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Bulletin Quotidien Europe N° 9209
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

France et Italie s'efforcent de retrouver, à côté de l'Allemagne, un rôle propulseur dans la relance européenne

Á la veille du Sommet - qui prolongera la période de réflexion et confirmera les conclusions préparées par les ministres des Affaires étrangères, avec quelques indications supplémentaires, nous assistons à l'effort de deux pays, qui ont été depuis la naissance de la première Communauté au centre de la construction de l'Europe, de rentrer dans le jeu de la relance européenne et du traité constitutionnel. La France avait été mise en marge par son rejet du projet de Constitution, l'Italie était quelque peu en retrait non pas à cause d'actes spectaculaires de rejet mais par une attitude parfois réticente, ouverte davantage à l'alliance avec les Etats-Unis qu'à un approfondissement de la construction communautaire, et avec des idées bizarres sur l'élargissement (à étendre… jusqu'à la Russie). Etant entendu qu'il reviendra à l'Allemagne de prendre l'initiative concrète de la relance dans le premier semestre de l'année prochaine, lorsqu'elle présidera le Conseil, aussi bien Paris que Rome se proposent de participer directement aux initiatives futures de Berlin par un soutien général et des contributions spécifiques.

La divergence institutionnelle franco-allemande subsiste. La France avait présenté récemment quelques points de vue nationaux significatifs, en particulier à propos de la «capacité d'assimilation» par l'Union des pays candidats à l'adhésion (après la Croatie). Lors de leur récente rencontre bilatérale, Angela Merkel et Jacques Chirac ont insisté sur le caractère essentiel de la période de Présidence allemande, qui coïncidera avec les élections présidentielles en France. Mais une divergence majeure subsiste: les autorités françaises ne peuvent pas envisager que le projet de traité rejeté l'année dernière puisse être repris tel quel et préconisent des avancées partielles anticipées, alors que les autorités allemandes entendent préserver les modifications essentielles introduites par le traité constitutionnel dans le fonctionnement des institutions, notamment la double majorité pour les décisions du Conseil (laquelle donnerait enfin à leur pays un rôle davantage proche de son poids démographique et économique réel). C'est pourquoi certaines idées françaises sur les transformations que l'UE pourrait introduire sans attendre un nouveau texte constitutionnel sont reçues à Berlin avec réticence, dans la crainte que les aménagements partiels amènent d'autres capitales à les considérer comme suffisants sans qu'il soit nécessaire de relancer le projet dans son ensemble. Sur cet aspect des réformes partielles, Jacques Chirac a dit: « La France les propose, l'Allemagne les examine», sans contester qu'il revient à la future Présidence allemande de proposer une synthèse des différentes idées émises. De son côté, Mme Merkel a reconnu que la « capacité d'assimilation » représente un élément important pour les adhésions futures.

Le projet italien. Quant aux frémissements de l'Italie, comment s'en étonner ? Avec Giorgio Napolitano, ancien président de la commission constitutionnelle du Parlement européen, à la présidence de la République, un ancien président de la Commission comme Premier ministre, un ancien membre du directoire de la BCE comme ministre de l'Economie, et aux Affaires européennes Emma Bonino, ancienne commissaire, l'ambition de jouer dans l'UE un rôle propulseur était écrite. Le premier déplacement de Romano Prodi a été à Bruxelles, et Tommaso Padoa-Schioppa a tout de suite affirmé la détermination de rentrer dans les paramètres de Maastricht. De manière moins solennelle mais tout autant explicite, le représentant permanent de l'Italie Rocco Cangelosi a profité d'une table ronde organisée la semaine dernière dans les locaux du Parlement européen (par la CERVED) pour annoncer le projet qui est envisagé en collaboration avec l'Allemagne. Dans le premier semestre 2007, on aura en même temps la Présidence allemande du Conseil et le cinquantième anniversaire de la signature du Traité de Rome. L'Allemagne soumettrait au Sommet de juin 2007, qu'elle présidera, une déclaration à signer ensuite à Rome, qui constituerait une sorte de «Messina 2», donc un nouveau programme ambitieux de relance de la construction européenne couvrant à la fois la réforme institutionnelle (qui est de toute façon inéluctable avant 2009, lorsque le Parlement et la Commission seront renouvelés selon des compositions à redéfinir) et des engagements concernant la sécurité des citoyens et des emplois, l'environnement, l'énergie. Ce plan reprend, avec un calendrier plus précis et des objectifs économiques mieux définis, ce que la Commission a déjà suggéré.

(F.R.)

 

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