Bruxelles, 22/09/2004 (Agence Europe) - Le vert allemand Cem Özdemir - qui avait été en 1994 le premier député d'origine turque élu au Bundestag et qui est depuis juin dernier membre du Parlement européen - a souligné mercredi devant des journalistes l'ampleur des réformes réalisées en Turquie, tout en insistant sur leur nécessaire concrétisation sur le terrain et en se demandant, à propos du soudain revirement du Premier ministre Erdogan au sujet de la criminalisation de l'adultère: "quelle mouche l'a donc piqué" de revenir sur le compromis obtenu par ses ministres? En Turquie même, la "drôle d'idée" du Premier ministre a suscité "beaucoup de hochements de tête"¸ surtout dans les organisations de femmes, a tenu à souligner M.Özdemir (qui a rappelé en passant qu'en Autriche l'adultère n'est plus un crime seulement depuis 1976, et en Irlande depuis 1981). Selon lui, la question de l'adultère doit être discutée en Turquie, mais ne doit surtout pas être réglée par le droit pénal. Selon lui, il en va de la crédibilité de M. Erdogan, une crédibilité qu'il a gagnée justement avec les réformes adoptées au cours des dernières années, à un rythme "à couper le souffle".
Cem Özdemir a aussi contesté la crédibilité de la position de "l'Union" (CDU-CSU), en critiquant la suggestion d'Elmar Brok de reporter de deux ou trois ans la décision sur l'éventuelle ouverture de négociations d'adhésion (EUROPE d'hier, p.5). Ce serait plus honnête de dire "nous ne voulons pas la Turquie dans l'UE", s'est-il exclamé. Et il s'est souvenu de l'époque où la CDU/CSU jugeait largement exagérées les accusations de violations des droits de l'homme en Turquie lancées par les organisations de défense des droits humains. A cette époque, la droite était proche des Turcs, "pas des réformateurs, mais des faucons, de ceux qui torturaient", s'est-il écrié.
La torture à "tolérance zéro", a dit M. Özdemir, interrogé à ce sujet par les journalistes. Mais il a reconnu que, pour abolir totalement la torture, il faudra du temps: il ne faut pas oublier que certaines parties de la Turquie ont été longtemps soumises à l'état d'urgence, a-t-il noté. M.Özdemir (qui a travaillé avec Amnesty International et Human Rights Watch) a souligné la difficulté de connaître chaque cas individuel et de punir chaque responsable, en citant les exemples de l'Espagne, de la France, de l'Italie et aussi de l'Allemagne où, comme membre de Aktion Courage, il avait dénoncé environ 70 cas de mauvais traitements par la police.
Quant aux militaires, M.Özdemir, qui a rappelé les trois putsch militaires en Turquie, dont le dernier en 1980, a constaté que leur rôle s'est réduit, même s'il reste très important. Et il a précisé: le Conseil de sécurité nationale, où les civils sont maintenant la majorité, a un problème de définition de la notion de "sécurité nationale", qui couvre actuellement des problèmes comme le port du voile ou l'usage du kurde. Et, en saluant l'émergence d'une société civile vivace en Turquie, il a affirmé: c'est à elle de reprendre des militaires la tâche d'assurer le maintien de la laïcité. Quant aux langues minoritaires, il a signalé qu'à présent, à la télévision turque, il y a des émissions non seulement en kurde, mais aussi en arabe, bosniaque et circassien - "la langue de mon grand-père".