Bruxelles, 21/03/2006 (Agence Europe) - Le Sommet de printemps des 23 et 24 mars à Bruxelles sera « réussi si, à la fin, je vois une nouvelle dynamique sur la stratégie de Lisbonne, quelques objectifs concrets, réalistes et partagés et, surtout, la volonté de mettre en œuvre une stratégie européenne pour l'énergie », a affirmé le 21 mars le Président Barroso en exposant à la presse les attentes de la Commission européenne pour le Conseil européen de jeudi et vendredi. Le document de la Présidence autrichienne est déjà bon, mais nous aimerions être encore plus ambitieux, a-t-il ajouté (pour le projet de conclusions du Sommet discuté par le Conseil Affaires générales, voir EUROPE N. 9155). José Manuel Barroso a déclaré d'emblée que le temps est venu de « transformer les promesses en réalité, car les citoyens veulent des résultats en matière d'emploi, d'énergie, de recherche et développement, de meilleurs conditions pour l'investissement et les entreprises », en avertissant: « nous pouvons recueillir les défis seulement si nous sommes unis, même les plus grands Etats membres ne peuvent pas le faire seuls, et le nationalisme économique n'est pas la solution » (voir EUROPE N. 9152 au sujet de son intervention au Parlement européen).
Interpellé à plusieurs reprises par la presse sur le thème du « nationalisme ou « patriotisme » économique, M. Barroso, tout en notant que le Conseil européen, cette semaine, ne devrait pas adopter des conclusions formelles à ce sujet, a précisé: ce qui compte « c'est l'esprit de la réunion » et j'espère que les chefs d'Etat répondront à la question de savoir « s'ils ont la volonté politique de trouver des solutions européennes à des problèmes européens », plutôt que d'essayer de se protéger les uns contre les autres. En Europe, nous ne pouvons pas accepter « le nationalisme », l'idée de nous protéger face aux autres « est absurde dans un marché comme le nôtre », a martelé M. Barroso, en donnant l'exemple de la sécurité énergétique. Dans ce domaine, « les problèmes viennent d'autres zones du monde, pas de France, Espagne, Italie ou Allemagne, certainement pas ! », s'est-il exclamé. Et il a insisté: du Sommet, « j'attends un message de confiance dans le marché intérieur européen, car nous avons le marché le plus important du monde en termes de pouvoir d'achat » . Le message de la Commission sera donc qu'il faut respecter les normes du marché intérieur et de la concurrence, « et j'espère que les Etats membres le comprendront », a ajouté M. Barroso.
Le Président Barroso a ainsi résumé les quatre domaines clés où la Commission attend des résultats concrets du Sommet: - le « triangle de la connaissance », à savoir éducation, innovation, recherche (pour laquelle il espère un objectif précis dans les conclusions) ; - l'emploi: là aussi, il souhaite un objectif chiffré (que, d'ici fin 2007 chaque jeune sorti de l'université étant au chômage se voie offrir dans les six mois un emploi ou une formation). Interrogé sur les divergences qui se sont exprimées au Conseil Affaires générales du 20 mars au sujet de l'inclusion d'objectifs chiffrés dans les conclusion du Sommet, M. Barroso répond: j'y suis favorable « s'il y a consensus et s'ils sont réalistes ». « Honnêtement, il y a beaucoup de domaines où des objectifs fixés pour maintenant n'ont pas été atteints », explique M. Barroso, qui dit aux Etats membres: « s'il vous plaît, ne venez pas avec des objectifs non réalistes si vous n'avez pas encore réussi à atteindre ceux qui étaient déjà fixés » ; - les entreprises: « nous devons rendre la vie facile aux investisseurs », a lancé M. Barroso, pour qui les entreprises « ont besoin d'un tapis rouge, pas de paperasse » (allusion au terme anglais « redtape », pour paperasse administrative) ; - l'énergie, justement, pour laquelle le Livre vert de la Commission propose plus de trente mesures différentes. A ceux qui « essaient de résister à l'intégration » et veulent défendre leur secteur énergétique en invoquant son importance stratégique, M. Barroso répète: c'est précisément parce que l'énergie est un secteur stratégique qu'il nous faut « une stratégie européenne » dans ce domaine.
