Bruxelles, 24/06/2004 (Agence Europe) - Le climat politique actuel en Europe est "franchement mauvais", les Etats membres sont "profondément divisés" sur des questions aussi importantes que celle de "comment se positionner face aux Etats-Unis", et l'élargissement ne simplifie pas les choses. Cependant, l'adoption de la Constitution, à condition évidemment qu'elle soit ratifiée, est largement positive, même si le texte ne va pas aussi loin que certains l'auraient souhaité, notamment en matière sociale. C'est ce qu'a déclaré l'ancien Commissaire européen aux transports et aux consommateurs, puis à la concurrence (dans la Commission Delors), Karel Van Miert, le 24 juin lors d'une conférence organisée par Ethias Assurances.
Introduit pas Raymonde Dury (conseiller de la Direction générale d'Ethias et ancienne parlementaire européenne), M.Van Miert (qui a été lui aussi député européen, de 1979 à 1985) a insisté sur l'oeuvre de conviction que les responsables politiques devront déployer pour persuader les citoyens, lors des nombreux référendums prévus, à dire "oui" à la Constitution. Or, regrette-t-il, en se souvenant de Kohl, Mitterrand, Delors, Gonzalez, très peu de dirigeants actuels ont une vision et des convictions européennes, alors que, si on n'a pas de conviction, on ne peut guère convaincre les autres. A propos du référendum en Pologne, M.Van Miert s'est demandé en plaisantant: est-que "Dieu va nous envoyer ses foudres" parce qu'il ne figure pas dans la Constitution, comme l'auraient voulu notamment les Polonais ? Quant à un possible référendum"consultatif" en Belgique, il trouve que "c'est une mauvaise idée". Autre question sur laquelle il sera difficile, selon lui, de convaincre les Européens: l'adhésion de la Turquie à l'UE, à laquelle s'oppose en général l'opinion publique, notamment dans les grands pays. Sur un plan plus général, M.Van Miert estime qu'il faudra environ deux décennies pour digérer l'élargissement actuel, et qu'il faut donc mettre fin à ce qu'il a appelé une "fuite en avant" et une sorte de "imperial overstretch" de l'Union, pour essayer d'abord de mettre réellement "la maison en ordre" (ce qu'on avait promis de faire avant le dernier élargissement, a-t-il rappelé).
La conférence portait le titre "Y a-t-il un pilote dans l'avion?" (titre décidé déjà il y a quelques mois). Aujourd'hui, a plaisanté M.Van Miert à propos de la décision manquée sur la présidence de la Commission européenne, on peut se demander: "est-ce qu'on va trouver un pilote?". Lors de la discussion sur le successeur de Romano Prodi, a-t-il regretté, on a eu l'impression que les chefs d'Etat et de gouvernement n'essayaient pas de trouver la personne qui saurait mener une équipe de 25 Commissaires, mais celle sur laquelle ils pourraient exercer le plus d'influence. Quant à la future organisation de la Commission européenne, un Collège avec des "super-Commissaires" ou vice-présidents dirigeant des groupes de Commissaires, selon lui, "ça ne marchera pas". On a déjà essayé par le passé la formule des groupes de travail de Commissaires, et "ça n'a pas marché, ou juste un peu au début", a-t-il rappelé.