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Bulletin Quotidien Europe N° 9141
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'énergie à nouveau au centre du calendrier européen

L'énergie est à nouveau au centre de l'actualité européenne. Le 8 mars, la Commission européenne approuvera son «Livre vert» indiquant ce que devrait être une politique sinon commune du moins coordonnée, le 14 se réunira le Conseil Energie, et une semaine plus tard, ce sera le tour des chefs de gouvernement. En attendant, je formulerai quelques remarques à propos des évolutions récentes, en commençant aujourd'hui par deux aspects essentiels, en vue de revenir demain à l'actualité plus chaude.

Disponibilité des Etats membres. La disponibilité des pays de l'UE à agir en commun davantage que par le passé se confirme. La conscience que les défis de l'avenir ne peuvent être réglés que par l'Europe comme ensemble a continué à gagner du terrain, même au Royaume-Uni. Par le passé, l'orientation politique traditionnelle et la disponibilité des ressources de la mer du Nord avaient amené les autorités britanniques à garder leur réticence à l'égard de toute approche communautaire dans ce domaine. Mais les réserves maritimes s'amenuisent et le R.-U. devient progressivement aussi vulnérable que les autres Etats membres ; le pragmatisme traditionnel joue dans ce cas en faveur de positions pro-européennes. De son côté, la France a établi un mémorandum «énergie» (voir notre bulletin n. 9115) qui préconise une programmation pluriannuelle au niveau européen des investissements (production, transports, stockage, etc.) et des mesures supplémentaires en faveur de l'efficacité énergétique (par exemple, un système européen de certificats d'économies d'énergie dans le bâtiment, les transports, l'agriculture). La France souhaiterait transformer le mémorandum national en un mémorandum franco-allemand, compte tenu du fait que la coalition gouvernementale au pouvoir en Allemagne ne rejette plus a priori l'option nucléaire mais l'accepte comme sujet de discussion.

La prise de conscience de la nécessité d'agir ensemble devrait s'exprimer aussi dans l'appui aux nouvelles initiatives proposées par la Commission en faveur des énergies renouvelables de source agricole.

La Russie et la Charte de l'énergie. La Russie a encore été au centre de l'attention, notamment à propos de son éventuelle ratification de la «Charte de l'énergie», initiative européenne du début des années '90 restée partiellement en suspens. La Russie l'avait signée en 1994 mais ne l'a jamais ratifiée (ainsi que d'ailleurs les Etats-Unis et le Canada). Il paraît que les opinions ne sont pas unanimes, au sein de la Commission européenne, sur l'importance actuelle de cette Charte, mais lors de la réunion des ministres des Finances du G8, les 10 et 11 février à Moscou, les ministres européens ont insisté sur sa ratification pour une raison essentielle: elle impliquerait que les exportations russes de gaz et de pétrole ne soient plus un monopole du colosse à majorité publique Gazprom. Les importateurs européens pourraient dans ce cas s'approvisionner aussi auprès des fournisseurs russes indépendants (Novatek, Loukoil, Rosneft, etc.) qui actuellement ne peuvent desservir que le marché intérieur russe. La Charte de l'énergie leur ouvrirait l' accès aux réseaux de Gazprom vers l'étranger. A la grande surprise des membres occidentaux du G8, le ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, avait annoncé le 10 février que son pays réfléchissait à la ratification de la Charte (tout en évitant d'indiquer une date). Mais pendant la réunion du G8, M. Koudrine, connu pour ses orientations libérales, a été beaucoup plus prudent. Les observateurs estiment que M. Poutine était passé par là, afin de défendre le monopole de Gazprom, impliquant la faculté de fixer à sa guise les prix à l'exportation, qui restent ainsi en pratique dans les mains du Kremlin (et représentent une arme politique puissante, on l'a vu récemment à propos de l'Ukraine, de la Géorgie et de l'UE elle-même).

Les ministres européens ont pris acte que la Russie «n'est pas encore prête» à ratifier la Charte, mais l'UE n'a pas renoncé à en discuter avec le Kremlin, dans le contexte de la sécurité d'approvisionnement (un protocole additionnel sur le transit fait partie de la Charte). Les Russes ont intérêt à prouver qu'ils sont un fournisseur fiable et ils sont conscients que la situation actuelle, dans laquelle Gazprom a le contrôle total des gazoducs, n'est pas satisfaisante. Le poids de la Russie dans le G8, ainsi que les financements européens auxquels la Russie aspire pour moderniser ses gazoducs et en construire de nouveaux, passent par des garanties sérieuses en matière de sécurité des approvisionnements et par une ouverture partielle du marché. Les installations de Gazprom vieillissent et sa recherche de nouveaux gisements stagne, alors que les indépendants sont, paraît-il, beaucoup plus dynamiques, possèdent des gisements plus récents et leur production augmente régulièrement. Les prémisses pour que le Kremlin négocie ces aspects avec l'UE existent, ce qui rassurerait les Etats membres d'Europe orientale. (F.R.)

 

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