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Bulletin Quotidien Europe N° 8744
AU-DELÀ DE L'INFORMATION /

Les racines européennes du président désigné de la Commission

Je dois remercier le professeur Dusan Sidjanski, président du "Centre européen de la culture" de Genève, si je suis en mesure de faire connaître aux lecteurs pas mal de choses sur les convictions européennes du président désigné de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso. On sait que le grand point d'interrogation à son égard (soulevé en particulier au sein du Parlement européen) était justement de savoir quelles sont les convictions et les ambitions européennes de M.Barroso (voir cette rubrique du 1er juillet). Le groupe socialiste a inséré, parmi les conditions de son soutien au nouveau président de la Commission, l'engagement en faveur de l'Europe et la capacité de rassembler l'opinion autour d'un projet européen ambitieux. Sur le premier point, je peux maintenant apporter quelques éléments de réponse, qui s'ajoutent à l'initiative que le président "in pectore" a déjà prise, de se présenter devant les groupes politiques du PE qui le souhaitent avant de prononcer son discours lors de la session plénière à Strasbourg.

Des racines anciennes. On pourrait observer qu'il est toujours aisé, pour un homme politique habile, de trouver les phrases appropriées lorsque les circonstances le conseillent. Mais ce que je vais citer du passé européen de M.Barroso précède en général d'une vingtaine d'années sa désignation à la présidence de la Commission. Son intérêt pour l'unification européenne a des racines anciennes, remontant à ses études universitaires. Son "mémoire" pour le diplôme en Sciences politiques (1981, avec publication en 1983 à la fois à Lausanne et à Lisbonne, donc bien avant l'entrée du Portugal dans la CE, qui se concrétisera le 1er janvier 1986) porte sur "le système politique portugais face à l'intégration européenne". Il sera suivi d'un diplôme à l'Université de Genève auprès de Denis de Rougemont. Ayant constaté les "qualités exceptionnelles" du diplômé, le professeur Sidjanski lui propose alors de devenir son assistant, fonctions qu'il exercera pendant plus de 5 ans. Après un doctorat obtenu à l'Université de Georgetown (Etats-Unis), il lui est offert à Lisbonne un poste de secrétaire d'Etat, et ainsi commence sa carrière politique nationale qui le conduira à exercer les responsabilités de ministre des Affaires étrangères (de 1992 à 1995) et ensuite, à 46 ans, celles de Premier ministre, tout en maintenant la double vocation d'homme politique et d'universitaire, comme le prouve par exemple, en novembre 2003, son allocution, suivie d'un débat, devant la "Fondation Latsis" sur le thème: "Le rôle des petits Etats dans une grande Europe". Entre-temps, il avait préfacé le livre de Dusan Sidjanski "L'avenir fédéraliste de l'Europe", publié en 1992 par les "Presses Universitaires de France".

Une conception de la Commission et de son rôle. Je passe maintenant à l'essentiel: que disaient de l'Europe le professeur Barroso, le ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre du Portugal? Je puiserais mes citations essentiellement dans l'allocution déjà citée sur le thème "Le rôle des petits Etats dans une grande Europe". Il désapprouve les "malentendus et parfois même les querelles sur le rôle et l'importance des Etats en fonction de leur dimension" en précisant: "Pour ceux qui, comme moi, croient véritablement au projet européen, il existe ici un problème. La tentation de suivre une logique de pouvoir purement intergouvernementale est bien réelle. Si elle finissait par prévaloir, ce serait certainement la fin de l'Union, en tout cas de cette Union". A son avis, le débat à ce sujet "n'a pas de fondements réels". Ce qui est important pour qualifier un Etat, est la qualité de sa contribution à la vie en commun: "Que les Etats aient quelques dixièmes de plus ou de moins de pourcentage de pouvoir dans la prise de décision du Conseil, cela ne changera pas grand chose à notre vie ni à celle des autres." M.Barroso reconnaît toutefois que "l'on doit tenir compte de la dimension relative des Etats, et il y a plusieurs raisons pour cette pondération ; mais pour les questions fondamentales, la voix de tous a plus ou moins le même poids". Et il s'est alors lancé dans une défense passionnée de la méthode communautaire "qui combine savamment l'égalité des droits, la participation réelle de tous aux décisions, la solidarité et le respect des spécificités nationales, et qui tient aussi compte des réalités" (donc, des dimensions différentes des Etats). Il considère la méthode communautaire comme "un élément fondamental du projet européen", et c'est à partir d'ici qu'il s'exprime à propos de la Commission.

Pour lui, la défense de l'intérêt général de l'Union "dépend surtout de l'action d'une Commission forte et indépendante", en précisant: "J'insiste sur l'importance d'une Commission forte et indépendante. Si nous avions, comme certains veulent, une dimension communautaire de plus en plus faible, il y aurait un grand risque de confrontation entre les Etats ; la logique purement intergouvernementale peut porter atteinte à certains principes fondamentaux de la construction européenne."

Il serait intéressant de citer plusieurs autres passages. Mais en attendant de savoir ce qu'il dira lui- même aux parlementaires, je veux souligner encore que les dernières phrases citées ont été prononcées par un chef de gouvernement en exercice, bien avant qu'il soit désigné comme président de la Commission. (F.R.)

 

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