Bruxelles, 29/09/2005 (Agence Europe) - L'Institut d'études de sécurité de l'UE a organisé le 26 septembre à Paris un débat sur les moyens de sortir l'Union européenne de la crise. Sa directrice Nicole Gnesotto a estimé que le plus frappant, dans la crise européenne, est en fait l'absence de crise. Evoquant « une crise invisible », elle a considéré que, contrairement à ce qu'on avait affirmé après le « non » français et néerlandais à la Constitution européenne, « on a le sentiment que (la crise) n'empêche pas l'Europe ni de s'élargir ni de fonctionner ».
Selon Jacques Delors, l'ancien président de la Commission européenne (et président du Conseil de l'emploi, des revenus et de la cohésion sociale), « les gens sentent la crise », en particulier budgétaire. Pour sortir de la crise politique, « il n'y a pas un plan B », a-t-il noté, en suggérant les remèdes suivants: - une procédure d'agrément de la Constitution (« je trouve scandaleux » d'arrêter le processus parce que deux pays ont dit « non ») ; - un meilleur fonctionnement des institutions (trouver des méthodes de travail pour décider plus facilement) ; - un compromis sur les perspectives financières (au sujet de la cohésion économique et sociale, M. Delors s'est élevé contre une « chambre de péréquation en faveur des pays les plus pauvres », en soulignant que la politique structurelle doit s'intéresser à tous les pays lorsqu'ils en ont besoin) ; - tenter un retour à l'esprit initial de l'UEM (« je ne me reconnais pas dans ce qui se fait aujourd'hui, l'UEM ne marche que sur une jambe, la monétaire) ; - la poursuite du travail de la PESC (le travail « des ingénieurs de la paix »).
Sur les questions institutionnelles, M. Delors croit en deux idées: ou bien envisager une nouvelle Convention (proposée par Andrew Duff et Johannes Voggenhuber, rapporteurs du Parlement) ou bien conclure un accord intergouvernemental à objectifs limités (qui ne pourra pas porter sur les procédures décisionnelles mais uniquement sur le ministre des Affaires étrangères de l'UE devenu vice-président de la Commission). Selon lui, le débat Europe puissance/Europe espace (les termes de Valéry Giscard d'Estaing: NDLR) ne « mènera à rien ». « On peut se donner comme finalité d'avoir un jour une politique étrangère commune, mais je suis partisan que l'on ait comme objectif des actions communes de politique étrangère là où nous sommes d'accord. Et qu'on ne mette pas sur la table des sujets sur lesquels on va se diviser ».
M. Delors a répété que la « grande Europe » doit être un espace de paix (avec l'accent mis sur les Balkans), un cadre pour un développement économique « plus ou moins solidaire » et pour l'enrichissement de la diversité culturelle. Et ceux qui veulent aller plus loin doivent pouvoir le faire sous forme de coopération renforcée, a-t-il ajouté. Et il a lancé: l'UEM devrait être une coopération renforcée, car ce n'est « pas compréhensible que les décisions des membres de la zone euro doivent être ratifiées par les 25 » (« ce qui ne veut pas dire que je souhaite que les chefs d'Etat des 12 se réunissent entre eux, car ce serait une provocation à l'égard des 13 autres pays de l'UE » a-t-il averti). M. Delors a toutefois insisté: il ne faut pas que ceux qui ne seraient pas dans une coopération renforcée « jouent en deuxième division ». Selon lui, il y a simplement des pays qui veulent aller un peu plus loin sans gêner le fonctionnement de la structure de base, qui est celle de la grande Europe. « Si on n'accepte pas cela, on n'arrivera pas à concilier élargissement et approfondissement », a conclu M. Delors.
L'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt a identifié plusieurs facteurs qui, selon lui, ont provoqué la crise en Europe (échec du processus de Lisbonne, réforme « à la carte » du Pacte de stabilité et de croissance…) et a parlé de la perte du prestige de l'Europe dans le monde. Selon lui, il faudrait combiner deux choses pour sortir de la crise: finaliser le marché intérieur et poursuivre l'élargissement. En outre, selon M.Bildt, il faudrait pouvoir montrer des résultats dans le domaine de la politique étrangère (Iran, Balkans) et ne pas échouer sur la question de Chypre. L'ancien Premier ministre suédois demande aussi de prévoir d'autres instruments en matière de politique de voisinage de l'UE, en définissant pour certains pays des statuts intermédiaires qui laisseraient une porte ouverte à l'adhésion à l'UE.
Elmar Brok (CDU), président de la commission des Affaires étrangères du Parlement européen, a estimé qu'il fallait mieux expliquer à l'opinion publique les avantages de l'appartenance à l'UE. « On a besoin d'une Europe plus forte et d'une politique étrangère plus forte pour que les relations transatlantiques fonctionnent », a lancé M. Brok, qui a, comme M. Bildt, appelé à une modification de la politique de voisinage de l'UE. Comme Jacques Delors, il a plaidé en faveur des coopérations renforcées, mais à condition qu'elles ne créent pas de fractures entre grands et petits Etats membres.