Brdo, 25/01/2008 (Agence Europe) - En dépit du bon déroulement de l'élargissement de l'espace Schengen à neuf nouveaux Etats membres, les pays de l'UE se retrouvent aujourd'hui confrontés à une mobilité de plus en plus importante des demandeurs d'asile en son sein, ont reconnu, vendredi 25 janvier, les ministres de l'Intérieur, à l'occasion de leur réunion informelle à Brdo pri Kranju, en Slovénie.
C'est avec le sentiment du devoir accompli que les participants à la réunion se sont félicités de la réussite de l'élargissement de l'espace Schengen, survenu le 21 décembre dernier (EUROPE n° 9570). Cet élargissement est une « très grande réussite », a déclaré le commissaire à la Sécurité, Franco Frattini, juste avant de participer à la réunion. Les contrôles aux frontières extérieures de l'UE sont « plus forts » et ont permis des centaines d'arrestations de gens suspects. Ils ont aussi contribué à limiter l'entrée de personnes sur le territoire de l'UE, a-t-il ajouté. De son côté, le secrétaire d'Etat allemand à l'Intérieur, Peter Altmeier, a déclaré: « Pour l'Allemagne, nous pouvons dire qu'aucune des peurs annoncées n'est devenue réalité ». Il a affirmé aussi que les chiffres dont dispose l'Allemagne « ne montrent pas d'augmentation significative » de l'immigration illégale. « Nous avons arrêté beaucoup d'immigrants illégaux dans la zone frontalière (…) Nous restons vigilants face à la situation », a néanmoins signalé le ministre autrichien de l'Intérieur, Günther Platter.
La trop grande mobilité des demandeurs d'asile. Même si, à l'heure actuelle, aucune statistique ne tend à prouver l'augmentation du déplacement des demandeurs d'asile dans l'Union, plusieurs Etats membres, dont l'Autriche, l'Allemagne et la France, ont confirmé être confrontés à l'arrivée de nombreux demandeurs d'asile, souvent Tchétchènes, en provenance de pays comme la Pologne ou la Slovaquie. A titre d'exemple, selon le règlement Dublin II, les Tchétchènes entrés dans l'UE par la Pologne et se rendant ensuite en Allemagne doivent déposer leur demande d'asile en Pologne, à moins qu'ils puissent faire valoir l'existence d'un proche de la famille en Allemagne ou d'un visa pour séjourner en Allemagne. M. Altmeier a reconnu que de nombreuses familles tchétchènes se sont rendues en Allemagne pour demander l'asile, mais qu'elles ont ensuite été renvoyées en Pologne conformément à la « procédure normale ». Dans ce contexte, M. Platter a avoué que son pays a eu un problème avec des Tchétchènes qui avaient auparavant demandé l'asile en Pologne. Selon lui, ils devront être renvoyés en Pologne en vertu des dispositions découlant du règlement de Dublin. Les préparatifs en vue de tels renvois sont « en cours », a-t-il précisé. « Il faut créer une solidarité », a souligné la ministre française de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, estimant que la France était confrontée à de nombreuses demandes d'asile. Elle a également prédit qu'un jour, par exemple à cause d'un génocide, un pays sera confronté à un afflux massif de demandeurs d'asile sur une période très courte.
Une harmonisation des procédures d'asile réclamée. « Tous ces problèmes sont liés aux différenciations et au manque d'harmonisation entre les législations nationales », a jugé le commissaire Frattini. Pour le ministre slovène de l'Intérieur, Dragutin Mate, dont le pays assure actuellement la Présidence de l'UE, la chose suivante est claire: « nous avons besoin d'une procédure uniforme » en matière d'asile. Même si tous affichent cette même volonté, certains, comme M. Altmeier, reconnaissent toutefois qu'un tel processus prendra « des années ». Dans ce contexte, le commissaire Frattini a rappelé qu'il avait effectivement l'intention de présenter, en juillet, un paquet de mesures sur l'achèvement, d'ici la fin de 2010, d'un système européen d'asile commun. Les mesures, qui seront inspirées du Livre vert présenté en juin 2007 (EUROPE n° 9440) et des discussions en cours, porteront notamment sur l'uniformisation des procédures d'asile, la définition d'un statut uniforme pour les réfugiés et les bénéficiaires d'une protection subsidiaire. En marge de ce paquet, la Commission planifie également d'amender la directive sur les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et sur le règlement Dublin II. Le but recherché à travers toutes ces mesures est un rapprochement plus poussé des procédures d'asile, des normes juridiques et des conditions d'accueil nationales, ce qui permettra d'éviter que les demandeurs d'asile passent d'un Etat membre à l'autre pour bénéficier de règles nationales considérées comme étant plus avantageuses.
Une meilleure coopération sur le terrain. Parallèlement à l'harmonisation juridique, les ministres s'accordent aussi sur la nécessité de « renforcer la coopération pratique et opérationnelle » entre leurs différents pays, a assuré M. Mate, lors de la conférence de presse. Cette coopération se matérialise grâce notamment à la formation des fonctionnaires, la mise à disposition d'interprètes, l'échange de bonnes pratiques, mais surtout à la mise en place d' « un bureau européen de soutien » destiné à améliorer la coopération et les échanges de bonnes pratiques entre les Etats membres. Une étude de faisabilité sur cette structure devrait être publiée en juillet prochain par la Commission. Le ministre portugais de l'Intérieur, Rui Pereira, a par ailleurs indiqué la volonté des ministres de créer un portail électronique mettant à disposition des informations sur les pays tiers sûrs. L'établissement d'une liste de pays sûrs avait échoué l'an dernier, mais cette idée redevient d'actualité avec la perspective du nouveau traité (codécision). La mise en place de ce portail pourrait être une des futures tâches du bureau européen de soutien. (B.C.)