Tunis/Bruxelles, 19/09/2005 (Agence Europe) - Luisa Fernando Rudi Udeba (PPE, Espagne), qui a récemment conduit une délégation de cinq parlementaires européens en Tunisie, a déclaré qu'elle s'est efforcée durant son séjour de rassurer tous ses interlocuteurs tunisiens sur la permanence de l'intérêt européen à coopérer avec le Maghreb. Cette coopération doit, a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse, couvrir des thèmes aussi importants que le développement, la stabilité, l'immigration et le « sujet brûlant » que constitue la lutte contre le terrorisme. Pour les autorités tunisiennes, la coopération avec l'UE doit permettre de prévenir la crise qui affecte le secteur du textile menacé par la concurrence chinoise sur le marché européen et, de manière générale, d'appliquer pleinement l'accord d'association dans ses composantes financières et d'appui à l'économie du pays. Mme Udeba a souligné que « le niveau de développement économique (de la Tunisie) est bien supérieur à celui des pays de la région et voisins » appelant toutefois les autorités tunisiennes à accélérer la modernisation des structures politiques, économiques et administratives. Elle a souhaité que soit mis en œuvre sans retard le « plan d'action » convenu avec la Tunisie, notamment à travers la constitution de groupes de travail thématiques, dont un sur la question des droits de l'Homme. La délégation parlementaire a notamment soulevé la question du financement direct d'ONG tunisiennes que le gouvernement refuse, revendiquant le droit d'être informé de toute opération de soutien sur des ressources provenant de l'extérieur du pays.
Mme Rudi Udeba est présidente de la Délégation parlementaire européenne pour la coopération avec le Maghreb, la Libye et l'UMA, et c'est à ce titre qu'elle conduisait la mission à Tunis au cours de laquelle elle a eu des séances de travail avec les membres de la Chambre des députés tunisienne et des membres du gouvernement. Elle a rencontré également des représentants de la société civile (associations féminines, magistrats, avocats, journalistes, etc.) et de défense des droits de l'Homme. Elle a rencontré en particulier la Ligue tunisienne des droits de l'Homme, aussi bien ses dirigeants qu'un groupe qui conteste l'actuelle direction et dont une action en justice a bloqué le fonctionnement de l'organisation. Ces entretiens avaient donc lieu dans un contexte tendu que les autorités du pays présentent comme la conséquence d'une « affaire interne » à la LTDH, première ligue de défense des droits de l'homme créée dans un pays arabe. Mme Rudi Udeba, tirant les conclusions de ses différents entretiens avec des représentants du gouvernement comme de l'opposition, conforte ce point de vue: « la question est simple mais la réponse n'est pas aussi simple. Nous avons rencontré les deux parties qui ont des avis totalement divergents. Je sais, pour appartenir moi-même à un parti, qu'au sein d'un parti ou d'une organisation, il y a toujours des divergences. Pour les résoudre, il faut s'asseoir et en parler ». Hélène Flautre, (Verts, Française) membre de la délégation, s'est insurgée contre cette affirmation en mettant en cause le rôle des autorités, sans épargner la présidente de la délégation.
Tunis prône « le dialogue et les échanges de vues » préalables
Dans une déclaration officielle, le gouvernement tunisien a regretté que l'UE, le Conseil des ministres en l'occurrence, ait eu, en début de semaine passée, un avis précipité sur l'affaire de la LTDH. Selon le gouvernement, aucune raison objective, cependant, ne justifie une quelconque « préoccupation » au sujet de la situation de la ligue tunisienne des droits de l'Homme. Les autorités ont toujours été attachées à la pérennité et aux principes fondateurs de la LTDH, considérant la Ligue comme un acquis national, réitérant l'avis que la crise actuelle n'est qu'une affaire interne et que « les autorités publiques tunisiennes n'ont absolument rien à voir avec la situation » déplorée.