Bruxelles, 10/02/2005 (Agence Europe) - A l'issue de la dernière étape de sa tournée dans dix pays européens, jeudi à Luxembourg, la Secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a dit à la presse que, après « ces merveilleuses rencontres », elle était certaine que le Président Bush était « confiant « pour le travail avec la Présidence luxembourgeoise du Conseil de l'UE au sujet de « notre agenda commun ». Après avoir rencontré Jean-Claude Juncker mercredi soir et la Troïka de l'UE jeudi matin (le Président du Conseil Jean Asselborn, le Haut représentant Javier Solana et la Commissaire européenne Benita Ferrero-Waldner), Mme Rice a répété: nous sommes maintenant prêts à dépasser nos désaccords du passé et à tourner le regard vers l'avenir, car « il y a beaucoup à faire ». Ce voyage a été peut-être « éprouvant », mais aussi « réconfortant » pour vous, a estimé, pour sa part, lors de la même conférence de presse, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, qui s'est félicité de la visite « hautement symbolique » du Président Bush aux institutions européennes, le 22 février (en effleurant les thèmes évoqués, avec Mme Rice, M. Asselborn a noté en passant, à propos de la question controversée de la levée par l'UE de l'embargo sur les ventes d'armes à la Chine, que, ayant « comparé nos analyses », nous comprenons mieux les « points de vue respectifs »: nous allons poursuivre nos échanges de vues à ce sujet, a-t-il ajouté). Lors de la même conférence de presse, où l'atmosphère était presque au beau fixe comme la veille à la Commission européenne (EUROPE d'hier, p.4), Javier Solana a affirmé qu'à l'issue de cette tournée, Mme Rice avait sans doute pu approfondir ses relations avec « les amis qu'elle avait déjà » et aussi « se faire de nouveaux amis ». Lors de nos rencontres de mercredi et jeudi, non seulement l'atmosphère était bonne, mais nous avons eu aussi des discussions « substantielles », a convenu Mme Ferrero-Waldner.
Sur le fond, Mme Rice a évoqué en particulier: - la coopération fructueuse dans les Balkans: nous continuerons d'avoir de « vastes consultations » à ce sujet avec les Européens dans les prochains mois, a-t-elle noté; - l'Ukraine: Mme Rice félicite « beaucoup » l'UE pour son rôle dans le dénouement de la crise à Kiev, et annonce que Washington aura avec l'Union des contacts au niveau des experts afin d'éviter les doubles emplois dans les initiatives à l'égard de Kiev ; - la Russie, un partenaire très important pour les Européens et les Américains où se dessinent « des tendances à surveiller »: un éventuel isolement de la Russie serait « terrible » pour la communauté internationale, a reconnu Mme Rice.
Mme Rice a été interrogée surtout au sujet de l'Iran et la Corée du Nord (qui venait de décider de suspendre pour une période indéfinie sa participation aux pourparlers à six sur son programme nucléaire).
A la question de savoir si des questions comme le respect des droits de l'homme ou le risque de posséder l'arme nucléaire sont plus importantes pour Iran que pour des pays, comme, par exemple, le Pakistan Mme Rice a insisté: il faut observer les « tendances, qui sont extrêmement importantes ». Ainsi, s'est-elle évertuée à expliquer: il faut voir ce qu'a accompli le Pakistan et où il était il y a trois ans et demi, alors qu'en Iran, personne ne pourrait dire que les dernières élections ont été quelque chose de positif, ou que la situation des droits de l'homme s'est améliorée. Quant au soutien au terrorisme, elle a martelé: là, l'Iran « ne suit assurément pas le même mouvement» que les pays de la région qui veulent la paix au Moyen-Orient. Dans toute la région, il y a des « tendances positives » en matière de démocratisation, a-t-elle estimé, en citant aussi l'Arabie saoudite. Au sujet du programme nucléaire iranien, elle a répété: les pourparlers de l'UE -3 (France, Allemagne et Royaume-Uni: NDLR) - qui sont, me semble-t-il, « à un stade très précoce » - poursuivent le même but que nous, et « le message est le même », à savoir qu'il est inacceptable que Téhéran se dote de l'arme nucléaire, et que s'il renonce à de telles aspirations, « la vie sera meilleure ». La Libye a compris ce message, a commenté en passant Mme Rice. M. Asselborn a tenu à souligner que l'UE négocie avec Téhéran justement pour « éviter » que l'Iran devienne une puissance nucléaire, et qu'il considérait « très positif » qu'Européens et Américains puissent coopérer dans ce sens.
Quant à la Corée du Nord, Mme Rice a dit à plusieurs reprises: les Etats-Unis avaient assuré qu'ils n'avaient aucune intention de « l'attaquer ou de l'envahir » si elle renonce à l'arme nucléaire. (Javier Solana, tout en notant que l'UE ne participe pas aux pourparlers à six, a invité dans une déclaration la Corée du Nord à revoir sa décision de suspendre ces pourparlers, qui sont « le meilleur instrument pour traiter du problème nucléaire dans la péninsule coréenne »).