Newport, 01/09/2005 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères de l'UE examinaient jeudi après-midi, au début de leur réunion informelle à Newport, les éléments que la Présidence britannique venait de leur proposer en vue de rédiger une déclaration de l'UE en réponse à la déclaration unilatérale faite par Ankara le 29 juillet sur la non-reconnaissance de Chypre (EUROPE n° 9002). Ces éléments, qui étaient déjà largement ressortis mercredi lors de la réunion du Coreper (EUROPE n° 9017), concernaient essentiellement deux aspects: la question de la reconnaissance de Chypre et la mise en oeuvre du protocole additionnel à l'Accord sur l'Union douanière avec la Turquie. En ce qui concerne la reconnaissance de Chypre, la question était de savoir si les Vingt-cinq se limiteront à une déclaration « classique » rappelant que la République de Chypre est un pays membre de l'UE et qu'elle est la seule entité chypriote reconnue par le droit international où si, comme le souhaitent notamment Chypre, la Grèce et la France, l'UE devrait aller plus loin et mentionner explicitement la question de la reconnaissance de Chypre ou encore le processus de l'ONU en vue de la réunification de l'île. Alors que Chypre insiste sur une reconnaissance immédiate, la France et la Grèce semblent pouvoir se contenter d'une formule plus souple, exigeant une reconnaissance « le plus rapidement possible », ont expliqué jeudi des diplomates. D'autres délégations ont aussi exprimé leur « irritation » de voir la Turquie insister avec tant de force sur le fait qu'elle ne reconnaît pas un des Etats membres d'une Union européenne qu'elle souhaite pourtant rejoindre, ont expliqué les diplomates. Quant à la mise en oeuvre du protocole additionnel, on semblait s'orienter vers une déclaration de l'UE qui soulignerait la nécessité d'appliquer l'accord « dans sa totalité et sans discrimination », selon des diplomates. Cela signifie que la Turquie devra aussi ouvrir ses ports et son espace aérien aux navires et avions chypriotes, afin de permettre la libre circulation des biens. Même si Ankara estime qu'il s'agit là de « services » de transports (qui, en tant que tels, ne sont pas couverts par l'Union douanière), la Commission a défendu jeudi son point de vue que l'Union douanière oblige aussi la Turquie à permettre la libre circulation des biens et que ses ports devront donc être ouverts aux navires chypriotes. Alors que le débat sur la Turquie se poursuivait en début de soirée (nous y reviendrons demain), la Présidence britannique a laissé entendre qu'elle souhaitait sortir de la réunion de Newport - qui se termine ce vendredi après-midi - avec au moins un consensus sur les principaux éléments de la déclaration de l'UE, quitte à laisser au Coreper le soin de peaufiner le texte dans les prochains jours.
A Nicosie, le porte-parole du gouvernement Kypros Chrysostomides a dit à la presse, selon l'agence grecque ANA, que le projet de déclaration de la Présidence britannique était « inacceptable et absolument pas satisfaisant ». Le ministre des Affaires étrangères George Iacovou a renchéri: ce document est « déséquilibré et inadéquat », et il faut espérer que le nouveau texte qui devait être présenté jeudi à Newport serait plus équilibré et tiendra compte de ce qu'ont déclaré les Représentants permanents de Chypre, de la France et d'autres pays (dont la Grèce: NDLR) lors de la réunion du Coreper, mercredi à Bruxelles. Si le texte de Newport n'est pas satisfaisant, alors « le cadre de négociation de l'UE pour la Turquie ne sera pas examiné », a mis en garde M. Chrysostomides.
Les ministres ont aussi eu jeudi, au cours du déjeuner, une discussion sur le refus de l'Iran de prendre en considération le paquet de propositions que l'UE leur a offert le 5 août dernier en vue de le dissuader de poursuivre ses activités nucléaires sensibles (EUROPE n° 9006). Alors que l'on ne s'attendait pas à une déclaration formelle à ce sujet, l'entourage de Javier Solana soulignait jeudi après-midi la volonté des ministres d'envoyer néanmoins un « message très clair » à Téhéran: si l'Iran n'accepte pas l'« excellent » paquet européen, la récente reprise des activités nucléaires sensibles constituerait une violation de l'accord de Paris, ce qui aurait pour conséquence que l'UE soutiendrait l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) au cas où celle-ci déciderait de porter l'affaire devant le Conseil de sécurité. Il appartiendra au Conseil des gouverneurs de l'AIEA de prendre une telle décision, mais elle aura le soutien unanime de l'UE si Téhéran ne revient pas sur sa position.
A la demande de la Pologne et des pays baltes, les ministres ont aussi eu un bref échange de vues sur la situation de la minorité polonaise en Bélarus, ainsi que sur la Russie, notamment sur les accords frontaliers avec la Lettonie et l'Estonie que Moscou refuse toujours de ratifier.