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Bulletin Quotidien Europe N° 9237
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Energie: enseignements du Sommet du G8 et évolutions prévisibles

L'analyse du document sur l'énergie adopté par le Sommet du G8 et les grandes manœuvres qui se multiplient dans ce domaine (voir cette rubrique d'hier et d'avant-hier) permettent, à mon avis, de tirer quelques conclusions de caractère général. Ainsi:

1. Un débat clôturé. Le débat sur la participation des autorités publiques aux «grandes manœuvres» sur l'énergie dont j'ai donné hier un aperçu est définitivement clôturé (en admettant qu'il ait sérieusement existé un jour). Les autorités publiques n'ont pas seulement leur mot à dire: elles représentent le premier interlocuteur, même lorsqu'elles ne l'admettent pas ouvertement, dans la crainte de paraître infidèles à leur credo sur la liberté des marchés. Ceux qui n'ont pas de responsabilités officielles n'ont pas la même retenue dialectique. Tommaso Padoa-Schioppa n'était pas encore ministre (il présidait l'association « Notre Europe») lorsqu'il avait déclaré que, dans le domaine de l'énergie, le libre marché n'existe pas, car la sécurité des approvisionnements est au centre de toute stratégie internationale, qu'elle soit politique ou militaire. Maintenant qu'il est ministre, il n'a certes pas changé d'avis. D'ailleurs, même le pays qui est l'avant-garde pour affirmer que les entreprises sont libres de leurs choix sur les marchés - c'est du Royaume-Uni que je parle - fait une exception au moins partielle pour l'énergie. La tentative de Gazprom de prendre le contrôle de Centrica avait provoqué un tollé à Londres, si bien qu'au Sommet de Saint-Pétersbourg Vladimir Poutine, en se félicitant du dynamisme des sociétés britanniques en Russie, avait ironiquement exprimé le souhait que les sociétés russes « auront aussi l'occasion de travailler en Grande-Bretagne». C'est une rude négociation qui s'annonce, et on peut parier que les autorités publiques, d'un côté comme de l'autre, la suivront de très près.

C'est dans ce contexte que j'ai exprimé hier l'opinion que la Russie ne ratifiera pas la Charte de l'énergie, car elle entend jouer ses atouts donnant-donnant et non au titre d'une règle juridique générale.

2. Une coopération destinée à se développer. Tout indique qu'au-delà des polémiques et de la dureté des négociations, l'UE et la Russie coopéreront de plus en plus étroitement, parce que l'exigence de le faire est réciproque et les intérêts sont complémentaires. Les divergences et les litiges ont même, selon la définition de Daniel Yergin, président de Cambridge Energy Research Associates, un rôle «éducatif». Moscou a repris ou est en train de reprendre solidement le contrôle du secteur énergétique (avec des méthodes, c'est vrai, qui paraissent parfois un peu trop désinvoltes), mais en même temps la Russie s'intègre de plus en plus dans le marché international. A l'issue du processus, le système russe sera composé de sociétés qui seront bien sûr des entreprises d'Etat soumises aux pouvoirs publics, mais avec la participation croissante d'actionnaires étrangers qui apporteront des investissements énormes ; et les sociétés russes seront actives aussi sur les marchés occidentaux, en créant une interpénétration d'intérêts.

Il faut toutefois souligner que certaines forces politiques (en Pologne, dans quelques pays baltes, en Hongrie, en Ukraine) estiment que l'on ne peut pas faire confiance à la Russie (surtout lorsque M. Poutine affirme que l'écroulement de l'URSS a été un désastre politique pour le monde entier). Voir à ce sujet l'article de Witold Orlowski, directeur de l'Ecole de Commerce de Polytechnique de Varsovie, dans le dernier numéro de « La lettre de Confrontations Europe». Mais il n'y a pas d'alternative, et l'Europe a des cartes valables à jouer. Elle doit jouer le jeu, durement et en restant sur ses gardes, mais avec confiance dans sa force.

3. Le rôle de la Turquie. Dans les grandes manœuvres en cours, le pays qui prend de plus de poids est la Turquie, incontournable en tant que pays alternatif de transit et politiquement en mesure de jouer un rôle prépondérant dans une région où elle a des attaches historiques et culturelles irremplaçables. C'est très positif, car j'estime depuis longtemps que la Turquie doit jouer ses cartes en utilisant de façon autonome sa position stratégique et ses liens historiques, culturels et linguistiques (voir cette rubrique dans notre bulletin n. 9221).

4. Le coût du pétrole encourage le changement. En regardant en avant, certains observateurs estiment que la hausse du prix du pétrole est positive. Elle a rendu rentables les énergies alternatives déjà existantes et suscité la multiplication des recherches, avec déjà une éclosion de découvertes (en grande partie farfelues, bien sûr) sans précédent. Et, surtout, les capitaux affluent: les grandes compagnies pétrolières elles-mêmes investissent de plus en plus dans les énergies alternatives. Et si elles se préparent elles aussi à l'ère post-pétrole, pourquoi ne pas y croire? Le coût excessif du pétrole va-t-il se transformer en une incitation rêvée pour s'en délivrer ? La nature et l'histoire aiment parfois ces paradoxes.

(F.R.)

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