Questionné par la presse au sujet de la stratégie de l'énergie, M. Barroso a rappelé: la Commission « ne propose pas d'harmoniser l'energy mix des différents Etats membres, qui reste de compétence nationale », mais espère que « l'energy mix » de chaque pays pourra contribuer aux objectifs communs. Nous devons discuter de tout « sans tabous », a-t-il fait valoir, en reconnaissant les divergences de vues qui existent au sujet du nucléaire. La question du nucléaire « sera de plus en plus un thème » central, car « au moins treize Etats membres ont des projets » dans ce domaine, la Russie est très engagée dans le développement du nucléaire (malgré ses autres abondantes ressources énergétiques), comme d'autres pays dans le monde, et nous ne devons pas esquiver ce débat, a affirmé M.Barroso. Et il a tenu à préciser: la Commission ne proposera pas aux Etats membres d'avoir une ligne commune justement dans un domaine comme celui-ci, où ils sont divisés, et « si nous devons faire des investissements communs », nous devrons le faire dans des domaines où les positions sont « plus consensuelles » ¸ comme par exemple les énergies renouvelables.
Interrogé sur son récent entretien à Moscou avec le Président Poutine, le Président Barroso a précisé: « C'était, je crois, ma cinquième ou sixième rencontre » avec lui, cela a été une « longue conversation informelle, très intéressante, mais pas une réunion de négociation ». Vladimir Poutine, en particulier, a montré « une grande volonté que la Russie soit un partenaire crédible, stable et sûr » pour l'Europe en matière énergétique, et « m'a donné des garanties dans ce sens », a indiqué M. Barroso, tout en admettant que la Russie maintient son opposition à la ratification de la Charte européenne de l'énergie. L'important, c'est qu'il est prêt à engager un dialogue avec nous, alors, « faisons-le », a exhorté M. Barroso, pour qui l'UE peut avoir une certaine influence sur la Russie, étant un de ses principaux acheteurs. Selon lui, il devient de plus en plus clair qu'un « modèle de coopération, pas de confrontation » dans le secteur de l'énergie peut être un modèle « win-win » aussi bien pour les pays fournisseurs que pour les pays acheteurs et de transit. Il y a là « un espace important pour développer des relations de coopération avec la Russie », réitère le président de la Commission, qui demande aux Etats membres de mener, si possible, ce dialogue « dans une perspective d'unité européenne ».
Quant à la directive « services », après la confirmation des divergences entre Etats membres, lundi au Conseil Affaires générales (voir EUROPE N.9155), M. Barroso a rappelé que la Commission présentera « au début du mois prochain » (la date prévue est le 4 avril: NDLR) une nouvelle proposition « largement fondée sur la première lecture du Parlement européen et la discussion au Conseil ». Le vote du Parlement « améliore considérablement » le texte, il est une « bonne et réaliste base d'accord » et j'espère que le Conseil européen le reconnaîtra, a ajouté M. Barroso. A ceux qui évoquent la possibilité de revenir à la « proposition Bolkestein » telle qu'elle était, M. Barroso lance: la probabilité d'adopter un tel texte est de « zéro virgule zéro, zéro, zéro », et c'est donc « complètement inutile de comparer le compromis du Parlement à ce texte ». Et il renchérit, à l'adresse des nouveaux Etats membres: vous devez comparer le texte du Parlement au statu quo, qui fait que « une entreprise qui se trouve à 2 kilomètres d'un autre Etat membre y fournit des services plus difficilement qu'à une autre qui est à 1000 kilomètres, simplement parce que cette dernière se trouve dans le même pays ». Toujours aux nouveaux Etats membres, M.Barroso dit: on pourra tenir compte de vos soucis aussi « en dehors de la directive services », par exemple en agissant sur la liberté de circulation des travailleurs (il a rappelé qu'Espagne, Portugal, Finlande et Pays-Bas ont décidé d'abolir leurs restrictions, et que d'autres pourraient le faire, comme le recommandait le rapport de la Commission européenne).
Interpellé sur la proposition de contrat de première embauche qui enflamme la France, M. Barroso a répliqué: « Ne me forcez pas à prendre position », la Commission européenne est pour « un meilleur équilibre entre flexibilité et sécurité », mais la décision sur la manière de le faire incombe aux Etats membres. Ce qui est utile, c'est le « benchmarking », la « comparaison » avec des pays qui ont réussi cet équilibre, a-t-il noté, en remarquant: c'est vrai que la France a un niveau de chômage, de chômage de jeunes et de chômage de longue durée plus élevé que d'autres pays.