Bruxelles, 11/01/2008 (Agence Europe) - Lors du séminaire organisé vendredi 11 janvier à Bruxelles sur l'avenir du secteur du lait et des produits laitiers, la Commission européenne a présenté des études et des arguments en faveur d'une hausse de 2% par an, à compter de 2009, des quotas de production de lait, avant leur expiration en 2015. Ce scénario, déjà défendu par la Commission au commencement du débat sur le « bilan de santé » de la Politique agricole commune (PAC), permettrait d'éviter une chute brutale des prix du lait en 2015, au moment de la fin programmée des quotas laitiers.
« Il existe aujourd'hui un avis dominant, au sein des Etats membres de l'UE, selon lequel « les quotas doivent expirer en 2015 comme convenu lors de la réforme en 2003 », a rappelé Mariann Fischer Boel, la commissaire à l'Agriculture, devant les participants à ce séminaire. Mais il faudra trouver le meilleur scénario pour arriver sans trop de dégâts à la fin des quotas. Selon les prévisions de la Commission, le prix du lait devrait suivre une trajectoire relativement douce si l'UE venait à décider d'augmenter progressivement les quotas à partir de 2009, a expliqué la commissaire.
« Si nous ne faisons rien avant 2015 » (lorsque les quotas expireront), les prix vont d'abord augmenter (pour suivre l'évolution de la demande), avant de chuter « brusquement » au moment de la fin des quotas laitiers, a poursuivi Mme Fischer Boel.
Pierre Bascou, de la DG Agriculture, a présenté une étude sur les effets de la fin des quotas. Un « atterrissage en douceur » comme privilégié pour l'instant par la Commission (une petite hausse annuelle des quotas entre 2009 et 2014, avant leur expiration en 2015) se traduirait par: - un prix du lait stable avant la fin des quotas et en légère baisse après 2015 (-0,9% en cas de hausse annuelle de 2% des quotas et -2,9% avec +1% de hausse des quotas) ; - une légère hausse de la production de lait (+0,8% avant 2015, +0,6% après 2015, avec le scénario hausse de 2% des quotas) ; - une hausse du prix du lait écrémé en poudre et une chute du prix du beurre.
La Commission fait aussi une simulation des conséquences de cette option (hausse progressive des quotas entre 2009 et 2014) dans les Etats membres: - une production en hausse en Autriche, Belgique, Finlande, Irlande, Italie, Pays-Bas et Espagne: - une production en baisse en Suède, au Royaume-Uni et dans les nouveaux Etats membres ; - une production en hausse (mais inférieure à la hausse des quotas) dans les autres pays de l'UE.
En cas d' « atterrissage forcé », à savoir la fin des quotas sans mesures antérieures, les prix du lait augmenteraient de 7% entre 2009 et 2014 avant de chuter de plus de 8% dès la fin des quotas en 2015. Avec des conséquences désastreuses pour la majorité des producteurs.
En conclusion, M. Bascou a souligné que le scénario « hausse de 2% des quotas » est celui qui permet un ajustement le plus en douceur du secteur et que les aides pour le beurre jouent toujours un rôle dans la stabilisation des marchés et du prix du lait.
Mme Fischer Boel a défendu aussi sa proposition de décembre dernier visant à accroître de 2 % les quotas laitiers dès le 1er avril 2008: « le marché a besoin de cette hausse », a-t-elle lancé, compte tenu de la forte demande des consommateurs en produits laitiers. La question de savoir si cette hausse devra se poursuivre après 2008 sera tranchée lors du débat de l'UE sur le « bilan de santé » de la PAC, a souligné la commissaire.
D'autres options que la hausse des quotas existent pour préparer les opérateurs à la fin des quotas de production. Mme Fischer Boel a évoqué la possibilité d'autoriser la vente de quotas de lait entre Etats membres. Cette solution ne devrait jamais voir le jour, sachant que de nombreux pays de l'UE ne permettent déjà pas au niveau national ce commerce entre producteurs. D'autres options sont jugées plus réalistes par la Commission: - éliminer le prélèvement ; - supprimer ou réduire progressivement l'ajustement sur la teneur en matière grasse ; - ou encore assurer un équilibre au niveau de l'UE entre les quotas non utilisés et les quotas dont les volumes ont été dépassés.
Mme Fischer Boel a précisé aussi qu'il existait des moyens d'aider les zones qui seraient les plus affectées par la disparition des quotas: - les mesures au titre du développement rural ; - et l'article 69 du règlement sur le régime de paiement unique, qui autorise les Etats membres à verser une partie des aides découplées à certaines exploitations dans un secteur donné.
Mme Fischer Boel a aussi fait le point sur les autres instruments d'aide au secteur du lait et des produits laitiers.
Restitutions à l'exportation. Leurs jours sont comptés, ce qui ne veut pas dire que nous devrions les abolir dès demain. Reste qu'elles ne devraient pas faire partie de notre vision à long terme du secteur.
Intervention. Cet outil ne devrait pas être utilisé pour fixer les prix du marché, a argumenté la commissaire. L'intervention ne devrait fonctionner qu'en tant que filet de sécurité, selon la Commission.
Stockage privé. L'aide à cette fin a déjà été supprimée récemment pour le lait écrémé en poudre, mais persiste pour le beurre et le fromage. Or, elle ne semble plus se justifier, en particulier pour le fromage. (L.C.)