login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 8832
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le dernier coup d'éclat de Pascal Lamy comme Commissaire européen

Un fléau à endiguer. C'est par un coup d'éclat que Pascal Lamy a clôturé son activité de Commissaire européen. Dans sa conférence de presse du 10 novembre sur le renforcement de la lutte contre la contrefaçon, il a combiné la rigueur du raisonnement qu'on lui connaît avec l'aspect spectaculaire, en présentant à la presse des exemples concrets de l'habilité diabolique des faussaires (les Chinois notamment) dans le piratage des fruits de la créativité, de l'intelligence et du travail des Européens. Il a prouvé combien la contrefaçon coûte à l'Europe en emplois et en richesse, et il a obtenu dans les médias un écho considérable. Cet écho devrait être multiplié par dix, par cent, par mille, afin de réveiller la classe politique et de créer un véritable mouvement d'opinion contre le pillage organisé que l'Europe subit. Au printemps dernier, je m'étais efforcé de prouver que la question dépasse de très loin la perception qu'en a l'opinion publique, laquelle n'y voit souvent qu'une affaire de produits de luxe (montres, parfums, sacs pour dames) ou de copies de musiques et de films. La réalité est bien plus grave, car l'industrie du faux a investi les médicaments, certains produits alimentaires, les pièces d'avions, etc., avec des risques parfois terrifiants pour la santé et pour la sécurité (voir cette rubrique du 13 mars dernier). En juin, le ministre français du Commerce, François Loos, avait dénoncé la présence du grand banditisme derrière les filières très lucratives de la contrefaçon.

Chiffres et pays. Pascal Lamy a montré en salle de presse quelques objets (un robinet de luxe allemand copié tel quel en Chine) et des diapositives (une voiture Volkswagen fabriquée à l'identique dans tous les détails, vendue en Chine sous une autre marque; une station-service entièrement reproduite) et surtout des données, des chiffres et des listes de pays. Pertes d'emplois dans l'UE? Jusqu'à 800.000, beaucoup plus que celles provoquées par les délocalisations, dont les syndicats font tellement de cas alors que les contrefaçons ne les émeuvent guère. Pertes financières ? Quelque 200 milliards d'euros par an, au détriment des entreprises qui ont investi dans la recherche, la qualité, l'originalité. Pays tiers impliqués? La Chine est en tête, capable de véritables exploits multisectoriels. La Russie avait commencé par la musique (60% des produits musicaux vendus sont des faux) pour étendre ensuite sa gamme de piratages aux produits pharmaceutiques, à l'habillement et à l'électronique. La Turquie est à peu près au même niveau concernant la musique, mais elle progresse (excusez le terme) dans l'habillement et les pièces de rechange automobiles. La gamme de l'Ukraine s'étend aux cigarettes, aux alcools, aux produits alimentaires et à l'informatique. Le Brésil, particulièrement actif dans la piraterie musicale et du software, est bien placé aussi pour les jouets, les parfums et les cigarettes. La Corée du Sud a des capacités presque universelles: elle est indiquée comme le troisième producteur mondial de faux tous secteurs confondus! Traditionnellement efficaces pour copier la musique, les films et les jeux pour computers, la Thaïlande et l'Indonésie avancent rapidement ailleurs.

Oser les sanctions. Pour combattre ces abus, la stratégie de la Commission donne la priorité au dialogue, à la persuasion et à la coopération technique, et c'est normal car personne ne souhaite des controverses avec des pays comme la Turquie, la Russie, le Brésil, la Chine. Mais le recours à des procédures de contentieux pouvant déboucher sur des sanctions n'est pas exclu. Je pense que l'UE devra être très ferme sur ce dernier aspect, et faire comprendre que toute libéralisation ultérieure des échanges est étroitement liée au respect des règles internationales contre le piratage. Il est impensable d'isoler certaines règles commerciales (comme la suppression des restrictions quantitatives et la réduction des droits de douane), et pour le restant se contenter de promesses. La piraterie est négative de tous les points de vue: pour les propriétaires des modèles et du copyright, c'est évident, ainsi que pour l'emploi; mais sont en jeu aussi la sécurité, les liens avec la criminalité organisée, les intérêts des consommateurs. La recherche et les investissements en prennent un coup, parfois mortel. Les autorités chinoises ont exprimé leur volonté d'éradiquer la contrefaçon, et elles ont adopté quelques mesures. Mais au moment où l'Europe se prépare à supprimer toute restriction quantitative sur les importations de textiles, les courbettes, les sourires et les promesses ne sont pas une contrepartie valable. En l'absence de mesures radicales, l'Union devrait avoir le courage de suspendre l'élimination des restrictions quantitatives pour le textile et l'habillement. Je n'ignore pas que Pascal Lamy n'aime pas les initiatives unilatérales et préfère le dialogue; mais si ce dernier échoue, les premières ne peuvent pas être exclues. Le nouveau Commissaire, Laszlo Kovacs, responsable des douanes, a annoncé, pour combattre la contrefaçon, une politique ferme "quel que soit son coût". Pascal Lamy et ses services ont préparé le terrain en fournissant les analyses et la documentation. La Commission Barroso doit maintenant agir, y compris à l'intérieur de l'UE, où un pays au moins (l'Italie) brille aussi bien dans la fabrication de faux que dans le conditionnement et la distribution de faux importés d'autres continents.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE