Bruxelles, 01/07/2005 (Agence Europe) - Comme elle s'y était engagée le 22 juin dernier, la Commission européenne a formellement adopté, vendredi, des mesures d'urgence pour protéger la ressource d'anchois dans le golfe de Gascogne (EUROPE n°8975). La Commission a ainsi fermé pendant trois mois (du 1er juillet jusqu'à la fin du mois de septembre) la pêche à l'anchois qui est pratiquée dans cette zone par des navires espagnols et français.
Cette décision, qui est vivement contestée par la France, sera à l'ordre du jour de la prochaine réunion des ministres de la Pêche, les 18 et 19 juillet à Bruxelles. La France souhaite obtenir une modification de la décision de la Commission, qui ne peut être obtenue que lorsqu'une majorité qualifiée au sein du Conseil est réunie. La France demande la réouverture de la pêche à compter du 15 août, assortie de la création d'une zone d'interdiction de pêche (une réserve à juvéniles) dans le golfe de Gascogne. Jeudi, le ministre français de l'Agriculture et de la Pêche, Dominique Bussereau, a annoncé des aides pour les pêcheurs d'anchois du pays. Le ministre a évoqué « une première enveloppe de plusieurs millions d'euros pour la rémunération des marins et le compte des armements » jusqu'au 15 août. Les modalités de cette indemnisation sont à l'étude alors que les pêcheurs réclament 4 000 euros par marin durant cette période.
L'Espagne, de son côté, soutient la mesure proposée par la Commission, mais aurait préféré une suspension de la pêche pendant six mois. Pour rappel, les pêcheurs espagnols ont arrêté leur campagne de pêche à la mi-mai à cause de la faiblesse des captures d'anchois (200 tonnes contre 2000 tonnes habituellement à cette période de l'année). Une aide de 8,8 millions d'euros (à 75% gouvernementale et 25% communautaire) est déjà prévue pour les pêcheurs espagnols qui resteront à quai.
En décidant de fermer temporairement la pêche à l'anchois, la Commission a suivi l'avis du Conseil international pour l'exploration de la mer (CIEM). La Commission a convoqué une réunion, qui aura lieu du 11 au 13 juillet, du comité scientifique, technique et économique de la pêche (CSTEP). Les experts des Etats membres de l'UE examineront les données scientifiques les plus récentes, dont celles provenant des instituts français Ifremer et espagnols IEO et AZTI. La Commission n'exclut pas de revoir sa décision à la lumière du résultat des délibérations du CSTEP.
Le problème de la raréfaction de la ressource d'anchois n'est pas nouveau. Lorsque la Commission a présenté l'année dernière sa proposition sur les possibilités de pêche pour 2005, elle a suivi l'avis scientifique du CIEM qui, pour la deuxième année consécutive, soulignait le fait que le stock était en mauvais état. Le CIEM recommandait de fixer un niveau de captures préliminaire de 5 000 tonnes (contre 33 000 tonnes en 2004, soit une réduction de 85%) et de prévoir la possibilité de revoir le quota en cours d'année. Mais les Etats membres ont décidé, fin décembre 2004, de fixer les possibilités de pêche à 30 000 tonnes. La Commission reste attachée, pour cette espèce, à la création d'un régime permettant d'ajuster le volume des captures en fonction de l'état du stock. D'ailleurs, le Conseil avait adopté lors du marathon pêche de décembre dernier une déclaration soulignant la nécessité d'établir un tel régime de gestion saisonnière.