Bruxelles, 19/04/2005 (Agence Europe) - Lorenzo Bini Smaghi a présenté mardi devant le Parlement européen une vision du rôle et de la mission de la Banque centrale européenne conforme au poste qu'il s'apprête à occuper. Avant que les parlementaires ne rendent leur avis en plénière, en mai, la commission des affaires économiques et monétaires a approuvé, par 16 voix pour, 2 contre (Sahra Wagenknecht, GUE allemande, et Satu Hassi, Verte finlandaise) et une abstention, sa nomination au Directoire de la Banque centrale européenne (BCE), en remplacement de son compatriote Tommaso Padoa-Schioppa. Les membres de la commission parlementaire ont notamment interrogé l'ancien directeur des finances du Trésor italien au sujet de la réforme du Pacte de stabilité, des exigences d'une coordination économique de la zone euro et de la politique de stabilité des prix de la BCE.
Revendiquant une approche pragmatique de la construction européenne, M. Bini Smaghi a noté que la BCE est une « institution clé de l'UE », et s'est dit « conscient des responsabilités qu'elle a pour le bien-être des citoyens ». Fils d'un fonctionnaire de la Commission, M. Bini Smaghi a étudié en Belgique et a participé à la création de l'Institut monétaire européen (précurseur de la BCE), et il affirme: « Europe, monnaie et politique économique sont les éléments marquant de ma vie professionnelle ». Alors que sa carrière se poursuivra à Francfort, il a évoqué les défis auxquels l'institution qu'il s'apprête à rejoindre est confrontée. Tout d'abord, la BCE ne peut pas faire abstraction du contexte politique et institutionnel dans lequel elle évolue, car elle est « chaque jour en interaction avec les citoyens par l'intermédiaire de la monnaie ». Ensuite, dans une situation de croissance faible, la BCE doit soutenir la croissance, dans les limites que lui assigne le traité en termes de stabilité des prix. Jusqu'à présent, « la BCE a rempli ses obligations, avec des taux d'intérêt historiquement bas, qui sont inférieurs à ce qu'ils seraient si la croissance était plus forte », a-t-il estimé. Soulignant qu'une baisse des taux aussi importante et rapide qu'aux Etats-Unis n'est pas possible en Europe, M. Bini Smaghi a estimé par ailleurs que la réalisation d'un marché intérieur pleinement intégré est essentielle pour ne pas « entraver notre capacité concurrentielle dans le monde ». Et de conclure: « le Parlement et la BCE doivent travailler ensemble pour donner confiance au citoyen dans le projet de l'UE ».
Une analyse approuvée par Paolo Cirino Pomicino (PPE-DE italien) qui s'interroge sur une éventuelle « accentuation de la politique de la demande à laquelle peut faire penser la réforme du Pacte ». Une perspective dont s'est distancié M. Bini Smaghi, qui pointe les « difficultés d'agir par le levier budgétaire et monétaire ». Selon lui, « les entrepreneurs et les consommateurs n'ont pas confiance en l'avenir malgré les fortes liquidités et les incitations à s'endetter pour développer des programmes d'investissement ou consommer », car ils craignent de devoir ensuite faire face à une hausse de la fiscalité « pour financer un système de bien-être (Welfare) qui n'est pas soutenable ». A Antolin Sanchez Presedo (PSE espagnol), M. Bini Smaghi a dit qu'il faut « une réduction et une adaptation des dépenses publiques en Europe », car les citoyens se rendent compte que « plus de dette aujourd'hui, c'est plus de problèmes demain ».
« Je ne pense pas avoir exposé une position incohérente par rapport à celle de la BCE après le Conseil Ecofin », a indiqué M. Bini Smaghi à l'élu de la CSU Alexander Radwan, qui a cru déceler, dans sa réponse au questionnaire écrit des parlementaires, une « ligne différente » de celle de la BCE sur le Pacte de stabilité et de croissance (PSC). L'application de la réforme du Pacte dépendra de « la façon dont on utilisera les analyses », a précisé M. Bini Smaghi, qui regrette que certains pays peuvent croire qu'ils auront des marges de manoeuvre énormes, alors que « ce n'est pas le cas ». Au conservateur britannique John Purvis, il assure que malgré les incertitudes liées à l'interprétation de la réforme, « le Pacte continuera de promouvoir la discipline budgétaire ». Cette discipline n'est pas incompatible avec la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne, insiste-t-il auprès de Satu Hassi (Verts-ALE, finlandaise) en soulignant que le nouveau Pacte permettra de « prendre en compte la dynamique de dettes futures pour encourager les pays à procéder à des réformes structurelles », notamment sur les retraites.
« S'il fallait adapter la politique monétaire à la perception de l'inflation, on devrait être beaucoup plus stricts, ce qui n'est pas nécessairement une bonne chose », a répondu M. Bini Smaghi à la présidente de la commission des affaires économiques et monétaires, la socialiste française Pervenche Berès. « Il ne faut pas alimenter l'incertitude du citoyen » à propos d'une différence entre l'inflation perçue et l'inflation réelle, mais au contraire le convaincre de la stabilité des prix. A Sahra Wagenknecht, il concède qu'il existe une certaine marge de manœuvre dans l'utilisation des taux d'intérêt, mais uniquement lorsque l'inflation baisse. Or, actuellement « on ne peut pas aller beaucoup plus bas », sans entraîner les prix à la hausse et dépasser le maximum de 2% que s'est fixé la BCE pour l'inflation. Ce qui est possible aux Etats-Unis ne l'est pas dans la zone euro, car « l'inflation y est bien plus faible qu'en Europe (autour de 1%)», rappelle-t-il.
Au libéral allemand Wolf Klinz et à Hans Peter Martin (non inscrit autrichien), M. Bini Smaghi a expliqué qu'il « souhaite l'adoption de la Constitution », même s'il respecte « ceux qui sont tentés de voter « non » car ils voulaient plus de cette Constitution ». Cependant, il considère que « si le « non » gagne (…) personne ne distinguera les « non » en faveur de l'intégration et les « non » contre l'intégration ». Les effets que les référendums sur la Constitution pourraient avoir sur les taux, « iraient au détriment des pays les plus endettés », a-t-il répondu à Enrico Letta (ADLE, italien), estimant que l'objectif de la stabilité des prix serait plus difficile à atteindre et que, alors, « nous devrions réaffirmer notre détermination » à la maintenir.
En rappelant à M. Letta que le premier partenaire commercial de la zone euro était le Royaume-Uni, M. Bini Smaghi a aussi reconnu que la monnaie commune profiterait de l'adhésion de la livre sterling qui augmenterait « de façon marquée la capacité de l'euro à devenir une alternative au dollar ». Sans aller plus loin, M. Bini Smaghi s'est contenté d'anticiper l'extension de la zone euro, d'ici la fin de la décennie, à une partie des nouveaux Etats membres. Interrogé par Christoph Konrad (PPE-DE allemand) sur l'opportunité de maintenir la concurrence fiscale en Europe, M. Bini Smaghi n'a pas manqué de souligner que la « politique monétaire ne peut pas fonctionner sans une certaine harmonisation », se prononçant en faveur de « taux planchers » plutôt que pour des plafonds ou une harmonisation complète.