Information correcte pour le citoyen britannique? Vive le débat! Combien de fois ai-je déjà utilisé cette expression, avec ou sans le point d'exclamation ? Cette fois-ci, elle se réfère à l'ouverture du débat au Royaume-Uni sur la Constitution. Après la décision de Tony Blair d'organiser un référendum sur la ratification du traité constitutionnel de l'UE, les citoyens britanniques vont enfin avoir droit à une information sur la réalité de l'Europe qui ne soit pas fondée uniquement sur des mensonges journalistiques. Je n'ai pas oublié les réserves sur la méthode référendaire, en particulier le calcul d'Etienne Davignon, selon lequel dans un référendum environ 25% des voix ne répondent pas à la question posée mais sont dirigées contre le gouvernement qui l'a formulée: le moment venu, bon nombre de Français ne diraient pas « non » à la Constitution mais à Jacques Chirac. Je pense toutefois que la méfiance à l'égard du référendum est valable pour tous les Etats membres sauf le Royaume-Uni.
Dans ce pays où la démocratie est une longue tradition, l'information courante sur l'Europe est faussée ou biaisée. Le citoyen commun n'a de la construction européenne qu'une vue déformée. Les efforts de ceux qui voudraient redresser la situation (il y en a d'excellents: un certain nombre de parlementaires européens élus au Royaume-Uni ont bien mérité de l'Europe, de Andrew Duff à Richard Corbett et à d'autres) n'ont pas beaucoup de prise sur l'homme de la rue. À présent, la perspective du référendum implique un engagement ferme des membres du gouvernement et des parlementaires nationaux de la majorité, qui doivent, les uns et les autres, se documenter sur la réalité de la Constitution, la comprendre, être en mesure de l'expliquer; et la presse sera bien obligée d'en rendre compte. En attendant cette évolution, qui sera lente et progressive, ce qui me rend optimiste, c'est le premier discours officiel du ministre des Affaires étrangères Jack Straw devant la Chambre des Communes en faveur de l'approbation de la loi instaurant le référendum (voir notre bulletin du 11 février, p.4)
Jack Straw a bien choisi. Sans procéder à une analyse de la Constitution (ce sera pour plus tard, dans la campagne référendaire, après les élections législatives), M. Straw a surtout présenté les arguments démontrant qu'il serait mauvais pour le Royaume-Uni de rejeter la Constitution: « L'effet à long terme serait un Royaume-Uni glissant dans une position détachée de l'Europe, alors que les autres iront de l'avant sans nous. Nous resterions sans influence, en marge, sans rien à dire sur la direction future de l'Europe». Les Britanniques pourraient-ils demander aux autres Etats membres de recommencer à négocier un texte modifié ? Même si ceci était possible, la nouvelle Constitution « serait pire et pas meilleure, étant négociée par nous dans une position de faiblesse, et pas de force». Le Royaume-Uni se retrouverait « en territoire inconnu, faible et isolé en Europe ».
Je crois que M. Straw a bien choisi les arguments susceptibles de «porter» devant ses concitoyens, et que les institutions de l'UE ont intérêt à intervenir le moins possible pendant la campagne référendaire. Les autorités politiques nationales connaissent mieux que quiconque la mentalité et les susceptibilités de leur peuple, et c'est de lui qu'elles tirent leur légitimité. Cette toute première approche me rend presque optimiste sur le résultat du référendum britannique et sur le succès du pari de Tony Blair de situer son pays au centre de l'Europe, directement impliqué dans toutes les évolutions futures. Mensonges inacceptables. Je continue, on le voit, à m'efforcer d'introduire un peu de confiance, alors que les peuples qui ont été à la base de l'entreprise paraissent fatigués, privés d'élan. En France, où le référendum est imminent, les partisans du «oui» devraient être plus positifs, plus convaincus et plus convaincants, plus fermes dans leurs réponses aux adversaires de la Constitution qui se faufilent partout avec un scepticisme parfois désespérant. Quand je lis l'énumération par Laurent Fabius des raisons qui l'amènent à faire campagne pour le « non », je me demande de quoi il parle. La voici, sa liste: «directive Bolkestein, délocalisations, euro trop cher, Turquie». Pas un seul point qui ait un rapport quelconque avec la Constitution! Au contraire, la Constitution renforcera les possibilités de faire capoter la directive Bolkestein, améliorera la «gouvernance européenne», et ainsi de suite. S'opposer à la Constitution, c'est le droit de tous; le faire par des mensonges, c'est inacceptable. Il faut oser le dire. En sachant que les référendums en France et au Royaume-Uni seront décisifs pour tous . (F.R.)