Bruxelles, 03/03/2006 (Agence Europe) - Pour s'attaquer à l'inégalité entre les hommes et les femmes, la Commission européenne a adopté le 3 mars une nouvelle « feuille de route pour l'égalité entre les femmes et les hommes 2006 -2010 ». Cette feuille de route décrit six domaines d'action prioritaires pour l'UE en matière d'égalité entre les sexes: - indépendance économique égale pour les femmes et les hommes ; - conciliation entre la vie professionnelle et privée ; - représentation égale dans la prise de décision ; - éradication de toute forme de violence et de traite d'êtres humains fondée sur le genre ; - élimination des stéréotypes de genre dans la société ; - promotion de l'égalité entre les sexes à l'extérieur de l'UE.
Pour améliorer la gouvernance pour l'égalité entre les femmes et les hommes, la Commission contribuera à la mise en place de l'Institut européen pour l'égalité entre les femmes et les hommes qui doit être opérationnel le 1er janvier 2007 et qui sera doté de 50 millions d'euros jusqu'en 2013. La Commission veillera à l'efficacité de la législation communautaire sur l'égalité entre les sexes, insistera sur la sensibilisation à l'inégalité entre les sexes, garantira la prise en compte de la spécificité des sexes dans toutes les politiques communautaires et réclamera de meilleures statistiques.
La Commission assurera par ailleurs le suivi et l'évaluation de cette feuille de route en: - contrôlant les progrès réalisés en matière d'égalité entre les sexes ; - assurant le suivi politique par des réunions des ministres en charge de l'égalité entre les sexes et des membres du groupe des Commissaires chargés des droits fondamentaux et l'égalité des chances ; - poursuivant, si nécessaire, l'élaboration d'indicateurs. La Commission définira en 2007 un nouvel indice composite de l'égalité entre les femmes et les hommes et développera d'ici 2010, avec les nouveaux Etats membres, de nouveaux indicateurs pour les 12 domaines critiques de la plate-forme de Pékin ; - présentant en 2008 un rapport sur l'état d'avancement de la feuille de route et, en 2010, une évaluation de cette feuille de route accompagnée d'une proposition de suivi.
En présentant vendredi à la presse cette feuille de route « qui est un document important pour étoffer le principe fondamental de l'égalité homme-femme, un principe qui doit être vu comme un atout dans la compétitivité mondiale », le Commissaire à l'Egalité des chances Vladimir Spidla a mis l'accent sur le volet extérieur de l'égalité des chances, dans le contexte de son déplacement en Turquie, du 4 au 7 mars, pour y promouvoir les droits des femmes, mais aussi dans la perspective des débats sur l'intégration des femmes d'origine turque dans les Etats membres de l'UE prévus le 7 mars à la Représentation de Bavière auprès de l'UE et le 8 mars à l'occasion de la Journée internationale de la Femme. « Dans un monde globalisé, l'Europe doit utiliser toutes ses forces vives. Or, les femmes dans l'UE ne bénéficient pas encore d'un traitement équitable, notamment sur le lieu de travail. Ce qu'il faut, c'est l'égalité de traitement », a insisté le Commissaire. La présence des femmes au niveau des cadres supérieurs est encore très faible, a noté M. Spidla en citant quelques chiffres: (1) aux Etats-Unis, 36% des postes de cadre supérieur sont occupés par des femmes (selon une étude américaine de 2000), contre 32% en Europe (selon des données 2004 du Labour Force Survey/UE) ; (2) en Turquie, 4% des présidents de conseils d'administration étaient, en 2005, des femmes, contre 2,5% dans l'UE (selon la base de données de la Commission européenne), alors que dans les conseils d'administration des entreprises, il y avait en Turquie 6% de femmes, contre 10% dans l'UE à 25. D'où l'importance de lancer l'Institut pour l'Egalité entre les femmes et les hommes, a estimé M. Spidla. « La dotation de 50 millions d'euros doit servir à ce lancement. Cet Institut devrait devenir opérationnel le 1er janvier 2007, mais son siège n'a pas encore été décidé par le Conseil », a noté M. Spidla (en rappelant qu'il avait toujours estimé que le siège de cet Institut pourrait être établi dans un des nouveaux pays membres de l'UE). Cependant, a précisé le Commissaire, « ce qui est essentiel pour que l'Institut puisse fonctionner, c'est qu'il y ait un bon personnel, compétent, qualifié et engagé ».
La présentation de cette feuille de route est un fait positif, mais ce n'est pas « la voie rapide vers l'égalité », car elle manque « de grandes, audacieuses idées », regrette le député européen Poul Nyrup Rasmussen, qui est aussi président du Parti des Socialistes Européens (PSE). Et Zita Gurmai, présidente du PSE Femmes, renchérit, dans un communiqué: « Cela fait trente ans que l'Europe a adopté sa législation sur l'égalité de traitement. Aujourd'hui, nous sommes encore loin de l'égalité. La Commission propose une longue route vers l'égalité pavée de nouvelles communications. M. Spidla est engagé à améliorer l'égalité des genres (…), mais il est entravé par une Commission qui semble être allergique à légiférer et qui a peur de porter les Etats membres devant les tribunaux pour non application d'une loi qui est en place depuis longtemps ».