la ministre péruvienne du Commerce pour qui tant que le processus avance, le Pérou continuera d'avancer avec lui. (M.B.)