Strasbourg, 05/04/2004 (Agence Europe) - Le Parlement européen a eu mercredi dernier un débat sur le trafic international d'organes qui a offert aux députés européens l'occasion de critiquer le Conseil et les Etats membres en raison de leur inaction face à ce fléau grandissant.
Le débat avait commencé par une touche d'humour, le président du Conseil Dick Roche s'excusant pour un moment d'inattention en observant: "Désolé Monsieur le président, j'étais un peu distrait. Mme Frassoni flirtait avec moi. Cela montre qu'à certains moments le Parlement européen peu être bien plus agréable que le Dail Eireann. Je n'ai jamais connu ça avant!". Passant presque sans transition "de l'humour à quelque chose de plutôt horrible", Dick Roche a rappelé la violation de la dignité humaine et de l'intégrité physique de la personne que représente cet odieux trafic. Il a rappelé que la Présidence grecque avait présenté en février 2003 une proposition de décision cadre visant à harmoniser les incriminations pour renforcer la lutte contre le trafic d'organes et l'ensemble des activités criminelles organisées qui en découlent. Cette proposition a été discutée à plusieurs reprises mais différents Etats membres n'ont pas encore pris conscience de l'ampleur du problème et "s'interrogent sur l'opportunité d'un tel instrument", a-t-il dit.
Le Commissaire Antonio Vitorino a souligné que les victimes de ce type de crime sont souvent des personnes particulièrement vulnérables, à commencer par les enfants, et que la Commission suit attentivement la situation dans les régions concernées. Elle a ainsi contacté le procureur général du Mozambique qui a assuré que des enquêtes sont en cours, et plaide aussi pour la conclusion d'un accord entre l'Albanie et Europol. "Des mesures spécifiques dirigées contre ce type de crime paraissent actuellement inappropriées", a dit le Commissaire en évoquant l'initiative grecque. Et d'insister sur le fait que les compétences d'Europol ont été étendues en janvier 2002 pour couvrir le trafic illicite d'organes et de tissus humains. Europol étudie actuellement le phénomène et collecte les données et les informations concernant les aspects légaux et illégaux du trafic d'organes humains, a-t-il précisé, en affirmant qu'Europol peut avoir une grande valeur ajoutée dans ce combat commun.
Les Portugais Carlos Coelho (PPE-DE) et Carlos Lage (PSE) ont insisté sur le cas du Mozambique. Evoquant "une nouvelle piraterie des temps modernes, une piraterie particulièrement sordide et brutale", le Portugais José Ribeiro i Castro (UEN) a réclamé l'adoption rapide de la décision-cadre proposée par la Présidence grecque afin de garantir que tous les Etats membres soient absolument imperméables à ce trafic. Le travailliste britannique Robert Evans a été très critique à l'égard des Etats membres et des Présidences successives. Il a rappelé que la Présidence grecque souhaitait vraiment obtenir un résultat, et que le Parlement avait approuvé son rapport sur l'initiative grecque à l'unanimité de 420 voix. Plus de 1000 citoyens européens vont chaque année dans un pays pauvre (il a cité l'Inde, le Pakistan et l'Albanie) pour chercher un organe humain, a dit M. Evans en déplorant l'absence de progrès de la lutte contre ce phénomène.
Tout en regrettant qu'il n'y ait pas eu plus de progrès, Dick Roche a souligné qu'il y a encore un manque d'information sur toutes ces questions. Quant au Commissaire Vitorino, il a expliqué que l'initiative grecque comporte des aspects juridiques liés à l'extra-territorialité qui nécessitent encore débat.