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Bulletin Quotidien Europe N° 9534
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Malgré les modifications apportées, les perplexités sur le projet méditerranéen de Nicolas Sarkozy demeurent

Quelles que soient les opinions à propos de Nicolas Sarkozy, les observateurs lui reconnaissent plusieurs qualités: dynamisme, esprit d'initiative, capacité de mobiliser les gens. J'en ajoute une autre: l'élasticité qui lui permet de réviser ses projets, de «corriger le tir» à la lumière des remarques et des critiques. Il suffit de rappeler la relance du débat européen sur un nouveau traité ; son point de départ était un mini-traité, notion logiquement inacceptable pour les Etats membres qui avaient ratifié le projet constitutionnel, et alors il l'a transformé en traité simplifié, tout en maintenant les avancées et l'essentiel des réformes institutionnelles élaborées par la Convention. Le résultat est qu'aujourd'hui les opinions publiques et un grand nombre de commentateurs considèrent M. Sarkozy comme le père du nouveau traité, en négligeant le rôle essentiel de l'Allemagne et les mérites de tous ceux qui (au sein du Parlement européen, ou de l'Institut européen de Florence, ou ailleurs) ont largement anticipé la forme et le contenu de ce qui a été en définitive retenu.

Modifications considérables. Quelque chose d'analogue, mais avec un résultat plus incertain, est en train de se produire à propos de son projet d'Union méditerranéenne. L'annonce portait sur une réalisation plus ou moins analogue à l'UE, ouverte aux pays riverains, sans la participation des institutions communautaires ni des Etats membres non-riverains. Ensuite, à la lumière des remarques et des critiques, le projet a été modifié progressivement par son créateur lui-même, au point qu'à présent la Commission européenne le soutient, en estimant qu'il «ouvre des perspectives», et qu'elle invite la conférence ministérielle des 35 pays engagés dans le processus Euromed (qui se réunira les 5 et 6 novembre à Lisbonne) à explorer «le potentiel» de l'initiative Sarkozy et à discuter comment elle pourrait «être articulée» (voir notre bulletin n° 9526).

En fait, les ajustements apportés par le président français à son projet sont radicaux. Je vais citer à ce sujet des passages du discours qu'il a prononcé le 24 octobre à Tanger (Maroc).

Les objectifs de l'Union méditerranéenne sont vagues. Le modèle ne sera pas celui de l'UE «avec ses institutions, ses administrations, son degré élevé d'intégration politique, juridique économique (…) Il est probable que l'Union méditerranéenne ne ressemblera pas à l'Union européenne et à ce qu'elle est devenue mais qu'elle sera, en fin de compte, une expérience originale, unique». La participation s'élargit à tous les Etats membres de l'UE et à ses institutions: « Je proposerai que la Commission européenne soit d'emblée associée à l'Union de la Méditerranée, qu'elle participe à tous ses travaux ». La participation élargie commencerait dès le Sommet euro-méditerranéen prévu pour juin prochain à Paris: « J'invite tous les Etats qui ne sont pas riverains de la Méditerranée mais qui sont concernés par ce qui lui arrive à participer en observateurs à ce premier sommet et à contribuer à sa réussite.» Les mots de «libre-échange» ne sont même pas cités et M. Sarkozy a renoncé à détailler la liste des projets prioritaires qu'il préconise et qu'il avait en partie anticipés dans ses déclarations précédentes (avec en tête les objectifs écologiques pour la mer Méditerranée): « Je proposerai de travailler sur une dizaine de projets concrets autour desquels pourront se nouer les coopérations à venir. Ce projet ne sera pas le projet de la France. Ce sera le projet de tous, élaboré par tous (…) Ce projet ne peut naître que de la volonté commune, de la réflexion partagée.»

Soutien mou, réserves de fond. Le discours de Tanger, destiné selon les annonces à jeter les bases de l'Union méditerranéenne, est devenu un exercice rhétorique, plein d'éloquence et de formules entraînantes mais pauvre en idées concrètes. Malgré ses références nombreuses à la naissance de l'Europe unie, le projet se situe à l'opposé de la manière dont la construction européenne avait été lancée et qui concernait un domaine d'action limité mais précis (le charbon et l'acier), avec des institutions fortes et supranationales chargées de gérer concrètement un secteur strictement défini mais stratégiquement important (l'acier représentait à l'époque le nerf de la guerre). L'orientation vague du discours de Tanger a été sans doute dictée par les premières réactions de la part aussi bien d'une large partie des Etats membres de l'UE et des institutions communautaires que des pays tiers méditerranéens eux-mêmes. Du côté européen, les réserves se sont ainsi assouplies en se transformant en un soutien mou, pas plus clair que le projet lui-même. Du côté des pays tiers concernés, les adhésions donnent l'impression d'un acte de courtoisie superficiel, assorti de l'indication de priorités différentes et de revendications allant dans des directions très éloignées du projet Sarkozy.

Je reviendrai demain sur les réactions et critiques à un projet, à mon avis, insuffisamment réfléchi.

(F.R.)

 

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