Bruxelles, 19/04/2005 (Agence Europe) - Le candidat des pays ACP pour le poste de directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le ministre des Affaires étrangères de Maurice Jaya Krishna Cuttaree, a dit mardi à un petit groupe de journalistes que depuis le retrait du candidat brésilien, Luiz Felipe de Seixas Corrêa (voir EUROPE n° 8930), ses chances de diriger l'OMC à partir de septembre prochain augmentent "tous les jours". "Mes chances augmentent, d'autant plus que des pays tels que la Chine, le Brésil ou l'Inde ont dit qu'ils souhaitent qu'un candidat d'un pays en développement passe", a dit M. Cuttaree, qui s'est déclaré "certain" d'avoir le soutien de "toute l'Afrique" mais aussi de la plupart des autres pays ACP. Le retrait de M. Seixas Corrêa va sans doute susciter une "plus grande polarisation entre pays en développement et pays développés", notamment l'Europe et les Etats-Unis. M. Cuttaree s'est dit confiant de pouvoir gagner un maximum de pays qui avaient jusqu'ici soutenu le candidat brésilien. "Je m'attends à ce que le candidat uruguayen se retire prochainement et que je resterai seul en lice avec Pascal Lamy", affirme M. Cuttaree. Le candidat ACP va-t-il activement faire campagne dans les nombreux pays encore indécis? "Vous savez, dans mon pays, nous n'avons pas beaucoup de moyens pour faire campagne et traverser le monde. Je vais décrocher mon téléphone", a-t-il lancé.
Mardi matin, M. Cuttaree s'est présenté devant la commission du commerce extérieur du Parlement européen comme un "conciliateur" et un "constructeur de ponts" capable de créer les consensus nécessaires entre tous les pays membres de l'OMC pour finaliser les négociations du cycle de Doha et créer un système de commerce multilatéral "efficace et équitable". "En tant que conciliateur, je peux rassembler des intérêts divers. Des capacités de conciliation sont plus que jamais importantes parce que l'OMC se trouve à une croisée des chemins. Ou bien elle réussit l'Agenda de Développement de Doha (ADD), ou bien le système commercial multilatéral en tant que tel se retrouve irremédiablement affaibli", a mis en garde M. Cuttaree. "Je peux modestement affirmer de moi-même que je possède exactement le type de qualifications qui sont nécessaires pour diriger l'OMC à une époque importante. Le fait d'être originaire d'un pays en développement en fait évidemment partie", car la question du développement doit être mise au centre des activités de l'OMC, a-t-il insisté. "L'OMC est trop souvent associée au libre-échange, mais l'objectif réel de l'OMC, tel que l'avaient souhaité ses pères fondateurs et tel qu'il est inscrit dans l'acte constitutif, est de faire en sorte que le libre-échange soit un moteur pour le développement durable de tous ses pays membres. L'ouverture des marchés ne peut pas être tout". Pendant dix ans, le développement n'a pratiquement pas été à l'ordre du jour de l'OMC, et "cela doit être corrigé", estime M.Cuttaree. Dans le passé, l'agenda de l'OMC était trop souvent "dicté par un petit goupe de grands pays", ce qui s'explique en partie par le fait que les petits pays, et surtout les nombreux pays en développement, n'ont simplement pas les ressources humaines, ni les moyens administratifs et financiers nécessaires pour se familiariser avec l'ensemble des questions de plus en plus complexes et difficilement compréhensibles touchant au commerce international. En même temps, l'OMC a échoué là où il s'agissait de développer les compétences nécessaires dans les pays en développement, a-t-il estimé. M.Cuttaree a aussi plaidé pour une plus grande cohérence entre les activités de développement de l'OMC, de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International (FMI).