Strasbourg,16/06/2006 (Agence Europe) - Le Parlement européen a adopté jeudi (268 oui, 28 non et 253 abstentions) une résolution demandant de convoquer un Conseil d'association UE/Tunisie pour discuter des droits de l'Homme dans ce pays et demandant à la Présidence du Conseil de l'UE de faire une déclaration publique sur l'interdiction du congrès de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme. En même temps, il souligne le rôle joué par la Tunisie dans le développement d'un espace euro-méditerranéen de paix, prospérité et démocratie. Les élus du PPE-DE, a indiqué le Maltais Simon Busuttil, se sont abstenus parce que, alors qu'il est clair que la Tunisie doit avancer en matière de droits de l'Homme, il faut l'encourager à le faire de manière constructive: c'est la quatrième fois en six mois que nous adoptons une résolution sur la Tunisie, remarque-t-il dans un communiqué.
Au cours du débat, le Président du Conseil Hans Winkler a espéré que la sous-commission des droits de l'homme établie par l'Accord d'association UE/Tunisie pourra se réunir pour la première fois en juillet, et a noté certains éléments positifs: efforts pour améliorer la position de la femme, ouverture de prisons à des visiteurs de la Croix-Rouge, amnistie pour certains prisonniers. Mais des sujets de préoccupation persistent, notamment le traitement de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, qui n'a pas pu tenir son congrès fin mai, et les limites à la liberté d'expression, a-t-il ajouté. La Commission condamne toute violation de ce droit, ainsi que du droit d'association et d'assemblée, a enchaîné le Commissaire Olli Rehn, en regrettant les incidents qui ont eu lieu le 27 mai lors de la préparation de la réunion du congrès de la Ligue (des observateurs du Parlement avaient été menacés par les forces de l'ordre tunisiennes). Le dialogue doit couvrir aussi les cas individuels de violation de droits de l'homme, comme mon expérience avec les pays candidats m'a enseigné, a conclu M. Rehn. Fallait-il essayer d'organiser un congrès sur les droits de l'homme en sachant que le gouvernement tunisien était contre ?, a demandé en revanche M. Busuttil, alors que pour la socialiste française Catherine Trautmann, la « pédagogie du dialogue » ne suffit pas et il faut intervenir de façon plus active vis-à-vis du gouvernement tunisien. Quant à Hélène Flautre, verte française présidente de la sous-commission des droits de l'homme, qui avait été malmenée par les forces de l'ordre tunisiennes, elle dénonce le « harcèlement judiciaire » que subit la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (32 procès ont été intentés contre elle) et demande la suspension de l'accord d'association. Le Français Paul Marie Coûteaux (Indépendance et Démocratie) s'étonne par contre de cet « acharnement » de certains parlementaires pour un pays qui, dit-il, a le mérite de savoir « tenir en respect la vague d'intégrisme » et qui paraît « installé sur la route du développement ».