Bruxelles, 14/02/2007 (Agence Europe) - Réuni en plénière mardi 13 février à Bruxelles, le Comité des Régions (CdR) a adopté, à une large majorité, l'avis de Mme Laura De Esteban Martin (PPE, Espagne) sur la politique d'immigration de l'UE et son incidence sur l'Europe du Sud, un avis qui constitue « une réponse » au paquet de propositions de la Commission en matière de politique de l'immigration. « Le message essentiel de cet avis, c'est que l'Europe est une Europe d'opportunité pour les immigrants légaux. Elle doit être claire et s'opposer aux mafias de la traite des êtres humains, trafiquants d'immigrants vis-à-vis desquels il faut être intransigeants et inflexibles. Pour cela, il faut renforcer Europol », a déclaré Mme De Esteban en insistant sur la nécessité d'une bonne intégration des immigrants dans la vie politique et sociale du pays d'accueil. C'est pourquoi le CdR demande la création spécifique d'un nouvel instrument basé sur l'éducation des enfants des familles migrantes pour arriver à ce que Mme De Esteban Martin a qualifié d' « intégration authentique ». Et d'ajouter: « Nous voulons une approche modérée de l'immigration: c'est un phénomène d'enrichissement pour nos cultures, nos régions, ce n'est pas une menace ».
Par cet avis, le Comité met en exergue les points suivants: (1) l'immigration légale et clandestine doivent être gérées globalement à l'échelle de l'UE et des pays d'origine ; (2) les organismes locaux et régionaux sont de première importance pour gérer les flux migratoires. Les autorités locales recevant ces flux migratoires, la plupart du temps en situation d'urgence, n'ont elles-mêmes pas les moyens suffisants pour les aider médicalement et d'un point de vue humanitaire. Comment faire ? Le seul moyen d'éviter le phénomène migratoire « incontrôlé » est « une coopération de développement intégral au moyen de projets générateurs d'emploi, de la création d'un Forum économique et commercial, de la création de réseaux d'universités, de la création d'un fonds de micro-crédits pour les immigrés, de la mise en œuvre de mesures visant à faciliter la collaboration des immigrés au développement de leur propre pays, de l'installation d'infrastructures, surtout celles destinées à fournir de l'eau (42% de la population d'Afrique n'ont pas accès à l'eau potable), de l'électricité (20% seulement peuvent accéder régulièrement au réseau électrique), des centres de santé et des écoles », a commenté Mme De Esteban Martin devant la plénière ; (3) à propos de l'immigration légale, Mme De Esteban Martin (qui est aussi la directrice générale de la coopération avec l'Etat et des affaires européennes de la communauté de Madrid) a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre des mesures visant à favoriser le retour volontaire dans leur pays d'origine des immigrés ayant bénéficié d'une formation dans le pays d'accueil. « Il faut insuffler une nouvelle dynamique à ce sujet dans l'UE », a précisé Mme De Esteban Martin.
« L'Europe vit une situation d'urgence en matière de migration comme elle n'en a jamais connu dans son histoire. L'enjeu est la capacité d'attraction du territoire européen », a déclaré devant la presse le Président du CdR, Michel Delebarre. Dans son avis, le Comité attire l'attention soit sur les défis que représente l'immigration, soit sur les situations dramatiques d'urgence, a commenté le Député Maire de Dunkerque en soulignant « la nécessité de créer d'urgence un instrument financier destiné aux pôles d'immigration majeurs ainsi qu'aux zones de transit qui doivent faire face aux arrivées en masse d'immigrés telles que Ceuta, Melilla, les Canaries, Malte, Lampedusa, le sud de l'Italie ». Le Président Delebarre a dit, à ce propos, son intention de rencontrer le Commissaire Frattini dans le cadre du « dialogue structuré ». Le Président Delebarre a également donné son feu vert à l'organisation, aux Canaries, par Mme De Esteban Martin, M. Morales (Canaries) et lui-même, d'un Sommet des Régions sur la gestion des flux migratoires, la date restant à confirmer.
Devant la presse, Mme De Esteban Martin a indiqué qu'en Espagne, « en moins de 10 ans, il y a eu plus de 4 millions de nouveaux citoyens, soit une hausse de plus de 9% de notre population, contre 2% en 1998 ! A Madrid, il y a 1 million d'émigrés. Si l'on prend globalement toute la population étrangère, y compris celle venant des pays tiers, elle représente 15% de la population madrilène ». Ian Micallef, membre du conseil municipal de Gzira (PPE, Malte) a indiqué quant à lui que: « - en 2001, il y a eu 100 immigrants entrés clandestinement à Malte ; en 2002, il y a eu 1586 arrivées sur 21 bateaux différents ; - en 2005, le flux d'immigrants avait augmenté de 23% par rapport à 2004, soit 1822 immigrants clandestins ; - légère baisse (- 2%) en 2006 par rapport à 2005 avec 1700 personnes (ce qui correspond à 240.000 personnes qui arriveraient en Italie par an) ; - Malte reçoit des immigrés de 37 pays différents dont la Corne d'Afrique, le Soudan, l'Erythrée, la Somalie. 1020 immigrants se trouvent dans des centres de détention. En 2005, Malte a dépensé environ 9 millions d'euros pour gérer cette immigration illégale. Malte plaide pour que des actions concrètes soient envisagées entre l'UE et les pays de transit mais « continuera à aider les réfugiés et est prête à prendre ce fardeau dans le respect de la dignité ». (gb)