Le rôle du groupe parlementaire PPE/DE est, d'ici les élections européennes de 2009, fondamental pour l'évolution de l'Union, s'agissant du groupe le plus nombreux d'un Parlement dont le poids et l'autorité continuent à s'accroître. Le nouveau président de ce groupe, Joseph Daul, a indiqué la semaine dernière quelques orientations significatives, dans sa première conférence de presse (voir le compte rendu de Mathieu Bion dans notre bulletin N. 9341). Après les indications préliminaires sur son programme en général, en répondant ensuite aux questions pointues des journalistes, le nouveau président ne s'est pas cantonné dans des réponses vagues ou des formules passe-partout mais il a pris position sur des questions aussi délicates que le siège du Parlement européen, l'adhésion de la Turquie, la composition future de son groupe et l'avenir de l'agriculture européenne. Ce qu'il a dit sur ces points mérite quelques remarques.
Possibilité, à certaines conditions, d'une négociation sur le siège du Parlement européen ? Les pressions au sein du Parlement en faveur du transfert de son siège à Bruxelles deviennent de plus en plus vives, pour des raisons à la fois budgétaires et liées à l'efficacité du travail parlementaire, et notre bulletin en a régulièrement rendu compte. Les autorités françaises contestent l'hypothèse même d'un débat institutionnel à ce sujet, en faisant valoir qu'aucune institution communautaire n'est compétente pour en délibérer: la question des sièges des institutions relève de la seule compétence des Etats membres statuant à l'unanimité (ce que font valoir aussi, en général, les parlementaires français). Joseph Daul n'a évidemment pas mis en cause la réalité juridique, mais son attitude peut apparaître comme une ouverture, à certaines conditions, en direction d'un débat entre les Etats membres.
Le président du groupe PPE/DE a observé qu'il existe dans l'UE d'autres institutions importantes en citant explicitement la Cour de justice et la Banque européenne d'investissement. Ce que M. Daul a exclu a priori, c'est la possibilité d'une négociation intergouvernementale qui porterait exclusivement sur le siège du Parlement européen. Cette affirmation pourrait être interprétée comme la possibilité d'une négociation plus globale, impliquant le siège d'autres institutions importantes (ce qui impliquerait de toute manière des problèmes, car aussi bien la Cour de justice que la BEI sont justement en train d'élargir et de moderniser leurs sièges luxembourgeois, ou elles l'ont fait récemment). Toute hypothèse resterait ouverte ; M.Daul a évoqué, dans un autre contexte, la possibilité de concentrer à Strasbourg les activités parlementaires actuellement partagées avec Bruxelles.
La place des conservateurs britanniques. M. Daul a indiqué qu'il fera le possible pour que les conservateurs britanniques se sentent à leur aise au sein du groupe PPE/DE (et qu'ils renoncent donc au projet de le quitter), ce qui implique, à son avis, certaines concessions des deux côtés. La question demeure ouverte.
La Turquie, ce n'est pas une question de religion. L'adhésion turque n'est pas une question immédiate, car ni l'UE ni la Turquie ne sont prêtes. M. Daul voit plutôt un «accord privilégié», mais il faut continuer à négocier. Ce n'est pas, à son avis, une question de religion: l'hypothèse que l'UE soit un « club chrétien » ne se pose pas, car de toute manière en Europe les chrétiens vivront en harmonie avec les non-chrétiens, sans renoncer à leurs traditions et leurs valeurs.
Une vision élargie de l'agriculture. Dans le contexte de la réflexion (envisagée pour 2008 mais qui, en réalité, a déjà commencé) sur les perspectives financières de l'Union et donc en particulier sur le financement de la politique agricole commune, l'agriculture doit être vue sous l'angle de la « sécurité alimentaire », dans la double signification de la disponibilité des produits et de leur qualité. La PAC n'est pas immuable, elle est en évolution permanente, et M. Daul a rappelé que lui-même, en tant que président de la commission « agriculture » du PE, a toujours appuyé les réformes, même lorsqu'elles étaient critiquées par les organisations agricoles. Les adaptations de la PAC se poursuivront, mais l'aspect « sécurité alimentaire » est indissoluble des autres aspects. Cette affirmation me paraît significative face aux mises en cause renouvelées de l'existence même de la PAC (sur lesquelles je reviendrai). Interrogé en particulier sur les affirmations récentes de la Commissaire européenne à l'agriculture, Mariann Fischer Boel, selon laquelle la plupart les agriculteurs doivent se préparer à exercer une autre activité à côté de l'activité agricole, il a déclaré qu'il les considère comme des « provocations » dans le sens positif du terme, celui de susciter le débat. Pour M. Daul, tout ce qui alimente et provoque la discussion est bienvenu, y compris donc les prises de position récentes de la Commissaire.
(F.R.)