Dublin, 06/05/2004 (Agence Europe) - Les ministres des Affaires étrangères des vingt-cinq pays de l'UE et des dix pays méditerranéens engagés dans le processus EuroMed se sont livrés, mercredi soir au cours d'un dîner à Dublin, à des discussions ouvertes sur la situation au Moyen-Orient et en Méditerranée. Ces échanges de vues qui ont eu lieu en présence des secrétaires généraux de la Ligue arabe et de l'Union du Maghreb arabe ainsi que du ministre libyen, ont été, selon des sources concordantes, « vifs et heurtés », opposant le chef de la diplomatie israélienne, Sylvain Shalom, à ses collègues arabes.
Le ministre israélien qui comptait parmi les opposants au plan Sharon se serait livré à de la « provocation », selon une source arabe, en émettant des avis tranchés qui prêtaient peu au dialogue face à des ministres arabes qui n'apprécient guère plus le contenu du plan Sharon. L'UE s'est pourtant efforcée d'en souligner les avantages. Elle l'a présenté comme pouvant « ouvrir une étape » et « offrir une rare opportunité » vers la recherche de la paix dans la région pour aboutir à la création de « deux Etats côte à côte » et l'application de la « feuille de route ». Pour les Européens, une telle initiative doit « être orchestrée par la Communauté internationale » et ils souhaitent qu'un programme d'application soit élaboré avec un certain nombre de mesures d'accompagnement dans les domaines politiques, de sécurité et humanitaires pour prévenir toute détérioration de la situation durant une « période intérimaire ».
Pour le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, aucun plan n'est acceptable « s'il ne prend pas en compte l'élément de base que sont les droits du peuple palestinien ». C'est, a-t-il dit, un « point de départ » qui doit être sur des « bases claires » sans dire nettement s'il acceptait le plan Sharon bien accueilli par les membres du « Quartette » mais, à son avis, « Israël n'est manifestement pas pour ou du moins n'est prêt à l'appliquer que partiellement ». Le ministre syrien Farouq Al Shara'a a affirmé que le groupe arabe a émis des « critiques virulentes » contre ce plan au cours du dîner et il a ajouté: « Israël était isolé ».
La situation en Irak a également été abordée. Un diplomate arabe a affirmé que l'avis de ministres de la région a été que « un demi-gouvernement (intérimaire) n'est pas un gouvernement, une demi-occupation demeure une occupation ».
Rencontres de la troïka européenne avec les pays arabes et Israël
Jeudi matin, la troïka européenne a rencontré successivement le groupe de pays arabes, Israël et le ministre libyen des Affaires étrangères (pour ce dernier, lire nouvelle séparée).
Avec les pays arabes, l'UE, en l'occurrence le président du Conseil de l'UE et MM. Solana et Patten, ont tenté de convaincre leurs partenaires à la fois de l'opportunité qu'offre le plan Sharon de désengagement partiel de Gaza et de s'engager dans un processus de réformes politiques et économiques comme les y a déjà invités l'Union. « Nous souhaitons une réponse claire » arabe à cette suggestion, a affirmé un porte-parole rappelant que la Commission européenne a décidé de lier partiellement l'octroi de ressources financières MEDA aux progrès dans la voie de telles réformes.
Avec Israël, la troïka européenne a évoqué les perspectives d'un règlement négocié israélo-arabe. Le ministre israélien a transmis un message de son chef de gouvernement qui est que « le plan Sharon sera appliqué ». Le premier ministre est, a-t-il dit, « déterminé » à cet égard « même s'il doit l'adapter » après le vote contraire de son propre parti, le Likoud (le ministre des Affaires étrangères fait partie de ceux qui se sont opposés à ce plan). Du côté européen, on souligne la difficulté d'évoquer tous ces sujets avec un ministre de la fraction dure du Likoud qui tient des « propos idéologiques avec des rappels historiques » fréquents. Sylvain Shalom a félicité l'UE pour avoir porté le Hamas sur la liste des organisations terroristes et souhaité que le Hezbollah y soit également inscrit. A propos de la paix dans la région, il a dit regretter qu'Israël n'ait pas d'interlocuteurs crédibles. Le Commissaire Patten a soulevé la question des produits palestiniens labellisés « made Israel » en rappelant que le ministre du Commerce Ehud Olmert s'était engagé lors du dernier Conseil d'association UE-Israël, auprès de Pascal Lamy, à chercher une solution satisfaisante. Elle serait, selon une source communautaire, de continuer à étiqueter les produits palestiniens comme étant d'origine israélienne mais en précisant le nom de la ville de production. Le ministre Shalom a indiqué qu'une décision sera prise le 12 mai courant.